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Les Misérables (Tom Hooper, 2012)

 
Les Miserables affiche
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Synopsis: Dans la France du 19e siècle, une histoire poignante de rêves brisés, d'amour malheureux, de passion, de sacrifice et de rédemption : l'affirmation intemporelle de la force inépuisable de l'âme humaine.
Quand Jean Valjean promet à Fantine de sauver sa fille Cosette du destin tragique dont elle est elle-même victime, la vie du forçat et de la gamine va en être changée à tout jamais.
 
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Texte de

 
Critique
 
 

Adoubé pour son très moyen Le Discours d’un roi, l’anglais Tom Hooper s’est mis en tête d’adapter le fameux musical créé en 1980 et qui avait battu tous les records, Les Misérables. Loin, très loin, de l’ampleur du roman fleuve de Victor Hugo, le film confond allègrement sens de l’épique et lourdeur grossière, grandiloquence de la narration et progression laborieuse. En résulte un machin moche et interminable dans lequel des acteurs qui ne savent pas chanter sans trémolo s’égosillent à n’en plus finir, à peine sauvé par un couple d’acteurs au dessus du lot. Une grosse baudruche bien décevante.

Ils peuvent être fiers Alain Boublil, Jean-Marc Natel, Claude-Michel Schönberg ou même Robert Hossein qui en avait signé la mise en scène. Leur musical, colossal, s’est transformé devant la caméra du pantouflard Tom Hooper en un film dont la médiocrité n’a d’égal que son incompréhensible succès. Malgré tous les efforts de William Nicholson, scénariste émérite de Gladiator, Les Misérables n’est ni plus ni moins qu’un récit indigeste de 2h30 écrit sans jamais tenir compte des impératifs de la narration cinématographique. Car derrière l’aspect « performance » d’un tournage avec prise de son en direct des comédiens qui essayent de chanter comme ils peuvent, souvent très mal, des chansons qui auraient mérité un dépoussiérage, c’est le néant total. Il y a bien une prise de risque, celle de n’utiliser que des dialogues chantés à une poignée d’exceptions près, afin de coller au plus près au musical d’origine. Mais ce qui fonctionne sur une scène ne survit pas nécessairement au passage sur un écran. La preuve avec Les Misérables donc, comédie musicale pataude et mise en scène sans âme, qui pense survivre par son casting de stars mais se vautre par son cruel manque d’ambition. Une sorte de bête à Oscars ennuyeuse et moche, qui oublie allègrement son public et se contente du minimum syndical doublé d’un talent pour l’esbroufe assez agaçant.

Les Miserables 1

Tom Hooper n’a visiblement pas bien saisi en quoi consistait le concept du cinéma. Le Discours d’un roi était déjà, derrière la relative beauté de son utilisation du grand angle pour un drame historique somme toute banal, un film assez moyen. Les Misérables va beaucoup plus loin dans le renoncement avec une mise en scène cette fois complètement à côté de la plaque. Cache-misère total, la direction artistique plutôt soignée (le minimum syndical pour un budget dépassant les 60 millions de dollars) doublée d’une photographie également très élégante signée Danny Cohen, peine pourtant à masquer ce triste manque d’idées. Car entre l’utilisation massive de la caméra portée pour simuler un aspect « réaliste » et ses mouvements de grue gigantesques, la grammaire visuelle de Tom Hooper s’avère franchement limitée. Le bonhomme se contente bêtement d’essayer de reproduire, par des plans voulus iconiques mais manquant singulièrement de cachet, ce qui l’a sans doute séduit dans la peinture d’histoire, et notamment les œuvres d’Eugène Delacroix ou Hippolyte Lecomte. En résulte la sensation d’assister à un film qui se contente d’aligner des longues scènes dont la conclusion sera nécessairement le « beau plan » que certains n’hésiteront pas à qualifier d’épique. Cela résume assez bien la construction des Misérables qui est un film immobile. Tout tend vers quelque chose d’étrangement statique lorsque le cœur même de la comédie musicale en tant que genre est basé sur la notion de mouvement. Statique dans sa mise en scène donc, car les mouvements de caméra aussi grandiloquents soient-ils n’impriment pas nécessairement un mouvement, qui doit venir du découpage, mais également dans sa narration. Les Misérable avance laborieusement sur le mode d’une succession de tableaux, sans qu’aucune véritable rythmique ne vienne transcender le tout, lui donner du corps et de la vie. Là encore, ce qui fonctionne sur une scène avec le regard d’un spectateur figé face à un décor, ne fonctionne pas au cinéma. Et Tom Hooper n’a pas intégré cette notion, ce qui donne lieu à un film dont la mollesse globale fait peine face à l’ambition d’une aventure épique. Chose que même le pas vraiment surdoué Baz Luhrmann avait compris.

Les Miserables 2

Cette poudre aux yeux ne prend donc pas, car elle cache quelque chose d’extrêmement faible et qui devient très rapidement ennuyeux. A cela s’ajoutent les pires relents de Sweeney Todd, incarnés par Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter imbuvables en Thénardiers, ou encore Eddie Redmayne et son absence totale de charisme qui en fait un révolutionnaire de pacotille, entre la pire vision d’un romantique déjà has-been pour son époque et un mollusque. le casting dans son ensemble est d’ailleurs à la peine, la plupart étant visiblement pas très à l’aise pour chanter et communiquant sans mal ce malaise au public. En résulte des moments musicaux souvent insupportables, avec une mention spéciale pour Hugh Jackman qui n’avait sans doute pas été aussi mauvais depuis  X-Men Origins: Wolverine, et qui ferait mieux de continuer à danser dans des publicités plutôt que d’agresser les tympans des spectateurs à chaque note. Deux exceptions cependant dans ce naufrage. Tout d’abord la surprenante Anne Hathaway, presque touchante en Fantine, mais surtout un Russell Crowe étonnamment sobre et dont la voix puissante et la présence imposante balayent quiconque se dresse face à lui. Maigre consolation que cela. Car pour le reste on se situe assez proche du niveau 0 de la comédie musicale, avec des chansons parfois puissantes qui deviennent tout à coup risibles, des interprétations en carton, une ampleur de façade qui fait peine à voir et un manque d’ambition général qui n’est pas très agréable, d’autant plus qu’il en récolte des récompenses. Restent un couple d’acteurs et des morceaux inattaquables, mais ça ne pèse pas bien lourd dans la balance et ces longues 2h30 se transforment rapidement en un calvaire.