[Critique] Le Dernier rite (Peter Cornwell, 2009)
Réalisateur: Peter Cornwell
Arrivé directement dans les bacs DVD plus de 3 ans après sa sortie américaine, Le Dernier rite (a.k.a. The Haunting in Connecticut) n’aura eu que pour lui des visuels suffisamment creepy pour attirer l’attention. Derrière une très bonne idée de départ, en voulant marier horreur et maladie, il n’est qu’une énième variation autour de motifs [...]
Arrivé directement dans les bacs DVD plus de 3 ans après sa sortie américaine, Le Dernier rite (a.k.a. The Haunting in Connecticut) n’aura eu que pour lui des visuels suffisamment creepy pour attirer l’attention. Derrière une très bonne idée de départ, en voulant marier horreur et maladie, il n’est qu’une énième variation autour de motifs éculés. Au suivant.
Il était vendeur ce “motion poster” apparu sur la toile il y a 3 ans. Bien dégueulasse et annonçant quelque chose de pas si commun dans un film d’horreur : un personnage principal enfant atteint d’un cancer. De quoi définitivement lancer la carrière de Peter Cornwell, réalisateur remarqué avec le segment d’animation Ward 13 de l’omnibus Zéro Deux sorti en 2007. Mais bonne idée n’allant pas nécessairement de pair avec bon film, il la gâche bêtement comme s’il n’en saisissait pas tout le potentiel et signe avec Le Dernier rite un film d’horreur totalement oubliable qui, plutôt que d’imposer sa prétendue originalité, ne va que surfer sur les différentes vagues à la mode pour aboutir sur quelque chose de médiocre et sans intérêt. Il faut sans doute n’avoir jamais vu le moindre film d’horreur pour être surpris ou effrayé par ce truc qui va de maladresses en erreurs grossières, prenant au passage le spectateur pour une grosse buse. Tout le monde a beau y mettre du cœur à l’ouvrage, Le Dernier rite est un film raté, et pas qu’un peu.
On pourra toujours louer une mise en scène souvent appliquée et une photographie léchée (signée par Adam Swica, directeur photo sur plusieurs films de George A. Romero depuis Bruiser) mais les images les plus propres ne rattraperont jamais la médiocrité d’un scénario écrit à la va vite et qui bouffe à tous les râteliers sans jamais parvenir à créer une quelconque cohérence. Cela aurait pu être une bonne idée que de lancer le film sur les visions du jeune malade, en créant le doute sur la nature desdites visions (causées par la maladie ou apparitions surnaturelles) sauf qu’en 10 minutes on nous dévoile déjà que la maison dans laquelle s’installe la famille renferme un lourd secret. Tous les cimetières indiens étant pris par d’autres auteurs, c’est cette fois un atelier funéraire dans le sous-sol de la maison, et qui donne pile dans la chambre que choisit le jeune Matt. Des incohérences et facilités scénaristiques, on en trouve à la pelle dans Le Dernier rite, film qui tente vaillamment de repousser les limites du n’importe quoi. Et même quand il développe des idées un peu moins bêtes que les autres, comme par exemple le fait que les seuls personnages capables de voir les “fantômes” (à l’écran des sortes de zombies cheapos qui prêtent plus à sourire qu’autre chose) sont des malades du cancer et donc aux frontières de la mort, l’idée n’est jamais poussée très loin. Au lieu de développer quelque chose d’original, de percutant, au lieu de construire une ambiance oppressante ou quelque chose qui pourrait impressionner, on se retrouve avec un grand mix d’autres films. Et le plus drôle c’est que les références évidentes ne citent pas que des grands films (Les Autres, Dark Water) mais aussi des bons gros navets à la mode tels que Phénomènes paranormaux ou Paranormal Activity ou des classiques surestimés façon Amityville. Balisé comme ce n’est pas permis, sans aucune surprise jusqu’à la rythmique mécanique à laquelle répondent les quelques jumpscares faisandés, Le Dernier rite pêche par son écriture médiocre et son traitement déjà vu des millions de fois.
Mais c’est dans son dernier acte que Le Dernier rite enfonce le clou. S’il trouve enfin un rythme appréciable, le filme embrasse les bondieuseries les plus grotesques possibles avec le personnage de prêtre cancéreux interprété par Elias Koteas. Là encore on reste médusé devant la crétinerie ambiante et les situations surréalistes qui jurent salement avec le “tiré d’un fait réel” asséné tel la caution indiscutable de cette farce sans aucun intérêt. On a un peu de peine pour la belle Virginia Madsen perdue dans cette galère et on comprend mieux pourquoi le film a mis si longtemps à atterrir chez nous. Tout juste digne d’une soirée nanars, et encore le film se prend trop au sérieux pour cela, Le Dernier rite cumule tous les poncifs les plus ridicules des genres auxquels il se frotte, n’en prenant finalement aucun vraiment au sérieux et abandonnant son peu de bonnes idées en un éclair. Quand à la fameuse scène crade des ectoplasmes s’échappant de la bouche d’un enfant, elle ne dure que quelques secondes. Tout le reste, des effets horrifiques moisis au récit minable (le traitement des personnages, qui entrent et sortent du cadre à loisir et sans raison véritable, est nul), en passant par les clins d’œils foireux (ah le plan de la hache de Shining…) est à jeter et à oublier. Cela ne vaut même pas le plus médiocre des films de J-Horror…
Distribué par la Metropolitan Filmexport.
Sorti le 1er juin 2012.
Metropolitan livre un disque techniquement irréprochable, aussi bien sur la partie image que sonore, et qui se voit muni de nombreux bonus. Un traitement royal pour un tel film, avec de nombreuses scènes coupées et un making-of très promo, mais surtout un double module très intéressant avec son point de vue “scientifique”.
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