On a tout vu et tout entendu à propos de La Conquête, pendant des mois. Le premier film français s’attaquant à un chef de l’état en exercice, blablabla… On nous a vendu un film concept, on nous en a promis des tonnes, on tombe de haut. À l’arrivée, une seule question : mais pour qui nous prend-on? Pour des buses il semblerait. La Conquête s’ouvre, pour des raisons sans doute plus légales qu’autre chose, sur un beau carton nous rappelant que les personnages sont réels mais que le film est une fiction, comme pour se dédouaner. Une fiction? Sérieusement? En voilà une bonne blague, car pendant près de deux heures ce n’est ni plus ni moins qu’une succession de scènes de la vie politique de Nicolas Sarkozy que nous connaissons très bien puisqu’elles ont toutes bénéficié d’une couverture médiatique très large. On nous prend de haut, c’est un comble tout de même vu la taille du bonhomme. La Conquête, avec ses promesses et ses doutes, est tout à fait le film que l’on craignait, un véhicule propagandiste maquillé en farce grotesque, un objet un brin malhonnête sans cinéma, un non-évènement en puissance.
![la conquete 1 la conquete 11 [Critique] La Conquête (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/05/la-conquete-11.jpg)
Cela aurait très bien pu s’appeler “la campagne UMP de 2007 pour les nuls” tant cette succession de saynètes ne nous apprend jamais rien. Jouant des ellipses et des flashbacks dans un procédé narratif aussi faisandé qu’agaçant, entre la campagne et le soir de l’élection, Xavier Durringer semble passer complètement à côté de son film. Ce qui en ressort est au premier abord la sensation d’une mascarade. Pourquoi pas après tout, si cela avait été vraiment drôle, sauf que ça ne l’est pas. Mis à part Denis Podalydès, relativement impressionnant dans le mimétisme gestuel plus que physique, on se retrouve en plein défilé de gueules grimées façon caricature ou marionnette des guignols. On touche au pathétique quand Jacques et Bernadette Chirac apparaissent, et on s’attend à ce qu’il l’appelle “maman” à chaque instant. Le projet trouve en fait immédiatement ses limites par le grotesque, rendant l’entreprise caduque. Mais il y a pire, car il apparaît comme évident qu’il y a derrière la farce (soulignée par une bande originale digne des Charlots) un vrai véhicule politique pour la réélection de Nicolas Sarkozy. Cela sera toujours démenti, c’est une évidence, mais le plus évident est qu’il s’agit d’un film militant. Certes il n’y a aucune glorification directe de l’homme, mais tous les personnages qui l’entourent sont tellement tournés en ridicule qu’il rayonne. Aucun de ses faux-pas n’est véritablement souligné. Seuls restent l’illustration de la formidable machine politique et un côté très humain (le pauvre, il perd sa femme pour la tête de l’état) très appuyé. Faisant fi de toute conviction politique, La Conquête, film occultant toute personnalité de la gauche (si ce n’est une caricature de Ségolène Royal par Dominique Besnehard, son ancien conseiller politique dans la vie), pourrait très bien brandir son étendard UMP que cela ne choquerait pas plus. D’ailleurs, toutes ces précautions prises en amont de la sortie du film ne sont jamais justifiées tant la chose est insignifiante à tous les niveaux.
![la conquete 2 la conquete 21 [Critique] La Conquête (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/05/la-conquete-21.jpg)
Au final que reste-t-il de ce film-soufflé? Rien, si ce n’est la sensation d’une arnaque pure et simple, et celle de voir un film de campagne présidentielle envahir le Festival de Cannes pour pas grand chose. Le public sera-t-il assez dupe? Cela marque-t-il de futurs points? Difficile à dire, mais ce qui est certain c’est que La Conquête est un film raté. À comparer, le déjà pas exceptionnel W. de Oliver Stone était bien plus intelligent, et détaché. Mais ce qui finit d’enfoncer le film, au delà de son propos faussement drôle et vraiment engagé, au delà de ses acteurs tellement grimés pour certains ou hors sujet pour d’autres (le personnage de Cécilia semble sortir d’un autre film) qu’ils en deviennent ridicules, il y a un manque terrifiant de cinéma. La Conquête, en termes de mise en scène, de lumière ou de montage, est à mettre au niveau de toutes les productions télévisuelles bas de gamme en France. Une déception, pour quiconque en attendait quelque chose d’intéressant.
Moche, caricatural, militant, faussement comique, La Conquête est un échec. Derrière l’affiche à peine satirique se cache un vulgaire téléfilm à la narration minable et qui souffre d’un manque de cinéma assez sérieux. On n’en retiendra que la performance amusante de son acteur principal, le reste n’étant ni jouissif, ni scandaleux, juste insignifiant. Et c’est le pire pour un film qui se veut politique.