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[Critique] Les Trois corniauds de (Bobby et Peter Farrelly, 2012)

 
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Bottom Line

Cela fait à peu près 10 ans que Bobby et Peter Farrelly courent après la gloire de leurs débuts. De L’Amour extra-large au navrant Bon à tirer (B.A.T.) on a pu assister à leur chute irrémédiable vers la médiocrité. Les Farrelly ne sont plus les fers de lance de la comédie américaine moderne qu’ils ont [...]

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Posté le 2012/07/29 par

 
Critique
 
 

Cela fait à peu près 10 ans que Bobby et Peter Farrelly courent après la gloire de leurs débuts. De L’Amour extra-large au navrant Bon à tirer (B.A.T.) on a pu assister à leur chute irrémédiable vers la médiocrité. Les Farrelly ne sont plus les fers de lance de la comédie américaine moderne qu’ils ont en partie modelé de la fin des années 90 au début des années 2000. Dès leur premier film, Dumb & Dumber, les frangins ont fait montre de leur héritage évident des Trois Stooges, avec un recours systématique à la comédie slapstick, une sorte d’humour très pur et des gags physiques descendant directement du muet. Les Trois Stooges ont beau être une institution aux États-Unis, ils sont tout simplement inconnus en France, d’où une sortie sous le radar pour l’hommage des frères Farrelly à leurs aînés. Carrément invendable en France, Les Trois corniauds n’en reste pas moins ce que les frangins ont fait de mieux depuis plus de 10 ans, ce qui ne veut pas dire non plus qu’ils ont pondu une comédie totalement réussie. Loin de là.

les trois corniauds 1 [Critique] Les Trois corniauds de (Bobby et Peter Farrelly, 2012)

L’humour tarte à la crème des Trois Stooges est usant. Des gifles et moult agressions physiques, des jeux de mots typiquement ancrés dans la société américaine et des gags vraiment premier degré en font un exercice parfait pour un format court, ce qui était le fond de commerce de la troupe originale, mais difficile à transposer en long métrage. Ce n’est pas pour rien si cet humour était ouvertement cité avec parcimonie dans les premiers films des Farrelly ou même de Sam Raimi qui s’est toujours réclamé immense fan de la troupe. A faible dose, ça fonctionne formidablement. Sur la longueur, tout cela tourne vite en rond malgré la multiplication de trouvailles pas toujours drôles mais toujours folles, avec tout de même une certaine tendance à la répétition. Il y a pourtant une immense réussite dans cet exercice, à savoir celle de proposer un retour jusqu’au-boutiste à un type d’humour fondamental et épuré, à des années-lumière des codes en vigueur dans la comédie américaine du moment. Les Farrelly ont un objectif et ils le tiennent jusqu’au bout, y compris quand tout cela mène à une jolie morale un peu naïve mais salvatrice. En nettoyant tout le cynisme qui empoisonnait leurs derniers film, ils proposent un vrai retour aux sources à la fois offensif et intègre sous forme de déclaration d’amour à leurs idoles. L’immense passion des réalisateurs pour ceux qui auront façonné leur humour et leur culture de la comédie transpire de chaque image, jusqu’à parfois laisser l’hommage prendre le dessus sur leur propre film. On rit toutefois de bon cœur, à condition d’être réceptif au slapstick ou en y retrouvant avec nostalgie certains gags implacables du passé, mais Les Trois corniauds trouve assez vite ses limites il faut bien avouer. Des baffes qui font “bong !” pendant 1h30, c’est peut-être un peu too much. De même que l’incorporation de l’émission de téléréalité Bienvenue à Jersey Shore, qui donne lieu à quelques scènes amusantes mais n’apporte rien de bien nouveau pour fustiger le concept du divertissement crétin, en plus de ne pas vraiment s’intégrer au concept global du film.

les trois corniauds 2 [Critique] Les Trois corniauds de (Bobby et Peter Farrelly, 2012)

En cherchant à évoluer entre humour régressif et hors modes, et clins d’œils très modernes et parfois inaccessibles au spectateur vivant en dehors du territoire américain, Les Trois corniauds se montre clairement trop segmentant pour séduire complètement. L’esprit des origines est là, avec une narration qui se voudrait être une suite de courts métrages (avec les cartons titres) mais qui accuse le coup du format long avec un rythme en dents de scie, la mise en scène des Farrelly est parfaite en reproduisant et modernisant des codes aujourd’hui disparus, y compris dans l’animation à laquelle on pense beaucoup devant ce film, et les acteurs s’en donnent à cœur joie. D’ailleurs, s’ils se donnent à fond, et à part Sean Hayes, on a la drôle d’impression de voir des brouillons de ce qu’auraient été ces personnages si Jim Carrey et James Gandolfini avaient joué Moe et Curly.Reste que Bobby et Peter Farrelly manient toujours aussi bien le gag burlesque ou pipi-caca, qu’ils n’ont pas besoin cette fois de faire du trash pour le trash et qu’ils font preuve d’une réelle inventivité tout en livrant un hommage très (trop) appuyé aux Trois Stooges. Pas sur que le long métrage soit le format qui convenait le mieux à cette aventure, le film finit par lasser, mais ce qu’on ne pourra jamais reprocher aux réalisateurs, c’est d’avoir laissé tomber leur concept. Car à ce niveau, ils font preuve d’une cohérence totale, et tant pis si ça ne fonctionne pas toujours. Et si Les Trois corniauds n’est pas toujours drôle, on ne pourra pas non plus leur reprocher de se moquer de leurs personnages qu’ils traitent avec un respect infini comme on n’en voit plus beaucoup dans la comédie américaine. Les Farrelly seraient-ils de retour ? Pas encore, mais ce qui est certain c’est que cette fois ils ont retrouvé une partie de ce qui faisait le charme de leur cinéma : l’originalité. S’ils remettent la main sur le reste, ils pourraient très bien revenir en forme…


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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