[Critique] Les Griffes de la nuit (1984)
Réalisateur: Wes Craven
Freddy, franchise ringardisée par des suites parfois indignes et un spin-off complètement barge, Freddy contre Jason, revenue sur le devant de la scène à travers un remake franchement raté, mérite pourtant d’y revenir, presque 30 ans après sa sortie et son triomphe relatif à Avoriaz où il fut éclipsé par un certain Terminator. Dans la [...]
Freddy, franchise ringardisée par des suites parfois indignes et un spin-off complètement barge, Freddy contre Jason, revenue sur le devant de la scène à travers un remake franchement raté, mérite pourtant d’y revenir, presque 30 ans après sa sortie et son triomphe relatif à Avoriaz où il fut éclipsé par un certain Terminator. Dans la carrière souvent faite d’essais médiocres au milieu de quelques idées géniales d’un des piliers du cinéma fantastique ou d’horreur, Wes Craven, Les Griffes de la nuit constitue pourtant un sommet. Bien plus que La Dernière maison sur la gauche ou La Colline a des yeux, des années lumières devant Scream, c’est la naissance de Freddy au cinéma qui contient tout ce qui fait la force de Wes Craven, une imagination débordante qui masque des carences évidentes d’un metteur en scène pataud. Par cette générosité et ce sens de la folie fantastique, Craven fait des Griffes de la nuit un des slashers les plus originaux et efficaces des années 80, et terrorise pour l’occasion toute une génération qui rêva du boogeyman au pull rayé le plus dingue de l’histoire du cinéma d’horreur.
![les griffes de la nuit 1 les griffes de la nuit 1 [Critique] Les Griffes de la nuit (1984)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/12/les-griffes-de-la-nuit-1.jpg)
De sa mythique séquence d’introduction sous forme de scène de rêve jusqu’à son final choral qui ouvre la porte à une suite, Les Griffes de la nuit n’a rien perdu de son statut de modèle. Si l’idée générale, celle du slasher, n’a rien de bien neuf, Halloween et Vendredi 13 sont déjà passés par là, Wes Craven lui adjoint tout de même suffisamment d’éléments pour faire quelque chose d’inédit et qui fera donc date. Et en premier lieu bien sur un boogeyman parmi les plus charismatiques jamais vus. En faisant appel à Robert Englund, acteur reconnu jusque là pour son rôle du gentil extra-terrestre Willie dans la série TV V et qui avait fréquenté le cinéma de genre dans Le Crocodile de la mort de Tobe Hooper, Wes Craven a une idée de génie. Si l’acteur y fera adieu à une carrière classique, il entre dans la légende du cinéma d’horreur en incarnant Freddy Krueger. Avant de devenir un clown dans les films suivants de la franchise, il incarne ici le mal absolu, un être tout simplement terrifiant car son apparence repoussante (look de clochard, visage complètement brûlé, gant avec des lames de rasoir) et la furtivité de ses apparitions ménagent une peur intense. À cette époque-là, Wes Craven a bien retenu les leçons de John Carpenter et ne se contente pas d’utiliser quelques jump scares pour effrayer son public. Il construit un boogeyman iconique et trouble et cherche la peur dans le mouvement. C’est d’ailleurs un des ses films les plus intéressants sur le plan de la mise en scène car derrière une esthétique très marquée par les années 80, Wes Craven ne manque pas d’idées de cinéma pour bâtir le mythe de Freddy. Et cette idée formidable d’un tueur qui ne peut agir que dans les rêves et de victimes qui luttent non pas pour survivre mais pour ne pas s’endormir, cela lui donne du pain béni pour tous les excès. Sans trop en dire sur le background de Freddy – une simple ligne de dialogue suffira dans le dernier acte pour donner une toute autre dimension monstrueuse au personnage – et en lui imposant une économie de répliques, Wes Craven accouche d’un mythe moins engagé que sur ses précédents films, beaucoup plus léger, mais à la portée populaire toute autre. En jouant sur les contrastes, le mouvement des corps (Freddy et sa façon singulière de se déplacer, tel un loup de dessin animé) et l’inventivité des meurtres, il touche à l’horreur intemporelle, celle qu’aucun autre ne parviendra à retrouver dans la saga ou le remake. Tout n’est qu’affaire de dosage et d’image.
![les griffes de la nuit 2 les griffes de la nuit 2 [Critique] Les Griffes de la nuit (1984)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/12/les-griffes-de-la-nuit-2.jpg)
En limitant les apparitions de Freddy et en freinant sur l’humour noir, il évite les excès qui auraient transformé le film en comédie d’horreur potache pour garder son côté effrayant. Certes, découvert aujourd’hui Les Griffes de la nuit n’a plus le même impact, mais la découverte dans les années 80 était quelque chose de stupéfiant. Il est amusant de voir Wes Craven jouer avec les symboliques du slasher. Freddy garde l’héroïne vierge pour la fin et tue d’abord les adolescents vivant dans le vice, il n’apparait à l’écran lors des meurtres que quand il tue une jeune fille et les personnages adultes, donc sages, sont soit déconnectés de la réalité des drames soit pire, indirectement responsables, ce qui donne lieu à une réflexion amusante sur les conséquences d’un genre cinématographique très prisé quelques années avant la sortie des Griffes de la nuit, le vigilante. Les plus belles idées graphiques viennent bien entendu des séquences de cauchemar qui auront marqué à vif toute une génération. En créant un personnage de rêve capable de changer d’apparence, Wes Craven se donne carte blanche. Ainsi, le spectateur ne peut qu’accepter cette scène bizarre pendant laquelle ses bras s’allongent ou celle où il se retrouve dans les flammes, le cascadeur et son vêtement ignifugé n’étant visiblement pas de la même corpulence que Robert Englund. Mais ça fonctionne très bien. Derrière le côté très ludique des apparitions et meurtres, soit cartonnesques (le mur au-dessus du lit) soit particulièrement dégueulasses (insectes, boue, geyser de sang) ou carrément malsains (le meurtre de Tina, éprouvant, ou l’apparition dans la baignoire), il y a cette volonté de créer à la fois une icône et une peur véritable. Grâce à Wes Craven qui se surpasse en termes de mise en images et de construction pour suivre ses personnages dans les cauchemars sans cesse vers des sous-terrains aux choix graphiques tranchés, la composition légendaire de Charles Berstein et des acteurs impliqués, dont un tout jeune Johnny Depp, Les Griffes de la nuit s’impose encore aujourd’hui comme un modèle du genre et peut-être le meilleur film de son auteur.












