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[Critique] Le Discours d’un roi (2010)

 
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Bottom Line

Nommé pour 7 Golden Globes (il n’en aura reçu qu’un seul), grand favori pour les oscars, Le Discours d’un roi avait tout, sur le papier, du film détestable. Véritable bête à récompenses avec l’appui des diaboliques frères Weinstein (qui avaient réussi à faire couronner le médiocre Shakespeare in Love fut un temps) le nouveau film [...]

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Posté le 17 janvier 2011 par

 
Critique
 
 

Nommé pour 7 Golden Globes (il n’en aura reçu qu’un seul), grand favori pour les oscars, Le Discours d’un roi avait tout, sur le papier, du film détestable. Véritable bête à récompenses avec l’appui des diaboliques frères Weinstein (qui avaient réussi à faire couronner le médiocre Shakespeare in Love fut un temps) le nouveau film de Tom Hooper, spécialiste de la TV britannique qui avait ébloui tout le monde avec son second long métrage pour le cinéma The Damned United, s’avère pourtant être bien plus qu’un simple “film à oscars”. Une nouvelle fois le réalisateur s’attaque à l’histoire de son pays en période de troubles, mais n’utilise le contexte historique que comme background pour conter une histoire bien plus personnelle. Et si partout est louée la performance hallucinante de Colin Firth, Le Disours d’un roi est un film qui repose en permanence sur deux personnages : Celui qui devient le dernier roi d’Angleterre, George VI, et son incroyable orthophoniste Lionel Logue. Le résultat est une oeuvre surprenante, car allant du film hyper-conventionnel et bien sous tout rapport à quelque chose de majestueux et visuellement détonnant. Pas un chef d’oeuvre comme on a pu le lire un peu trop souvent, car parfois très approximatif, mais un beau film abordant naturellement des valeurs humaines dans un contexte tout ce qu’il y a de plus inhumain.

le discours d un roi 1 [Critique] Le Discours dun roi (2010)

L’imperfection de ce beau Discours d’un roi vient du fait qu’il cherche à la fois à nous donner une leçon d’histoire, plutôt une bonne idée étant donné le peu de connaissances que l’on peut avoir de l’histoire britannique, et une leçon de vie. Tom Hooper fait un choix intelligent en privilégiant la seconde leçon, laissant la première en tant qu’environnement nécessaire à la seconde. La petite histoire qui naît de la grande, un schéma classique toujours efficace. On assiste donc à un spectacle haut de gamme avec deux facettes bien distinctes. La première, brillante, tient de l’intime. Le portrait établi du Prince Albert, futur George VI, jouit d’une sensibilité et d’un naturel qui impressionnent. Voir cet homme en décalage complet avec son statut, être plongé contre son gré, simplement car il est né Prince et donc héritier potentiel, dans le tumulte d’un scandale monarchique et les prémices d’une guerre, fascine d’un bout à l’autre. On y voit un type rongé par les responsabilités qu’il était si heureux de laisser à son frère aîné, broyé moralement par sa nouvelle situation, accentuant un peu plus ses atroces crises de nerfs entraînant son bégaiement.

En parallèle c’est sa relation avec celui qui deviendra son “guérisseur”, conseiller et ami, qui est mise en avant et là encore, de façon brillante. Entre le prince hyper nerveux et le faux docteur peu enclin aux protocoles, la rencontre fait souvent des étincelles, soulignant au passage, légèrement, le mépris de l’Angleterre vis à vis de l’Australie. On frôle même parfois le politiquement incorrect, à tel point que ça en devient assez amusant, dans un ensemble relativement trop lisse. Car il y a bien l’autre côté du miroir, à savoir le contexte historique. Et c’est là qu’apparaît un problème majeur. Tom Hooper vante la fidélité historique de son film mais prend quelques libertés gênantes. Ainsi les rapports entre Edward VIII et Hitler sont effacés, à peine évoqués en murmure, alors qu’ils constituent un éléments majeur de son renoncement au trône. De la même façon on nous montre un Churchill fervent défenseur de George VI, alors qu’il a soutenu le frère aîné tant qu’il a pu. Des approximations qui font tâche tout de même, et peu importe si le propos principal n’est pas là. Il n’est pas de bon ton de rappeler aux sujets de sa majesté que l’intouchable noblesse s’acoquinait avec l’incarnation du mal absolu. Par contre, la mise en perspective des talents d’orateur d’Hitler face aux difficultés d’élocution de George VI est un élément des plus intéressants, mais peu creusé finalement.

le discours d un roi 2 [Critique] Le Discours dun roi (2010)

Et si on peut très justement reprocher à Tom Hooper un récit trop académique, pour ne pas dire frileux, il faut bien avouer que visuellement on se prend une jolie claque, inattendue. Le Discours d’un roi est une petite merveille graphique où les décors de Buckingham Palace se voient réinventés, filmés comme des étendues désertiques dans lesquelles les personnages se voient terriblement isolés. Tom Hooper utilise deux outils bien utiles pour arriver à ses fins: la contre-plongée (abandonnée au fur et à mesure que le roi et son docteur parviennent à un équilibre) et le très grand angle qui ouvre des espaces inédits dans des lieux fermés. Totalement justifiée par le sujet, cette mise en scène avec du style impose une véritable identité au film qui nous surprend. Et c’est assez logiquement que le dernier acte nous entraîne dans un tourbillon émotionnel et visuel, légèrement moraliste, où le destin d’un peuple se joue sur du Beethoven. C’est dans sa profonde humanité que ce mastodonte puise sa force tranquille, portée par un casting en or massif. Si l’ensemble des seconds rôles donnent aux acteurs et actrices de la franchise Harry Potter l’occasion de montrer tout leur talent, Le Discours d’un roi s’élève grâce aux interprétations extraordinaires (mais vraiment) de Geoffrey Rush, lumineux, et Colin Firth, encore une fois incroyable d’intensité dramatique dans son incarnation de George VI.

Belle surprise que Le Discours d’un roi. Derrière un académisme qui l’inscrit dans toute une lignée de films à oscars se cache une oeuvre sensible et juste. Un film où l’humain prédomine sur tout le reste, une véritable tragédie et une histoire d’amitié sincère portée par deux acteurs fabuleux, Geoffrey Rush et Colin Firth. On pourra regretter quelques approximations historiques et une tendance à lisser le propos pour ne froisser personne mais on se sent comme emporté par un tourbillon émotionnel qui atteint son paroxysme dans un final sublime, point d’orgue d’une oeuvre aussi classique que résolument originale sur le plan visuel. Un très beau film.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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