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Le Monde fantastique d’Oz (Sam Raimi, 2013)

 
Le Monde fantastique d Oz affiche
Le Monde fantastique d Oz affiche
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Overview
 

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Date De Sortie:
 
Titre original: Oz the Great and Powerful
 
Synopsis: Lorsque Oscar Diggs, un petit magicien de cirque sans envergure à la moralité douteuse, est emporté à bord de sa montgolfière depuis le Kansas poussiéreux jusqu’à l’extravagant Pays d’Oz, il y voit la chance de sa vie. Tout semble tellement possible dans cet endroit stupéfiant composé de paysages luxuriants, de peuples étonnants et de créatures singulières ! Même la fortune et la gloire ! Celles-ci semblent d’autant plus simples à acquérir qu’il peut facilement se faire passer pour le grand magicien dont tout le monde espère la venue. Seules trois sorcières, Théodora, Evanora et Glinda semblent réellement douter de ses compétences… Grâce à ses talents d’illusionniste, à son ingéniosité et à une touche de sorcellerie, Oscar va très vite se retrouver impliqué malgré lui dans les problèmes qu’affrontent Oz et ses habitants. Qui sait désormais si un destin hors du commun ne l’attend pas au bout de la route ?
 
Note
 
 
 
 
 
3.5/5


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Texte de

 
Critique
 
 

Sortie en 1939, l’adaptation du Magicien d’Oz par Victor Fleming est aujourd’hui encore source principale d’inspiration de tout un pan de la culture américaine. Près de 75 ans plus tard, c’est à travers celui qui révolutionna le cinéma de genre que s’opère le retour au Pays d’Oz, Sam Raimi. Attendu au tournant car se pliant au délicat exercice du blockbuster estampillé Disney, le père d’Ash et Spider-Man assure là où Tim Burton s’est vautré et livre un spectacle de haute volée clairement destiné aux enfants. C’est sans doute la limite du film, car Le Monde fantastique d’Oz ne ressemble que trop peu à un film signé Sam Raimi.

En 75 ans, Le Magicien d’Oz s’est imposé comme la figure fondamentale du cinéma « fantastique », cité à d’innombrables reprises et même jusqu’à un monument tel qu’Avatar. C’est dire si explorer cet univers pour un réalisateur est une aventure pas comme les autres, et peu importe si l’entreprise hautement mercantile menée d’une main de maître par la meute de producteurs derrière la catastrophe Alice au pays des merveilles reste aux commandes avant tout. C’est Sam Raimi qui s’y colle, lui qui opérait pourtant un retour aux sources de son cinéma d’horreur avec l’excellent Jusqu’en Enfer. Quatre ans plus tard, voici Le Monde fantastique d’Oz, premier film de sa carrière à s’adresser principalement aux plus jeunes, véritable produit Disney sur lequel il n’a pas d’autre choix que de se limiter et se plier à un cahier des charges bien rempli. Il est évident qu’à première vue, Le Monde fantastique d’Oz a du mal à s’inscrire logiquement dans la carrière du réalisateur. Il ne faut cependant pas oublier que Sam Raimi n’a eu de cesse d’essayer de se sortir du moule qu’il s’était lui-même créé, et ce dès L’armée des ténèbres, aventure fantastique dont de nombreux motifs se retrouvent ici. Sam Raimi n’est pas le spécialiste d’un genre, car de l’horreur au pur mélodrame, en passant par le western, le thriller surnaturel et le film de super-héros, ses 14 films dévoilent une palette extrêmement vaste. Il se glisse cette fois totalement dans l’archétype de l’aventure féérique et du retour à un univers fondamental, laissant sa folie douce en sourdine à l’exception d’une poignée de fulgurances sous forme de signature.

