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[Critique] The Day he Arrives “Matins calmes à Séoul” (2011)

 
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Bottom Line

Les films de Hong Sang-soo se suivent et se ressemblent, creusant à chaque fois un peu plus le fossé entre les amateurs et les hermétiques, se radicalisant de plus en plus jusqu’à atteindre sans doute dans les années avenir un pur cinéma conceptuel. Le soucis est que sa bulle d’admirateurs va finir par fondre comme [...]

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Posté le 2011/05/26 par

 
Critique
 
 

Les films de Hong Sang-soo se suivent et se ressemblent, creusant à chaque fois un peu plus le fossé entre les amateurs et les hermétiques, se radicalisant de plus en plus jusqu’à atteindre sans doute dans les années avenir un pur cinéma conceptuel. Le soucis est que sa bulle d’admirateurs va finir par fondre comme neige au soleil s’il ne se décide pas à injecter de la vraie nouveauté dans son oeuvre. Et par nouveauté, entendons autre chose que de l’artifice comme c’est le cas avec Le Jour où il arrive. D’ailleurs il semble que Hong Sang-soo lui-même soit conscient de sa limite actuelle. Sinon pourquoi aurait-il réduit son film à moins d’1h15? Il commence à sérieusement tourner en rond le bonhomme, et ce n’est pas en passant son film en noir et blanc en post-production qu’il va révolutionner quoi que ce soit, il ne faut pas être dupe. Le soucis c’est qu’on aimerait presque le détester pour se manque flagrant d’originalité, cette peine à se renouveler, mais Hong Sang-soo nous touche toujours autant, malgré tout. Il parle toujours des hommes et des femmes, de l’amour et des plaisirs de la vie, de la mélancolie et du cinéma… c’est toujours le même chose mais c’est toujours séduisant. Mais de moins en moins.

Le Jour ou il arrive 1 [Critique] The Day he Arrives Matins calmes à Séoul (2011)

Dans ce qui se rapproche de plus en plus d’un court métrage, Hong Sang-soo cherche à illustrer le parcours d’un réalisateur, une de ses nouvelles projections dans un personnage. Le Jour où il arrive est un drôle de film dans lequel l’auteur répète toutes ses obsessions et toutes ses figures favorites. Il se met encore dans la peau du cinéaste raté, passe son temps entre séductions, relations fragiles, amitiés changeantes et baisers volés. Il prend toujours autant de plaisir à faire s’asseoir ses personnages à la table d’un bar ou d’un restaurant pour les observer en train de se goinfrer, de picoler et de refaire le monde. C’est l’essence du cinéma de Hong Sang-soo et elle est finalement très simple. Il filme la vie mais surtout la vie ratée, celle des types odieux qui trompent leur femme ou les quittent quand ils rentrent bourrés, leur balançant les pires vérités à la figure, celle des gros loosers et beaux parleurs toujours maladroits quand ils aiment.

Il y a toujours quelque chose de touchant dans les portraits de ces ordures ordinaires. C’est en cela que le cinéma de Hong Sang-soo reste séduisant, il est parcouru de personnages attachants malgré leurs énormes défauts. Il les bloque ici dans une bulle temporelle, proche de celle dans laquelle son oeuvre évolue, et va jouer de la répétition sur quatre jours. Comme si dans ce film il imprimait la sensation de redite de ses précédents films, rejouant les mêmes scènes mais différemment, avec ces quelques détails qui font toute la différence. Il est facile d’y rester hermétique, d’autant plus que son humour à froid peut laisser insensible, mais cela reste un petit bonheur de comédie sociale pas comme les autres, ultra resserrée dans le temps et qui joue avec les illusions, des personnages (la serveuse et l’ex-petite amie jouées par la même actrice) et des sentiments (l’amour fugace qui pourrait transformer l’escapade en nouvelle vie). Et même s’il prêches des convertis sans s’ouvrir à un public plus large, le cinéaste maîtrise toujours autant son sujet, c’est un fait.

Le Jour ou il arrive 2 [Critique] The Day he Arrives Matins calmes à Séoul (2011)

On pensait que HaHaHa serait son film somme avant le grand changement, on peut toujours, en y croyant de moins en moins, se dire que ce sera celui-ci, avec les apparitions d’acteurs de ses films passés. La grande originalité est d’avoir passé son film en noir et blanc, un noir et blanc assez dégueulasse il faut le dire, plus proche d’un gris terne que d’autre chose. Pour le reste, Hong Sang-soo reste toujours amateur des plans fixes dont il soigne gracieusement les cadres, avec les entrées et sorties de ses personnages, et les seuls mouvements qu’il imprime sont ses habituels zooms qui deviennent de plus en plus artificiels. En somme c’est un nouveau film différent du précédent, mais c’est la même chose. Et on imagine que Oki’s Movie, qui n’est pas encore sorti chez nous, ne doit pas être bien différent non plus…

On l’aime le cinéma de Hong Sang-soo, c’est un fait. Ses personnages pathétiques, ses beuveries, ses histoires d’amour impossibles, ses images paisibles. Le Hour où il arrive ne déroge pas à la règle. On y retrouve les mêmes thèmes, les mêmes obsessions, les même personnages et les mêmes tics de mise en scène. Et c’est toujours aussi séduisant. Sauf qu’en continuant à tourner en vase clos, le cinéma de Hong Sang-soo va finir par n’intéresser plus que son réalisateur. S’il ne se renouvelle pas un tout petit peu, il risque bien de devenir ce personnage récurent de réalisateur raté qui n’arrive plus à faire des films.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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