[Critique] La Délicatesse (2011)
Réalisateur: David Foenkinos, Stéphane Foenkinos
Le 22 décembre 2010 sortaient Les Émotifs anonymes, du même distributeur que La Délicatesse, et ayant la même raison d’exister en salles en cette fin d’année : regrouper le public au cinéma autour d’une comédie à la fois douce et légère, comme un cadeau de Noël. L’esprit de l’œuvre est en effet reproduit, mais cette fois [...]
Le 22 décembre 2010 sortaient Les Émotifs anonymes, du même distributeur que La Délicatesse, et ayant la même raison d’exister en salles en cette fin d’année : regrouper le public au cinéma autour d’une comédie à la fois douce et légère, comme un cadeau de Noël. L’esprit de l’œuvre est en effet reproduit, mais cette fois Isabelle Carré se transforme en Audrey Tautou tandis que Benoît Poelvoorde prend les traits de François Damiens.
Les frères Foenkinos ont réalisé ensemble La Délicatesse, en adaptant le livre de David Foenkinos, déjà vendu à plus de 700 000 exemplaires et ayant obtenu dix prix littéraires. Le scénario se construit en trois mouvements : pendant la première demie-heure Audrey Tautou, alias Nathalie, fraîche, file le parfait amour avec son jeune et joli mari, amateur de jus d’abricots (et c’est tout) ; puis vient la phase de deuil – deux ans réglementaires avec un climax : le moment où elle se débarrasse de ses affaires en jetant rageusement l’ordinateur portable avec le reste des pantalons dans un sac poubelle qu’elle balance sur le trottoir – scène très à la mode puisqu’également présente dans Shame. Enfin, nous assistons à la rencontre tant attendue avec François Damiens, pauvre hère osant à peine traîner sa démarche simiesque dans la même entreprise que la belle.
![la delicatesse 1 la delicatesse 1 [Critique] La Délicatesse (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/12/la-delicatesse-1.jpg)
Rien n’a été oublié pour créer un produit cohérent : ni la marque-sponsor pour les vêtements d’Audrey Tautou, ni les ballades musicales spécialement fabriquées par Emilie Simon. La structure du film est censée permettre au spectateur de ressentir avec empathie la douleur de Nathalie, femme courage, puis d’être intrigué par le nouveau venu au sourire béat, et enfin de se réjouir du réveil sentimental de l’héroïne, et de son ouverture d’esprit.
Le film pêche justement là où il veut plaire : son aspect simple et anti-conformiste. Les dialogues sont étranges (« De toute façon vous ne connaissez rien à l’amour ! » lance l’héroïne au début du film à un couple d’ami. « Pourquoi ? » lui demande-t-on. Réponse de la belle, bravache : « Ben ça se voit que vous êtes juste un plan cul ! »). Le regard porté sur la société, le monde du travail, et les suédois, est aussi un tantinet réducteur. Les suédois sont particulièrement maltraités, en stakhanovistes qui ne font que manger des Krissprolls, avoir des meubles en bois clair et surtout, être très bien organisés.
![la delicatesse 2 la delicatesse 2 [Critique] La Délicatesse (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/12/la-delicatesse-2.jpg)
Les grosses ficelles explicatives et humoristiques se multiplient, comme la répétition systématique du nom du « dossier 114 » , ou encore une séquence montrant soudain un enfant à l’âge de deux ans alors que sa maman était enceinte dans le plan précédent, superbe « astuce » pour illustrer le temps qui passe. Si le ton burlesque est manqué, le film passe également à côté de son sujet qui aurait pu être le couple au sein de l’entreprise, et généralement face à la société. Pourquoi Markus est-il considéré comme un être insignifiant ? Comment un couple réagit quand l’avis des gens qui l’entoure est unanimement défavorable ? Qui décide si ce couple est probable ou non, si il peut exister ou pas ?
Voilà des sujets vraiment soulevés dans un joyeux film qu’Agnès Varda fit dans les années 1980. Kung Fu Master! montre justement la difficulté d’exister pour un couple hors normes : un adolescent joué par Mathieu Demy et une femme d’une trentaine d’années, Jane Birkin. A l’inverse, La Délicatesse semble un film triste dénonçant avec un pessimisme exagéré une société cruelle et intolérante. Joyeux Noël !













