[Critique] La Traque (2010)
Réalisateur: Antoine Blossier
À l’époque où son titre était encore “Proie”, bien avant que La Proie n’arrive sous la bannière d’un distributeur bien plus confiant/courageux/honnête, La Traque ne nous avait pas fait très bonne impression en plein Étrange Festival. Les festivals étant généralement les moments les moins opportuns pour juger définitivement un film, le premier essai en long [...]
À l’époque où son titre était encore “Proie”, bien avant que La Proie n’arrive sous la bannière d’un distributeur bien plus confiant/courageux/honnête, La Traque ne nous avait pas fait très bonne impression en plein Étrange Festival. Les festivals étant généralement les moments les moins opportuns pour juger définitivement un film, le premier essai en long métrage d’Antoine Blossier méritait bien une seconde chance pour sa sortie dans les bacs vidéo, quelques quatre mois après une exploitation en salles proprement honteuse. Même s’il s’agit du terrible destin de TOUS les premiers films de genre produits en France. Et si la seconde vision du film ne le transforme pas en chef d’œuvre, il est toujours plombé par des éléments rédhibitoires pour s’y attacher totalement, redécouvrir La Traque sans les présentations et promotions complètement à côté de la plaque permet d’ouvrir les yeux sur un premier film imparfait mais pas dénué de charme.
![la traque 1 la traque 1 [Critique] La Traque (2010)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/12/la-traque-1.jpg)
De la même manière qu’il convient d’oublier les propos de Neil Marshall mis en avant – “Sauvage, implacable et brutal” – il vaut mieux passer outre les souvenirs de l’excellent Razorback de Russell Mulcahy qui entretient avec La Traque autant de points communs qu’Astérix et Obélix, à savoir la présence de sangliers. La Traque est un film généreux, qui ouvrent de nombreuses pistes thématiques à priori intéressantes au sein d’un film de genre, mais qui les referme toujours trop vite soit par manque de budget évident pour les exploiter soit par choix narratifs tranchés. Ainsi, la toute première partie du film, jusqu’aux premiers pas hors de la cabane de chasse dans la forêt, semble annoncer la chronique d’une bourgeoisie rurale évoluant en vase clos. Un postulat assez bien vu avec ce personnage extérieur qui souhaite enlever la fille prodige à cette famille. Sauf que cet aspect social, avec des personnages forts au départ, va peu à peu s’effacer pour laisser la place à une pure série B beaucoup plus terre à terre et qui va malheureusement souffrir de son manque de moyens, malgré toute la bonne volonté d’une équipe passionnée. Sur un schéma emprunté à Predator, film matriciel qui bénéficie ici d’un hommage quasi-permanent jusque dans une scène de camouflage, Antoine Blossier va construire un film bicéphale en opérant au milieu une inversion des rôles classique. Le chasseur devient la proie, et le thriller forestier devient un survival. Entre les deux une réflexion écologiste sur les dangers de l’industrie par rapport à la nature et les conséquences sur l’homme, à travers une poignée de plans à fort caractère, mais qui reste malheureusement au stade embryonnaire comme la simple mise en place d’un décor idéologique sans véritable influence sur le déroulement du récit. Au travers de visions et séquences qui en appellent parfois au cinéma de Shyamalan dans ce qu’il a de plus fantastique, quand il n’est pas dans le survival pur et dur aux personnages cloisonnés, La Traque possède tout de même de sérieux atouts et en particulier une ambiance franchement réussie.
![la traque 2 la traque 2 [Critique] La Traque (2010)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/12/la-traque-2.jpg)
Antoine Blossier n’est jamais aussi bon que quand il pose un peu sa caméra et prend le temps de construire des séquences dans lesquelles il exploite toutes les possibilités de son cadres et des figures qu’il fait évoluer à l’intérieur. Les choses se gâtent malheureusement au moment de mettre en scène les attaques des sangliers, passages obligés dont on se serait finalement bien passés. Utiliser des animatronics c’est bien mais abuser de la shakycam à chacune de leurs apparitions ça l’est beaucoup moins. Certes, cela apporte une énergie évidente et permet également de cacher ce qui ne doit pas apparaître à l’écran mais il y a de quoi regretter ce recours systématique qui peut être rebutant. Fort heureusement tout cela ne représente au final que peu de scènes. Côté déchets, on n’est face à un mal bien français, à savoir des acteurs et des dialogues au mieux fades, au pire ridicules. Et dans la bouche de personnages pas toujours très bien écrits, c’est fatal. Le pire se situant sans doute du côté de Grégoire Colin, erreur de casting monumentale car ne dégageant pas le moindre charisme et dont l’évolution dans le final en devient grotesque. Dommage, par ces approximations et par le traitement d’un distributeur peu scrupuleux, La Traque rejoint la longue liste des films de genre qui ne peuvent que passer à côté de leur public. mais comme toujours, on attend le prochain film d’Antoine Blossier avec grand intérêt car il semble avoir des choses à montrer.














