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[Critique] L’étrange affaire Angelica (2010)

 
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Bottom Line

Manoel de Oliveira a atteint un degré de sagesse et de jouvence rare. Son film, l’Etrange Affaire Angélica, grâce à son mélange entre fantastique et mysticisme aurait bien sa place dans une programmation sur le cinéma de l’étrange. Annoncé par le ton mystérieux et romantique de ce titre, O estranho caso de Angélica en portugais, [...]

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Posté le 9 mars 2011 par

 
Critique
 
 

Manoel de Oliveira a atteint un degré de sagesse et de jouvence rare. Son film, l’Etrange Affaire Angélica, grâce à son mélange entre fantastique et mysticisme aurait bien sa place dans une programmation sur le cinéma de l’étrange. Annoncé par le ton mystérieux et romantique de ce titre, O estranho caso de Angélica en portugais, le film nous surprend du début à la fin, et nous laisse songeurs tant par la gravité et la profondeur des sujets abordés, que par l’extraordinaire acuité artistique d’un cinéaste âgé de 103 ans.

Le film fut tourné dans la région de Douro au Portugal. Cela constitue pour le réalisateur un retour aux sources de son art, puisque son tout premier court-métrage Douro, faina fluvial (en 1931!), mettait en scène le fleuve Douro et la vie des marins. Parallèlement, il filme ici longuement les bêcheurs de cette région retourner le sol des vignes à flan de coteau. L’aspect naturaliste de son cinéma réapparaît donc après d’autres oeuvres, comme son avant-dernier film : Singularités d’une jeune fille blonde, dont le traitement est plus proche d’un autre chef d’œuvre franco-portugais récemment sorti sur nos écrans : Les Mystères de Lisbonne de Raoul Ruiz. Mais ici, l’intrigue relève davantage du conte que de la saga : Isaac, un photographe, est appelé d’urgence par une riche famille pour faire le portrait d’Angélica, leur fille qui vient de mourir juste après son mariage.

letrange affaire angelica 1 [Critique] Létrange affaire Angelica (2010)

Dans l’Etrange Affaire Angélica, la mise en scène, toujours aussi fluide et précise que d’habitude grâce aux cadres fixes et aux perspectives lointaines depuis les intérieurs, nous entraîne dans un univers mélancolique et suranné, bercé par la musique de Frédéric Chopin, tandis que la photographie du film saisit à merveille la lumière écrasante et irréelle du pays filmé et les grands espaces de ciel bleu qui le couvrent.

Le fantastique pur entre dans le récit dès le début, et surprend autant le photographe de fortune recruté pour immortaliser le visage de la mariée, que le spectateur. C’est pourtant ce qui semblait avoir interrompu le projet du réalisateur, conçu pour la première fois il y a soixante ans : «  A l’époque, dit-il, j’étais convaincu que je ne réaliserais jamais ce projet. J’émettais quelques réserves à l’idée de filmer un rêve car la caméra est incapable de filmer les rêves et les pensées. ». Il se jette pourtant dans la réalisation technique de ces rêves, et certains plans, évanescents, silencieux, et surnaturels sont de pures merveilles de cinéma. À l’opposé de la tendance d’effets de plus en plus complexes en post-production, comme la 3D, Manoel de Oliveira choisit des effets spéciaux simples en apparence, et presque artisanaux (des transparents), pour que se maintiennent le sens et la tonalité du film.

letrange affaire angelica 2 [Critique] Létrange affaire Angelica (2010)

Immergées dans cette photographie du temps, les multiples interprétations de ce conte fantastique émergent au fur et à mesure. Le réalisateur fait ainsi dialoguer ses personnages à table sur la physique et l’anti-matière, avant de diriger Isaac, obsédé par l’image d’Angélica, vers des réflexions encore plus énigmatiques voire démentes. Le symbolisme au cœur de cette œuvre apparaît sous la forme de présages semés au long du film, comme l’oiseau dans sa cage, le mendiant qui revient toujours, ou encore les oliviers, partout présents, images de l’éternel et du religieux. Enfin, la douceur apparente des cadrages et des paysages ensoleillés contraste brutalement avec la violence du propos et du sujet principal : la mort omniprésente.

Cette obsession morbide (mais jamais vaine) mélangée à un goût prononcé pour l’inconscient et ses manifestations nous fait parfois penser aux œuvres d’un autre grand cinéaste hispanique : Luis Buñuel. Toutefois, ce film n’a pas la portée sulfureuse et provocatrice de ceux du maître mexicain. Il reste une très belle énigme, et de la sorte il nous poursuit longtemps.

Grâce à son esthétique brute et surannée, L’Etrange Affaire Angélica, semble transporter le spectateur à une époque passée. Pourtant, le film se passe au présent et nous parle de sujets intemporels. L’essentiel de l’intrigue porte sur un photographe cultivé et spirituel, dont le destin va être bouleversé par une rencontre surnaturelle. Ce film est une vision, au sens cinématographique et religieux, une vision incroyablement jeune et passionnée d’un très grand réalisateur d’une centaine d’années.


Cécile Zanotti

 
Rédactrice d'articles pour Filmosphere depuis décembre 2010. Revoir des classiques, découvrir de nouveaux cinéastes, partager mon étonnement ou mon intérêt pour une œuvre, voilà ce qui nourrit ma passion pour le cinéma, n'excluant aucun films, surtout pas les moins connus.


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