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[Critique] Les Révoltés de l’île du Diable (Marius Holst, 2010)

 
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Bottom Line

Derrière l’un des plus beaux titres de l’année, tellement évocateur en rappel d’un certain cinéma des années 70 (on pense aux Révoltés de l’an 2000), se cache en fait “Le roi de Bastøy”, le récit tiré de l’histoire vraie de cette prison norvégienne qui fut au début du siècle un camp de redressement pour enfants [...]

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Posté le 28 novembre 2012 par

 
Critique
 
 

Derrière l’un des plus beaux titres de l’année, tellement évocateur en rappel d’un certain cinéma des années 70 (on pense aux Révoltés de l’an 2000), se cache en fait “Le roi de Bastøy”, le récit tiré de l’histoire vraie de cette prison norvégienne qui fut au début du siècle un camp de redressement pour enfants jugés malveillants. Véritable Alcatraz aux allures de goulag, le centre de détention qui se veut aujourd’hui “première prison écologique au monde” est ici le théâtre d’un drame poignant et d’un hymne à la liberté porté par la soif de vivre d’une jeunesse maltraitée, bien plus qu’elle ne le méritait. Le discours n’est pas nouveau. Le récit non plus mais grâce à ce décor inédit Marius Holst, réalisateur déjà expérimenté mais dont c’est le premier film distribué en France, développe un cri d’alarme sous forme de huis clos s’ouvrant allègrement au film d’action ou au film d’aventure, avec application mais surtout avec cet incroyable sens de l’image que possèdent tous ces cinéastes d’Europe du Nord. Les Révoltés de l’île du Diable n’est peut-être pas le film le plus original à propos des prisons pour enfants, mais il est l’un de ceux qui ont le plus de gueule.

les revoltes de lile du diable 1 [Critique] Les Révoltés de lîle du Diable (Marius Holst, 2010)

Marius Holst impose immédiatement un style rigoureux, à l’opposé de Kim Chapiron par exemple qui cherchait le choc brutal et frontal dans Dog Pound, sur un sujet sensiblement proche. Les images chocs il les garde sous le pied pour son dernier acte tétanisant à souhait, fait de bruit et de fureur dans une symbolique forte : celle de la purification par le feu d’un lieu fait de neige et de glace, comme pour détruire la prison naturelle et alimenter le cœur des représentants de l’ordre des lieux. Et si ses images sont souvent glaciales, Les Révoltés de l’île du Diable n’en est pas moins un film fonctionnant sur une certaine iconisation des personnages et des lieux pour autant de métaphores sur l’enfermement et la liberté. Ce n’est pas pour rien si le film s’ouvre et se ferme sur deux séquences miroir se situant sur un baleinier en pleine mer, lieu le plus “libre” possible, avec le récit de cette baleine harponnée trois fois pour enfin être battue. Entre les deux, un récit finalement très classique de prison, dans la lignée de Scum d’Alan Clarke. On y retrouve toutes les figures imposées du genre : l’arrivée au centre des jeunes complètement nus, les premières humiliations, les luttes entre leaders, les dortoirs glauques… tout y est sans exceptions pour créer un climat de danger permanent et d’isolement, avec une philosophie un peu particulière ici, celle d’imposer aux détenus un présent sans passé ni avenir, une sorte de bulle temporelle et spatiale dont il semble impossible de sortir un jour. Au rayon des figures imposées on trouve pêle-mêle les violences, les coups, les viols, les tentatives d’évasion, l’isolement et toutes les conséquences de ces horreurs. Tout est là pour créer l’oppression et l’empathie envers ces enfants, et peu importe ce qu’ils ont pu faire avant d’arriver là. Traitant habilement des sujets du deuil et de la pédophilie, mais également de la peur de la liberté, sujet trop souvent passé sous silence, Les Révoltés de l’île du Diable puise sa force de sa construction en crescendo qui pousse à un véritable embrasement de violence et de sang dans la dernière partie. La proximité avec les personnages est telle qu’on en vient à accepter la justice sauvage mise en place, se prenant au passage une claque émotionnelle surpuissante dans un dernier acte héroïque hallucinant.

les revoltes de lile du diable 2 [Critique] Les Révoltés de lîle du Diable (Marius Holst, 2010)

Porté par des acteurs incroyables d’intensité, sur lesquels règne la silhouette d’un Stellan Skarsgård toujours aussi imposant et qu’importe la stature de son rôle, Les Révoltés de l’île du Diable bénéficie d’un traitement luxueux et rigoureux, avec une construction précise des cadres et des mouvements de caméra qui imposent un rythme narratif à la fois lent et fluide, mais jamais statique. Bâti sur une palette de couleurs extrêmement froide pour anesthésier un peu plus les personnages et leur briser tout rêve d’évasion, isolés à l’extrême dans une longue focale magnifique qui capte une profondeur de champ faite de désert blanc et de l’absence d’espoir, le film de Marius Holst sait capter le héros dans le rebut de la société, construit une révolution douloureuse et ouvre une porte sur une promesse d’avenir. Un film qui manque certes d’originalité, de par son sujet surtout bien qu’universel, mais en aucun cas de puissance et de discours. Avec en prime quelques unes des plus belles images de l’année à la clef.

Les Révoltés de lîle du diable blu ray [Critique] Les Révoltés de lîle du Diable (Marius Holst, 2010)Date de sortie blu-ray : 24 octobre 2012

Blu-ray édité par : Filmedia

Pour un film passé quelque peu inaperçu, Filmedia assure un transfert vidéo de qualité afin de retranscrire la photo extrêmement complexe du film pour capter des teintes glaciales. De même le traitement réservé à la partie sonore est quasi irréprochable avec une spacialisation de très haut niveau autant dans la restitution d’une ambiance que dans la partition musicale.

Côté suppléments, c’est la qualité qui prime sur la qualité avec un unique documentaire de presque une heure entre le making-of et le document historique, avec les interventions des acteurs mais également d’anciens pensionnaires de Bastoy. Un beau document.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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