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La Proie (Eric Valette, 2011)

 
La Proie de Eric Valette (2011)
La Proie de Eric Valette (2011)
La Proie de Eric Valette (2011)

 
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Synopsis: Un braqueur s’évade de prison pour traquer son ancien codétenu, un tueur en série qui a entrepris de lui coller ses crimes sur le dos. Une policière de la Brigade des Fugitifs se lance à la poursuite du braqueur, devenu bien malgré lui l’ennemi public numéro 1. Quand chacun des protagonistes aura été au bout de lui-même, qui sera le chasseur, et qui sera la proie ?
 
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Texte de

 
Critique
 
 

Il y a maintenant quelques années, Eric Valette livrait avec Maléfique ce qui reste encore aujourd’hui comme une référence de l’incursion du cinéma de genre français dans le fantastique. Le film a depuis toujours ses détracteurs, mais peu importe s’ils n’ont rien compris, c’était un film d’une intelligence rare dans le genre et qui transcendait son petit budget pour livrer une série B brillante. Depuis cette rampe de lancement intéressante Eric Valette a joué sur deux tableaux. D’un côté deux expériences désastreuses aux Etats-Unis avec One Missed Call, remake raté de l’excellent La Mort en ligne de Takashi Miike, et Hybrid dont les festivaliers de Gérardmer se souviennent encore comme une des pires séances de la semaine. Mais d’un autre côté, Valette a signé en France un des meilleurs épisodes de l’anthologie Sable Noir et surtout l’exceptionnel Une Affaire d’état, un très grand thriller qui n’a aucun équivalent dans le cinéma français contemporain (il faut remonter aux années 70 pour trouver un film du genre de ce niveau). Le fait est que la semble-t-il douloureuse expérience américaine a sans doute beaucoup appris au réalisateur qui nous revient en forme avec La Proie, pur polar d’action qui s’inscrit à peu de choses près dans la même logique que le déjà percutant À bout portant de Fred Cavayé. Une même conception du cinéma coup de boule, avec un traitement totalement différent pour deux films très complémentaires prouvant qu’en France on peut faire du grand cinéma d’action sans tomber dans la caricature des productions Besson.

la proie 1 La Proie (Eric Valette, 2011)

Soyons clair, La Proie a beau être un film à tendance tous publics, il est clair qu’il s’adresse dans le fond essentiellement aux amateurs de séries B d’action. En gros, les culs serrés ne pouvant imaginer un cinéma français autrement qu’auteuriste et tournant en rond depuis des années, passez votre chemin ce film n’est pas pour vous! Sachant cela, à quoi faut-il s’attendre exactement avec le nouveau film de Eric Valette? Tout simplement à un polar d’action assez basique dans sa construction, dans sa narration, qui ne s’embarrasse que de peu de futilités et va plutôt droit au but. La Proie est un film qui s’apparente clairement plus à une balle de .44 tirée à bout portant qu’à autre chose. Malgré ses défauts, évidents et très présents, il s’agit d’un film d’une générosité rare qui assume complètement son héritage. Entre une trame reprenant à peu près celle du Fugitif (la série ou le film, peu importe), un rythme enlevé malgré la multiplication des sous-intrigues (même si 10 minutes en moins l’auraient aidé) et un traitement brut qui rappelle autant le cinéma de Friedkin que celui de Verneuil et Boisset. Soit un retour à un film de genre percutant, du polar old school jusque dans sa mise en scène.

Pourtant, si cette course poursuite quasi-permanente parvient à nous impressionner à diverses reprises, par ses séquences coup de poing, La Proie souffre de fautes de goût agaçante. Certes on ne s’attend pas avec ce genre de film à un scénario d’une finesse exemplaire, mais il faut avouer qu’on a droit ici à quelques bourdes et invraisemblances qui peuvent poser problème. Difficile d’en faire abstraction, même pour une pure série B. Cette grosse réserve mise à part, La Proie est un film réjouissant. Tout d’abord car il n’a pas honte de verser dans l’action pure, qui n’a pas à rougir face à ses modèles américains, mais également car il base la fuite de ce type, un bad guy pour lequel on éprouvera toute la sympathie possible, sur non pas sa survie mais le sauvetage de sa fille. La recette est simple : prendre un bonhomme désespéré, lui faire perdre quasiment tout ce qu’il a, lui adjoindre une aide improbable et des ennemis inarrêtables et le faire courir pendant 1h45. Dès lors les sous-intrigues à caque fois avortées viennent se plier dans la grande histoire pour aboutir sur un bout de péloche certes imparfait mais qui a du coeur et des roustons, à l’image de son personnage central.

la proie 2 La Proie (Eric Valette, 2011)

La Proie est un film brut de décoffrage ne laissant la place à aucune réflexion ou second degré qui n’auraient aucune raison d’être de toute manière. Le film est porté d’un bout à l’autre par un Albert Dupontel de plus en plus impressionnant au fil des années, tant il devient massif. Mâchoire serrée et muscles tendus, tout repose sur sa performance d’action hero, pari qu’il relève haut la main. Face à lui, Alice Taglioni surprend dans un rôle physique à contre-emploi tandis que Stéphane Debac incarne avec effroi une sorte de Jean-Luc Delarue pédophile et serial killer au sourire aussi benêt que carnassier. La plupart des seconds rôles sont convaincants, exception faite de Zinedine Soualem, constamment à côté de la plaque dans le rôle du commissaire badass tombant dans la caricature. Mais au final, si La Proie touche à son objectif, c’est bien par la mise en scène. À ce titre la bande annonce et ses effets de montage clinquants est mensongère. La Proie est un film brut et âpre, la réalisation de Eric Valette est mordante, sèche, percutante. C’est un plaisir de voir du cinéma de genre qui ne cède pas aux artifices à la mode, déjà has been. La preuve? Un refus de la shakycam qui transforme donc chaque séquence d’action en morceau de bravoure hard boiled, et dont le réalisme apporte un équilibre aux idées invraisemblables.

La Proie n’est ni un chef d’oeuvre ni un film modèle, et pour le comparer à tout prix il est même inférieur au précédent film de Eric Valette, Une Affaire d’état. Pourtant, avec tous ses défauts, La Proie est une série B d’action qui possède de quoi donner de l’espoir au cinéma de genre français. Simplement par le refus d’effets de styles éculés, par une mise en scène brute et rentre-dedans, par l’utilisation judicieuse d’un des seuls acteurs français capables d’endosser un personnage aussi physique, La Proie est un polar musclé qui envoie du très lourd, à tel point qu’on lui pardonne bien volontiers ses grosses faiblesses. Un film surprenant dans le paysage cinématographique français bien trop fadasse.