[Critique] Le Dernier des templiers (2011)
Réalisateur: Dominic Sena
Il est bien difficile d’expliquer avec des mots simples la perversion cinéphile qui peut pousser le public à toujours se déplacer pour un nouveau film avec Nicolas Cage. On sait bien qu’il peut être très bon quand il le décide, c’est sans doute pour cela. Ou bien par nostalgie d’un passé “glorieux”, ou simplement car [...]
Il est bien difficile d’expliquer avec des mots simples la perversion cinéphile qui peut pousser le public à toujours se déplacer pour un nouveau film avec Nicolas Cage. On sait bien qu’il peut être très bon quand il le décide, c’est sans doute pour cela. Ou bien par nostalgie d’un passé “glorieux”, ou simplement car on a 75% de chance de se taper un nanar décérébré, nul mais drôle. Pourtant l’an dernier, simplement avec ses rôles dans Bad Lieutenant version Herzog ou Kick-Ass, l’inénarrable Nic Cage a montré qu’il avait de beaux restes et pouvait adapter son jeu tout en finesse (ou presque… ou pas du tout en fait) à l’environnement du réalisateur qui sait diriger un tel acteur. Pas de bol avec Le Dernier des templiers (la saison de la sorcière en VO, allez comprendre) c’est le bon gros tâcheron Dominic Sena qui s’y colle. Soit le responsable des déjà très mauvais Opération Espadon, Whiteout et 60 Secondes chrono, qui anéantit un peu plus à chaque film les maigres espoirs qu’il nous avait donné avec Kalifornia il y a fort longtemps. Toutefois Le Dernier des templiers est une telle aberration en salles – on n’en fait plus qu’en DTV des films pareils – qu’il peut éveiller la curiosité, ou pas.
Ça ne partait pourtant pas si mal. L’introduction hyper sombre pointe déjà du doigt les dérives de l’église vis-à-vis des “sorcières”, ferait presque glisser le film vers l’horreur, puis on enchaîne sur des séquences de batailles dans divers décors tout autant inspirées du maître-étalon Le Seigneur des anneaux pour l’aspect massif que de Zack Snyder pour les effets de ralenti. Tout ceci est à relativiser tout de même, ça n’arrive à la cheville ni de l’un ni de l’autre mais on se prend au jeu d’un film en costumes plutôt cool et relativement violent. Sauf que rapidement les choses prennent une tournure assez désagréable. On cherche à nous faire avaler des couleuvres avec un scénario qui passe d’intriguant à ridicule en un claquement de doigt. En effet Bragi F. Schut qui signait là son premier scénario pour le cinéma accumule les erreurs et bêtises pures. Et quand les raisons principales de cette quête toute molle ne tiennent pas la route, impossible de s’attacher à quoi que ce soit et tout parait tout à coup tiré par les cheveux.
Dès lors que reste-t-il à se mettre sous la dent? Pas grand chose. Le Dernier des templiers est un film qui peine terriblement à trouver le ton juste entre historique et film de genre. Dominic Sena y entame quelques réflexions intéressantes sur l’extrémisme religieux des croisades, la peste noire et autres mais ne les mène jamais très loin, à priori plus intéressé par le côté récréation bisseuse de l’ensemble. Alors il y a des scènes cool c’est vrai. Il nous refait un passage du Salaire de la peur version moyenâgeuse, joue avec la perception de la sorcière et s’avère très généreux au moment de faire intervenir des moines zombies. Sauf que si on ressent une légère tension parfois c’est surtout le rire qui l’emporte. Car Le Dernier des templiers c’est un peu un buddy-movie au temps des croisés, avec Nicolas Cage et Ron Perlman qui se balancent des vannes toutes les cinq minutes ( même su le physique, pas sympa pour Perlman). Sauf que ce n’était pas le film qu’on était venu voir et la dernière partie, qui plonge carrément dans le plus grand des n’importe quoi avec une esthétique proche du bousin Van Helsing, finit de nous achever.
Visuellement Sena s’essaye sans succès à l’image crade. Et à vouloir à tout prix trouver un ton authentique il est d’autant plus artificiel, donnant parfois l’impression d’une série Z au budget ridicule, ce qui n’est vraiment pas le cas. Tout n’est pas honteux et le bonhomme sait parfois comment tenir sa caméra et compose quelques plans pas dégueulasses mais dans l’ensemble c’est assez pauvre en image. Sans même parler des effets spéciaux qui frisent un peu l’insulte dans certaines séquences dont l’attaque des loups mutants (on préfère les chiens mutants de Hulk d’Ang Lee). Alors Le Dernier des templiers vaut-il au moins le coup pour son casting? Pas vraiment non… Les savoureux seconds rôles Stephen Graham et Christopher Lee pourraient être qualifiés de caméos, à l’image de la plupart des personnages secondaires qui ne bénéficient d’aucune écriture. Ils sont absents tout simplement. Les jeunes Stephen Campbell Moore et Claire Foy ne montrent rien de transcendant tandis que le couple vedette Nicolas Cage et Ron Perlman… ils ne font pas vraiment d’effort pour sortir d’un cabotinage agaçant et sont vraiment trop vieux pour ces conneries.
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