Random Article


 
News
 

[Critique] Karate Robo Zaborgar (2011)

 
Note
 
 
 
 
 
/ 5


User Rating
no ratings yet

 


Bottom Line

Étrange Festival 2011 : Nuit Sushi Typhoon. La Sushi Typhoon, on la connait surtout pour ses débordements dans le gore et le grand n’importe quoi, c’est la marque de fabrique de la vilaine fille de la Nikkatsu. Mais pas seulement, la preuve avec cet improbable Karate Robo Zaborgar vendu en une formule imparable : “50% moto, [...]

0
Posté le 2011/09/15 par

 
Critique
 
 

Étrange Festival 2011 : Nuit Sushi Typhoon.

La Sushi Typhoon, on la connait surtout pour ses débordements dans le gore et le grand n’importe quoi, c’est la marque de fabrique de la vilaine fille de la Nikkatsu. Mais pas seulement, la preuve avec cet improbable Karate Robo Zaborgar vendu en une formule imparable : “50% moto, 50% expert en karaté, 100% robot”. Derrière le côté un peu fou de l’aventure, il y a une Tokusatsu1 mythique des années 70, Denjin Zaborger (retitrée Electroid Zaborger 7 dans les pays où elle fut diffusée), à laquelle il est rendu un hommage vibrant. Et ce film un peu autre est d’autant plus intéressant qu’il est confié au metteur en scène le plus doué de cette nouvelle génération de malades, Noboru Iguchi, responsable après une vingtaine de films pour adultes (dont quelques essais scatos) des géniaux Sukeban Boy et surtout The Machine Girl, véritable morceau d’anthologie de cette nouvelle vague. Un choix judicieux qui fait de Karate Robo Zaborgar une des toutes meilleures productions Sushi Typhoon, alors que le film tranche complètement avec tous les autres.

karate robo zaborgar 1 [Critique] Karate Robo Zaborgar (2011)

Ce qui frappe d’entrée de jeu c’est le soin apporté à l’image. Contrairement à la plupart des productions Sushi Typhoon qui sentent bon la DV un peu dégueulasse, Karate Robo Zaborgar propose une image de cinéma avec une photographie relativement travaillée. Il y a un véritable effort pour que cet hommage à la série culte ne tombe pas dans le cheap oubliable. Par ailleurs, ce détail visuel choque presque par rapport aux choix de mise en scène qui reproduisent à l’identique tous ces effets un peu ringards des sensaï. On retrouve ainsi ces plans à toute vitesse au ras du sol à l’apparition d’un personnage, ce montage improbable qui en 3 plans enchaîne un cadre sur le héros qui crie dans son micro, un où il fait un saut périlleux avant et un dernier où il se retrouve en train de mettre un coup de pied tout mou au méchant. Quelque part on retrouve très précisément ce qui nous comblait de bonheur à l’époque de Bioman, jusque dans les personnages, du héros très héroïque au méchant très méchant (avec le rire démoniaque de rigueur), mais complètement remis au goût du jour, dépoussiéré, poli, lustré, et avec une dose de folie supplémentaire. Car si on reste surpris et un brin déçu de ne pas retrouver le Noboru Iguchi adepte de l’ultra-gore (Machine Girl poussait la chose très loin), sa folie ne l’a vraisemblablement pas quitté. L’inénarrable Miss Borg et ses antennes, un robot-bulldog géant, une diarrhée acide, une femme-robot avec des roquettes qui partent des seins… c’est clairement un festival de grand n’importe quoi qui fera immédiatement fuir les allergiques à ce genre très spécial. Question délire, on en a pour son argent, aucun problème. Mais Karate Robo Zaborgar, c’est un peu plus que ça et il serait dommage, et même carrément malvenu, de le ranger dans la catégorie des délires potaches. Car il y a un élément qui fait souvent défaut à ses compagnons de studio, un scénario qui ne soit pas qu’un prétexte pour que Yoshihiro Nishimura, qui livre par ailleurs un des ses travaux les plus aboutis, se fasse plaisir dans ses effets visuels.

karate robo zaborgar 2 [Critique] Karate Robo Zaborgar (2011)

Dans un sens Karate Robo Zaborgar est à ranger juste à côté de Zebraman de Takashi Miike, à savoir une sorte de vision définitive d’un genre très populaire par un vrai metteur en scène. Adoptant une structure bipartite avec un saut dans le temps de 25 ans entre les deux, Karate Robo Zaborgar joue à fond la carte du mythe du super-héros tout d’abord, puis du super-héros vieillissant, invoquant alors des notions fondamentales d’héritage, de responsabilité et de deuil, choses qu’on ne s’attendait clairement pas à voir débarquer de la part de la firme au sushi. Derrière le robot qui pleure ou qui se prend pour un Tony Jaa mécanique le temps d’une séquence formidable où le karaté laisse place au muy thai, Karate Robo Zaborgar raconte donc des choses. Maladroitement parfois, de façon un peu lourde aussi, mais il se dégage une telle sincérité, une telle humilité, et un tel amour pour cet héritage culturel des tokusatsu qu’on s’amuse autant qu’on ressent une émotion inattendue. Émotion encore sublimée le temps d’un générique qui nous en met plein les yeux en nous montrant que les idées les plus dingues étaient déjà dans la série d’il y a 40 ans, et c’est magique.

  1. selon wikipedia Les tokusatsu (特撮, contraction de tokubetsu satsuei qui signifie « effets spéciaux »), sont des séries télévisées japonaises très riches en effets spéciaux. Elles dérivent des films de kaijū, les films de monstres, comme Godzilla. []

Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


0 Comments



Be the first to comment!


Poster un commentaire