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[Critique] King of Pigs (2011)

 
King of Pigs de Yeon Sang-ho (2011)
King of Pigs de Yeon Sang-ho (2011)
King of Pigs de Yeon Sang-ho (2011)

 
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Bottom Line

Festival Paris Cinéma 2012 : en compétition Depuis des années la Corée du Sud se rêve en pays produisant des films d’animation de qualité. Malheureusement pour un Oseam réussi, combien de Wonderful Days ? Combien de films destinés exclusivement aux enfants qui représentent le public principal pour ce “genre” ? c’est un fait, l’animation coréenne [...]

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Posté le 2 juillet 2012 par

 
Critique
 
 

Festival Paris Cinéma 2012 : en compétition

Depuis des années la Corée du Sud se rêve en pays produisant des films d’animation de qualité. Malheureusement pour un Oseam réussi, combien de Wonderful Days ? Combien de films destinés exclusivement aux enfants qui représentent le public principal pour ce “genre” ? c’est un fait, l’animation coréenne est encore pauvre et souffre de la présence écrasante des japonais qui règnent en maîtres incontestés. Avec King of Pigs, on sent clairement une volonté de faire de l’animation résolument adulte. Noir, violent, désespéré, le premier film de Yeon Sang-ho, qui se charge d’à peu près tout sur le projet, du scénario à l’animation en passant par le storyboard et le montage, est une proposition d’animation assez extrême. King of Pigs semble catalyser toute la violence du cinéma coréen en 1h30 de rage. pas inintéressant mais à l’impact finalement très limité, le film vaut surtout pour ce qu’il représente plutôt que pour le film lui-même, souvent faible. Reste qu’avec une sélection à la Quinzaine des réalisateurs cette année et une petite réputation d’œuvre sauvage qui le précède, ce King of Pigs marque une évolution dans le bon sens, et ne manque pas d’atouts non plus.

king of pigs 1 [Critique] King of Pigs (2011)

King of Pigs souffre tout d’abord d’un parti-pris graphique assez gênant. L’animation est relativement rudimentaire, pour ne pas dire datée, et le design de l’ensemble fait tout de même très pauvre, avec un trait grossier et un soucis du détail pas très heureux. L’impression générale est d’ailleurs d’assister à une resucée du travail de Kazuto Nakazawa sur Kill Bill vol. 1 en nettement moins gracieux, avec ce design agressif et ces zooms avant toujours très violents et heurtés. Pas très agréable à l’œil, ce graphisme est cependant plutôt en accord avec le propos jusqu’au-boutiste du film qui n’épargne rien ni personne, dépeignant sans grande finesse une société pourrie. King of Pigs atteint des sommets de noirceur assez rares dans sa peinture, ce qui en fait également sa limite principale : une absence totale de contrepoint. Dans ce monde là tout est noir, chaque personnage est une ordure en puissance, il n’y a aucun rayon de soleil, aucune dose de bien. Il s’agit d’une société vouée à sa perte prochaine, au comportement tout juste digne du plus dénigré des animaux, le porc donc. Cette crasse qui intéresse Yeon Sang-ho sert de ciment à son film qui plonge dans les souvenirs de ses personnages comme dans leurs entrailles, pour réveiller les pires des souvenirs chez ces monstres à visage humain. Traumatisme de l’enfance, violences subies en classe, esprit de rébellion et désir de liberté tué dans l’œuf, il se pourrait bien qu’on soit là face à une société qui aurait entraîné l’histoire dépeinte dans Battle Royale. Sauf que ce discours un brin nihiliste, voire franchement hardcore, ne suffit pas à construire un film et toute cette violence finit par lasser tant on ne peut voir aucune issue au récit, heureuse ou pas. Et dans son dernier acte, King of Pigs vient nous en rajouter une couche avec un double twist légèrement tiré par les cheveux et qui sonne comme une pirouette scénaristique d’auteur perdu dans son univers cloisonné. Dommage, car avec peut-être un peu plus de finesse, ou au moins un peu d’équilibre (pour illustrer le mal, il n’est pas inutile d’utiliser le bien) King of Pigs aurait pu transcender son propos et faire oublier ses carences graphiques.

king of pigs 2 [Critique] King of Pigs (2011)

Car c’est finalement le côté grossier du film qui reste. Techniquement, le résultat est lié à un budget ridicule pour un tel projet, c’est un fait. Mais les problèmes du script et les problèmes de rythme viennent d’ailleurs. En se focalisant exclusivement sur un récit le plus dépressif possible, qui ne donne aucun espoir à ses personnages qui n’ont le choix qu’entre la masse des porcs qui ne remettent rien en cause (la société de consommation capitaliste basique) et un statut de martyr/héros pour une société cherchant peut-être un symbole. Humiliations, violences répétées, passages à tabac, démission des adultes, toute la panoplie d’une société décadente et guidée uniquement par la violence est à l’écran. Tout comme le portrait de la lutte des classes limitée à une haine profonde des pauvres envers les riches. C’est ce manque flagrant de subtilité qui plombe le film, en plus de sa technique limitée. Et c’est bien dommage car derrière le choc recherché se cache sans doute un artiste à fleur de peau et en colère, capable de transformer sa haine et sa misanthropie en œuvre cinématographique. Il rate quelque peu le coche avec King of Pigs mais il va falloir suivre de près l’évolution de Yeon Sang-ho. S’il parvient à faire un nouveau film et s’il obtient un peu plus de moyens, ce bonhomme pourrait bien dynamiter enfin l’animation coréenne par un discours offensif et adulte. A moins qu’il ne passe au film live, car à y regarder de près, mis à part une poignée de scènes d’hallucinations rien ne justifie vraiment le recours à cette technique qui parait même adoucir le spectacle.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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