Le Monde fantastique d Oz 1 Le Monde fantastique dOz (Sam Raimi, 2013)

Le Monde fantastique d’Oz reprend divers motifs de la structure du Magicien d’Oz original. Et notamment cette idée géniale de scinder le film en deux parties et deux univers aux traitements graphiques radicalement opposés. Ainsi le premier acte du film, sans doute ce que Sam Raimi a produit de plus beau depuis des années, au format 1:33 noir et blanc, est repris de l’ouverture monochrome sur le monde réel de Dorothy. Sam Raimi exploite chaque facette de ce parti-pris graphique pour déclarer sa flamme à la magie du cinéma à travers celle de l’illusion, pour mieux poser les bases de ce qui ressemble à de nombreuses reprises à une forme d’autobiographie. Comment en effet de pas voir l’analogie entre Sam Raimi et Oz ? Les deux sont de grands manipulateurs de l’image, les deux se retrouvent propulsés dans un univers féérique (Disney/le royaume d’Oz) tels des messies, les deux se retrouvent tiraillés entre divers pouvoirs afin d’accomplir leur mission. Le Monde fantastique d’Oz s’avère passionnant vu sous cet angle, qui met en lumière les différents problèmes assez évidents dont souffre le film. En premier lieu un scénario faiblard signé Mitchell Kapner (Mon Voisin le tueur 1 et 2, Roméo doit mourir…) et David Lindsay-Abaire (plus intéressant, il est l’auteur de Rabbit Hole et Les Cinq légendes) qui manque assez cruellement d’ampleur mais s’avère surtout extrêmement linéaire. De cette base imposée, Sam Raimi fait un peu ce qu’il peut et opère une prise de pouvoir souterraine parfois indicible. Concrètement, il s’efface devant la fantaisie et assure un show de haute volée sans pour autant imposer sa signature. Quelque part, il agit comme il l’avait fait sur Spider-Man, qui comportait finalement assez peu d’éléments immédiatement identifiable, sans pour autant cette fois révolutionner un genre et/ou le bâtir.

Le Monde fantastique d Oz 2 Le Monde fantastique dOz (Sam Raimi, 2013)

Le Monde fantastique d’Oz manque de génie mais pas de talent. Ainsi, la première partie en noir et blanc, d’une classe folle jusque dans son utilisation du relief (osant des sorties de cadre toujours justifiées ou des mouvements vertigineux y compris dans la seconde partie), l’arrivée au pays d’Oz qui ouvre le cadre en scope et en couleur, les premiers pas dans cet univers enchanteur, ces moments transpirent le très grand cinéma. Une sensation qui s’efface cependant peu à peu, laissant place à un spectacle certes de haute volée mais en rien « génial ». Les plus jeunes seront aux anges car un film pour enfant de cette qualité reste rare, les plus grands seront heureux de voir que leurs chères têtes blondes ne sont pas prises pour des truffes, mais du grand Sam on pouvait légitimement s’attendre à quelque chose de plus impressionnant. Le Monde fantastique d’Oz est un beau Disney, qui joue sur une fibre sensible en opérant des échos entre les motifs de la première partie et la seconde (la petite fille dans son fauteuil et la fille en porcelaine à laquelle il peut cette fois réparer les jambes, une des plus belles séquences de tout le film, la femme qu’il aime et qui en épouse un autre devenue sorcière blanche, l’associé traité de singe savant et dénigré devenu un vrai singe et son meilleur ami…), qui embrasse la pure fantaisie sans aucun cynisme, et délivre finalement le spectacle attendu. Par intermittences, on assiste même à de purs moments de génie. Une séquence d’attaque dans une forêt aux délires graphiques dignes d’Andy Warhol, un combat entre deux sorcières qui vire à l’horreur façon Evil Dead (un ton horrifique déjà atteint lors de la scène de la tornade), ou encore tout un passage pendant lequel le film se transforme en film de siège. Mais entre des effets numériques parfois très limite, des maquillages parfois hideux (l’hommage à la sorcière originale est formidable au départ puis vire au grotesque lors de sa véritable apparition) et un déroulé somme toute très convenue, Le Monde fantastique d’Oz peut énormément décevoir. James Franco y irradie l’écran tandis que ses partenaires féminines restent en retrait, Zach Braff y est formidable, le thème composé par Danny Elfman est poétique et entêtant à souhait, la mise en scène et le découpage de Sam Raimi sont un modèle du genre… tout y est appliqué, très propre. Sans doute trop. Sans doute aurait-il fallu que Le Monde fantastique d’Oz soit plus fou, plus violent, moins enfantin. En l’état il s’agit d’un spectacle solide destiné aux enfants, qui pose un regard sur le monde contemporain loin d’être con (règne le l’illusion, faux prophètes, manipulation des peuples par la terreur..) mais qui aurait mérité peut-être plus de matière à creuser.