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[Critique] La Traversée du temps (2006)

 
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Bottom Line

Avant d’être considéré comme le “nouveau Miyazaki”1, Mamoru Hosoda, la sensation venue du studio Madhouse (et qui fut un temps envisagé pour réaliser Le Château dans le ciel) s’est forgé une solide expérience sur les séries La fillette révolutionnaire Utena et Digimon en tant qu’animateur puis réalisateur, avant de se jeter dans le grand bain [...]

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Posté le 21 avril 2012 par

 
Critique
 
 

Avant d’être considéré comme le “nouveau Miyazaki”1, Mamoru Hosoda, la sensation venue du studio Madhouse (et qui fut un temps envisagé pour réaliser Le Château dans le ciel) s’est forgé une solide expérience sur les séries La fillette révolutionnaire Utena et Digimon en tant qu’animateur puis réalisateur, avant de se jeter dans le grand bain avec Digimon – Le film. Rien ne laissait pourtant présager que quelques années plus tard Mamoru Hosoda poserait avec La Traversée du temps la première pierre d’une œuvre déjà incroyable et d’une richesse infinie. Appuyé par la puissance de frappe graphique de Madhouse (Gen de Hiroshima, Ninja Scroll, Metropolis, tous les films de Satoshi Kon…) et le pouvoir d’évocation du roman de Yasutaka Tsutsui, l’auteur de Paprika, Mamoru Hosoda développe un conte moderne d’une apparente simplicité qui cache un discours multiple d’une ampleur inattendue. Une grosse révélation.

la traversee du temps 1 [Critique] La Traversée du temps (2006)

L’intelligence fondamentale de La Traversée du temps est qu’il s’agit d’un film dont le ton et le rythme sont en perpétuelle évolution. Ainsi, difficile aux premières notes d’une légèreté presque mièvre d’imaginer le tourbillon émotionnel vers lequel il se dirige. Pourtant cette part de légèreté, le film la gardera jusqu’au bout, quelque part liée à son sujet principal : l’adolescence et le retour nécessaire d’une société aux plaisirs simples. Profondément optimiste, voire utopiste dans une certaine mesure, La Traversée du temps n’en reste pas moins un film qui échappe à tout canevas prédéfini tant il menace à ne nombreuses reprises de tomber dans la noirceur absolue. Mais avec son trio adolescent un peu sur la Lune et dopés aux plaisirs simples de la camaraderie, du baseball et des déambulations molles, il se pose pourtant en illustration parfaite de ce mode de vie fantasmé par une société japonaise réglée au millimètre. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le thème de la dilatation du temps est au centre du film, comme la représentation par le fantastique d’une parenthèse enchantée qu’on n’aimerait ne jamais voir se finir pour ne jamais affronter le fameux monde des adultes dans lequel se bousculent sérieux et responsabilités. Quelque part, La Traversée du temps nous rejoue Un Jour sans fin sans marmottes, sans Bill Murray et sans I got you babe de Sonny & Cher, et en lui apportant le concept de contrôle. L’intelligence du script tient tout d’abord dans le fait qu’il accepte complètement son parti-pris fantastique, et qu’il le traite là encore de façon variable. Ainsi, si dans un premier temps les voyages dans le temps de Makoto relèvent d’un certain jeu, tout en lui permettant une “renaissance” (la symbolique est forte chez Mamoru Hosoda), et se limitent à des sujets plutôt légers, ils évoluent peu à peu. Et ce don offert à l’héroïne, à aucun moment traité comme une malédiction, permet des ressorts dramatiques formidables qui font se resserrer la tension sur elle et provoquer à l’écran de purs moments de suspense. On peut y voir une belle utilisation du concept de responsabilité lié aux pouvoirs des super-héros par exemple, amené de façon très douce ici, et intimement lié à l’idée de manipulation temporelle. Chez Mamoru Hosoda, et chez Yasutaka Tsutsui, le temps n’est pas rectiligne (comme la réalité dans Paprika n’avait pas qu’une forme) et peut donc se modeler, se multiplier à l’infini. Et en traitant le sujet sur le mode de la légèreté, voire de la comédie burlesque lorsque Makoto effectue ses sauts temporels et apparait dans une scène de façon impromptue en roulade au sol, Mamoru Hosoda apporte une certaine universalité qui évite un ton trop solennel et permet de mieux accepter un propos bien plus fort qu’il n’en a l’air sur les conséquences de nos actes.

la traversee du temps 2 [Critique] La Traversée du temps (2006)

Quand il sauve Makoto, c’est pour lui faire subir une expérience, un chemin de croix, qui au fil des missions et en utilisant de façon ludique le concept de l’effet papillon temporel, va lui permettre d’entrer dans l’âge adulte. Ainsi le destin de ce garçon manqué évoque avec poésie et mélancolie, ainsi qu’avec une brillante utilisation du paradoxe temporel aussi étudié que dans Retour vers le futur, le nécessaire retour à une certaine forme de réalité, la nécessité d’accepter ses responsabilités. Mais là où la leçon de morale évite la bêtise, c’est qu’elle n’est pas solennelle, dans le sens où le discours de Mamoru Hosoda prend conscience de la nécessaire part de magie (lire “d’imaginaire”) de toute existence. Ce qui fait de ce parcours initiatique, ponctué de séquences magistrales et construit autour du motif du carrefour (croisée route/train, adolescence/âge adulte, garçon/fille) qui se reproduit inlassablement à l’écran, une fable à la fois simple – il n’est finalement question que d’une jeune fille maladroite qui va chercher à réparer ses erreurs – et follement complexe. La complexité vient de ce travail méticuleux effectué sur la représentation du temps et ses infinies possibilités, que ce soit dans ces images surréalistes de chute à travers des trames temporelles , la personnification du compteur ou mieux encore, ce long travelling pendant lequel Makoto remonte littéralement le temps dans le cadre, manquant de se laisser dépasser ou de prendre de l’avance sur lui. Passionnant de bout en bout et se révélant un peu plus à chaque instant, accentuant son statut de film insaisissable passé sa simplicité apparente, La Traversée du temps est un film remarquable, qui use des possibilités infinies de l’animation pour illustrer son propos et se poser en jalon essentiel du cinéma japonais moderne. Summer Wars l’aura confirmé quelques années plus tard, mais Mamoru Hosoda est déjà un grand, capable d’allier le spectaculaire à l’intime et la douce mélancolie à la gravité. Pas le nouveau Miyazaki donc, mais un artiste tout aussi passionnant et complémentaire.

  1. On est en France donc on ne connait qu’un seul réalisateur japonais de films d’animation. De toute façon il n’y a pas de place pour deux et peu importe si leurs œuvres n’ont absolument rien en commun. Et pour la petite anecdote, Mamoru Hosoda n’a pas été accepté à l’institut de formation des studios Ghibli. []

Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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