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[Critique] Largo Winch (2008)

 
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Bottom Line

Certainement pas le film du siècle mais c’est d’une efficacité remarquable et on ne s’ennuie jamais…

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Posté le 4 août 2009 par

 
Critique
 
 

Une nouvelle adaptation de bande dessinée en France… il fallait oser! Car les dernières tentatives se sont soldées soit par un échec public (Blueberry, un film génial et incompris) soit par un échec tout court (les innommables Astérix aux Jeux Olympiques, Michel Vaillant et les Chevaliers du Ciel)… Largo Winch c’est un peu différent, la BD est construite de façon très cinématographique, l’adapter a donc sans doute été plus f

acile. Fait rare, le scénariste et créateur Jean Van Hamme et son dessinateur Phillipe Francq soutiennent tous deux le résultat lors de la sortie sur grand écran! De quoi susciter une certaine curiosité, pas assez pour se déplacer en salles mais la sortie en vidéo il y a quelques jours permet de se rattraper.

Et le résultat c’est que Largo Winch est une sacrée bonne surprise, un film ambitieux made in France aussi réussi on n’en a pas tous les jours (quoique l’année dernière simplement avec l’instinct de mort et l’ennemi public n°1 on avait déjà dépassé tous les quotas de bons films).

largo winch 1 [Critique] Largo Winch (2008)

Pourtant c’était pas gagné… un réalisateur certes prometteur mais qui devait encore faire ses preuves (Anthony Zimmer c’était quand même moyen), un choix d’acteur principal plutôt surprenant, un budget confortable de 24 millions d’euros mais dix fois inférieur à celui du dernier James Bond, un long tournage de dix-sept semaines sur plusieurs continents… bref largement de quoi se planter! Et bien le résultat s’apprécie d’autant plus car on est là devant une franche réussite, un film à la fois ambitieux et humble, qui n’en fait jamais trop, qui ne cherche pas forcément à copier ses modèles (bien qu’ils ne soient jamais cités ouvertement, Largo Winch s’attaque aux James Bond et Jason Bourne) en proposant un spectacle original, dépaysant et drôlement bien foutu!

L’autre objectif pas vraiment avoué mais évident est de créer une franchise. Ce premier film prend donc logiquement la forme d’une genèse, ou comment le fils adoptif de la cinquième fortune mondiale, Nerio Winch, directeur du groupe W. assassiné, devient véritablement Largo Winch. Et c’est là que le pari de donner le rôle de Largo à un acteur presque débutant (il assurait déjà pas mal dans Truands et Virgil) aurait pu aboutir à une catastrophe… car le film repose complètement sur ses épaules, de plus physiquement il ne ressemble pas du tout au personnage de la BD! Mais il l’a si bien dit en interview, le fait de ne pas correspondre à ce qu’on attendait de lui l’a beaucoup aidé pour le rôle, car c’est exactement la situation de Largo dans cette histoire.

Et franchement, Tomer Sisley est la grosse surprise car même si son jeu d’acteur est parfois limité, il réussit à imposer une véritable présence à l’écran. Pourtant il se retrouve face à des acteurs confirmés et talentueux. Ce casting est d’ailleurs un des gros points forts du film, évitant soigneusement tous les acteurs bankables et “obligatoires” dans tout gros film français. On passera sur la moins surprenante, Kristin Scott Thomas, toujours excellente malgré la perruque ridicule dont elle se retrouve affublée. Plus surprenant, la présence de Miki Manojlovic en Nerio Winch. L’acteur yougoslave, premier rôle inoubliable de Papa est en voyage d’affaires et Underground de Kusturica, est d’une justesse remarquable pour interpréter cet homme d’affaire impitoyable, ne montrant que peu de sentiments et qui fait tout pour occulter tout libre arbitre à son entourage.

largo winch 2 [Critique] Largo Winch (2008)

On retrouve également Gilbert Melki, l’éternel second rôle qui hérite ici du personnage le plus ambigü de l’histoire, le seul dont on arrive à douter vraiment. Mélanie Thierry apporte son physique unique et livre une performance hautement plus intéressante que dans Chrysalis et Karel Roden, inquiétant dans Abandonnée, trimballe une fois de plus sa gueule de psychopathe avec talent. A noter également dans les caméos qui font plaisir la présence du génial Eddy Ko, second rôle récurrent du cinéma HK, qu’on a pu voir il y a peu dans Mad Detective. On tient là un sacré beau casting international qui donne vie aux aventure de l’héritier le plus envié et le plus aventurier de la planète.

La mise en scène de Salle fait des merveilles, alternant de très beaux plans bien iconiques à des scènes bien plus nerveuses. A vrai dire, il n’a pas à rougir face à bon nombre de réalisateurs US qui boxent dans la même catégorie, il a réussi son film. Les personnages sont complexes et bien écrits, et le scénario est un modèle, mêlant habilement quête identitaire de Largo et intrigues financières sans jamais tombé dans des propos ennuyeux. Certes on a bien droit à quelques séquences maladroites, des révélations qu’on devine assez tôt et quelques rebondissements improbables qui nous font penser à un season finale de 24 mais ça ne gâche en rien le plaisir de ce pur film de divertissement.

Largo Winch, en plus d’être une adaptation intéressante, est un divertissement ambitieux, dynamique, filmé avec élégance, qui a eu la bonne idée de se faire en anglais dans un soucis de cohérence et qui prouve une bonne fois pour toute qu’avec les bonnes personnes aux commandes, le cinéma français n’est pas un cinéma de branleurs ou de philosophes de comptoirs. Ce n’est certainement pas le film du siècle mais c’est d’une efficacité remarquable et on ne s’ennuie jamais. D’autant plus que certains choix de casting hyper casse-gueules s’avèrent payant au final.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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