[Critique] L’Enquête (2009)
Réalisateur: Tom Tykwer
Le film d’espionnage est redevenu à la mode, sans doute grâce à la trilogie musclée Jason Bourne. Ce n’est donc pas étonnant de voir fleurir le genre avec son lot de films oubliables et quelques très bonnes surprises comme ce The International de haute volée. L’intérêt principal est qu’il laisse de côté tout l’aspect spectaculaire [...]
Le film d’espionnage est redevenu à la mode, sans doute grâce à la trilogie musclée Jason Bourne. Ce n’est donc pas étonnant de voir fleurir le genre avec son lot de films oubliables et quelques très bonnes surprises comme ce The International de haute volée. L’intérêt principal est qu’il laisse de côté tout l’aspect spectaculaire habituel pour se concentrer sur un scénario en béton, intelligent et riche en informations sans pour autant devenir ennuyeux (c’est le risque quand on parle d’économie…). Tykwer jongle entre théories financières internationales et enquête sur fond de trafic d’armes, le tout étant relié d’une façon très réaliste. On n’en attendait pas moins de la part du réalisateur allemand qui a déjà largement fait ses preuves en tant que faiseur d’images (Cours Lola, Cours et le Parfum) et qui prouve qu’ici qu’il est également capable de gérer un grand scénario. A peu de choses près, il rate même le très grand film d’espionnage…
Car dans sa première heure, on ne trouve pas grand chose à lui redire… L’intrigue est rapidement posée, de manière efficace, les personnages présentés sans que ça devienne ennuyeux (pas de longue exposition, juste le nécessaire et au fur et à mesure qu’avance le film) mais surtout le scénario est véritablement passionnant. En effet, en s’inspirant d’une histoire vraie, celle de la faillite de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI) démontrée coupable de trafic d’armes et de financement du terrorisme et de mercenaires, on se retrouve devant des évènement qui font immédiatement écho à l’actualité économique, ou comment les banques prennent peu à peu le contrôle de tout, avec le danger que cela représente.
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En fait on a une démonstration ludique des dérives du capitalisme outrancier et une leçon d’économie qui vaut tous les cours magistraux… Alors bien sur on peut y voir un certain opportunisme d’enfoncer des portes ouvertes et de profiter d’une actualité qui nous touche tous, à tous les niveaux, mais c’est habile. Car la BCCI représente l’extrême de ces dérives, créant son bénéfice non pas sur le dos d’un peuple endetté mais par le sang versé dans les gros conflits mondiaux… ça aurait pu être très chiant, mais pas du tout, on reste scotché par la démonstration. Et ce pour des raisons évidentes : la mise en scène exceptionnelle de Tom Tykwer et la performance d’acteur de Clive Owen.
On sait que Tykwer est un magicien de l’image, il le démontre une nouvelle fois mais nous prend tout de même à revers. En effet il laisse derrière lui tous ses effets de style habituels, bien trop clinquants pour son propos, pour livrer une mise en scène froide et réaliste. Le résultat est un film auquel on croit sans problème, de part son aspect espionnage bien sur mais aussi par le drame humain qui s’y vit. Car Clive Owen y campe un personnage définitivement tragique, et ce dès la première scène où il perd complètement pied… son personnage est le moteur du récit, notre seul véritable point d’accroche, son évolution nous touche d’autant plus. A voir ce type essayer tant bien que mal de mener son enquête et de lutter contre des puissances qui dépassent l’entendement, et de voir chacune de ses tentatives sabordées, sert à créer une sensation d’impuissance impressionnante.
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En gros, on nous dit que dans notre monde actuel il n’y a pas de place pour les justiciers. On suit donc la lente descente aux enfers d’un homme qui perd peu à peu ses idéaux vis à vis de la justice, et le contraste de cet homme entre la première et la dernière scène est saisissant… d’autant plus que pour souligner son propos, Tykwer fait évoluer son décor du moderne vers l’ancien, comme une métaphore du social vers le bestial. Et au milieu de tout ça, une scène magnifique, superbement construite dans un décor assez grandiose, un gros gunfight bien froid et sanglant. La scène est une vraie réussite mais bizarrement cette irruption soudaine d’action dans un film où tout était basé sur la psychologie fait un peu tâche… c’est dommage car ça nous sort un peu du film.
Au niveau des acteurs, outre Clive Owen toujours au top et dans un rôle qui rappelle les Fils de l’homme, Naomi Watts reste justement en retrait, Armin Mueller-Stahl est excellent comme d’habitude et Ulrich Thomsen et Brian F. O’Byrne jouent à merveille des enfoirés de première peu enclins à l’émotion…
Malgré des influences évidentes des thrillers à la Jason Bourne ou James Bond (on croise d’ailleurs parmi les nombreux pays présentés certains lieux déjà visités par 007), c’est dans son refus catégorique (hormis une scène donc) du spectaculaire que The International prend toute sa dimension. Avec son discours sur la toute puissance de l’industrie bancaire et le sacrifice qu’entraîne une attaque envers eux, il crée un thriller à forte tendance paranoïaque intelligent et superbement construit. Vraiment dommage que cette grosse scène d’action centrale, aussi belle soit-elle, vienne faire retomber toute la tension qui s’était si bien mise en place…














