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Le Voleur de lumière (Aktan Arym Kubat, 2010)

 
Le Voleur de lumière de Aktan Arym Kubat (2010)
Le Voleur de lumière de Aktan Arym Kubat (2010)
Le Voleur de lumière de Aktan Arym Kubat (2010)

 
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Date De Sortie:
 
Titre original: Svet-Ake
 
Synopsis: On l’appelle Monsieur Lumière (« Svet-ake »). Dans ce village perdu au milieu des montagnes Kirghizes, loin du pouvoir et de l’économie, il entretient les lignes, trafique parfois les compteurs pour venir en aide aux plus démunis. Coeur ouvert et généreux, il ne leur apporte pas seulement l’électricité : il écoute, conseille, conforte les peines et tempère les disputes conjugales de ces villageois oubliés par la civilisation moderne. Monsieur Lumière a un rêve : construire sur les montagnes des éoliennes pour alimenter toute la vallée en électricité. Mais il va devoir faire face à des hommes puissants et corrompus qui sont les nouveaux maîtres du pays.
 
Note
 
 
 
 
 


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Texte de

 
Critique
 
 

Il suffit de dire que Le Voleur de lumière est un film kirghiz pour déjà saisir à quel point l’objet est rare, et donc en un sens, précieux. En effet, le Kirghizistan n’est pas un très gros producteur de films, à peu près un tous les deux ans, c’est dire l’importance de l’évènement. Pour l’occasion, et au bout d’une lutte acharnée pour monter le projet, soit une bonne dizaine d’années, le réalisateur kirghiz Aktan Abdykalykov change de nom de scène et devient Aktan Arym Kubat (en hommage à ses parents) et signe sa première oeuvre non-autobiographique après sa première trilogie (La Balançoire, Le Fils adoptif et Le Singe, tous récompensés dans leur tournée des festivals). Tout du moins en apparence, car si Le Voleur de lumière est le portrait d’un électricien dans un village reculé du Kirghizistan, il est tout autant le symbole d’un pays en pleine souffrance, peinant à se développer entre deux révolutions et pourri de l’intérieur par la forte corruption des représentants de l’état. Un tout petit film d’à peine 1h15 qui déploie plus de force symbolique que des productions à priori bien plus imposantes.

Sur une trame simple et aussi épurée que l’image générale du film, Aktan Arym Kubat va développer une fable en apparence tout ce qu’il y a de plus légère, mis à part son final d’une brutalité réellement surprenante, mais qui va jouer à fond la carte de la métaphore pour dresser le portrait d’un pays saccagé. Svet-Ake, interprété par le réalisateur lui-même, c’est « Monsieur lumière », sans doute le personnage le plus attachant vu au cinéma depuis un nombre incalculable d’années, et ce pour une raison finalement très simple : il a cet immense sourire collé aux lèvres du début à la fin. Le sourire du naïf, certes, étant donné ce qui se passe autour de lui, mais le sourire de celui qui apporte du bonheur aux autres surtout. Et autour de lui va se développer une intrigue classique dans laquelle de victime des autorités il deviendra une sorte de héros populaire, récupéré par un politique légèrement mafieux sur les bords, avant d’être victime d’un coup du sort malheureux. Mais n’en disons pas plus.

Ce monsieur lumière il représente l’espoir, un futur probable bien que difficile d’accès, une vision d’avenir heureux dans un des pays les plus instables d’Asie, politiquement et économiquement. La métaphore n’est pas à chercher bien loin et elle fonctionne pourtant parfaitement, s’accordant merveilleusement au rythme contemplatif du Voleur de lumière et à la beauté aride de ce paysage reculé. Et si tout devient prétexte à affirmer un coup de gueule pacifique contre un pouvoir nécrosé, le film s’aventure parfois vers une sorte d’onirisme bizarre. Ainsi, une poignée de scène mettant en avant une troupeau d’ânes semblent être intégrées au montage comme pour rallonger la durée d’un film trop court. Mais qu’importe, car cette fable à la légèreté d’apparat et sa force symbolique nous entraîne un court moment vers des terres totalement inconnus, nous fait vivre des drames à taille humaine et n’oublie pas de nous faire rire et pleurer.

À l’image on navigue entre une forme d’auteurisme classique dans cette partie du globe et un style à la lisière du documentaire. Formellement il s’agit d’un choix judicieux qui s’accorde complètement à un récit qui sent autant la fiction que le documentaire parfois. Réaliste et poétique à la fois, le Voleur de lumière est avant tout porté par un amour pour un pays et pour l’humanité au sens le plus large possible. Avec pudeur et recul, Aktan Arym Kubat signe un portrait touchant de son peuple et du décalage terrifiant entre les gens du peuple et les politiques/investisseurs. Eux qui ne peuvent pas se payer l’électricité voient débarquer ces types avec leurs gros 4×4, tout un symbole là encore, comme cet amour qui traverse le regard de Monsieur lumière, le héros tranquille.

Portrait d’un héros paisible et métaphore délicate d’un pays vacillant, Le Voleur de lumière est de ces films qui nous enchantent par leur simplicité et leur honnêteté. Tout n’y est pas parfait, cela a même parfois le parfum de l’amateurisme, mais il s’en dégage une telle sincérité et un tel désir de liberté qu’il nous emporte au delà des quelques réserves qu’on pourrait émettre. Espérons que Aktan Arym Kubat puisse rapidement reprendre sa caméra, ce bonhomme a beaucoup de choses à dire et il les dit plutôt bien.