Random Article


 
News
 

[Critique] Independencia (2009)

 
Independencia de Raya Martin (2009)
Independencia de Raya Martin (2009)
Independencia de Raya Martin (2009)

 
Informations
 

Réalisateur:
 
Acteurs: , , ,
 
Genre:
 
Note
 
 
 
 
 
/ 5


User Rating
no ratings yet

 


Bottom Line

Même si on ne voit que lui, Brillante Mendoza n’est pas le seul cinéaste philippin. L’industrie cinématographique du pays est en pleine expansion, à la recherche de son passé glorieux, et de nouveaux artistes apparaissent sans arrêt, avec plus ou moins d’éclat. Raya Martin en est à son huitième long métrage de fiction en six [...]

0
Posté le 2010/04/09 par

 
Critique
 
 

Même si on ne voit que lui, Brillante Mendoza n’est pas le seul cinéaste philippin. L’industrie cinématographique du pays est en pleine expansion, à la recherche de son passé glorieux, et de nouveaux artistes apparaissent sans arrêt, avec plus ou moins d’éclat. Raya Martin en est à son huitième long métrage de fiction en six ans d’activité, encore un stakhanoviste qui s’était mis tout le monde à dos en présentant Now Showing à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes en 2008, un film d’une durée qui avoisinait les cinq heures, suicidaire en plein festival. Mais Martin a un projet qui lui tient à coeur, raconter au monde l’histoire des Philippines à travers une série de films (qui sera finalement une trilogie). Sauf que le bonhomme n’est ni documentariste, ni historien, et encore moins un réalisateur “classique”. C’est donc de façon très conceptuelle qu’il aborde sa trilogie, en mettant en parallèle l’histoire de son pays et l’histoire du cinéma, mais cette trilogie s’inscrit dans une démarche artistique globale aussi casse-gueule que titanesque, faire se confondre passé et présent, sans faire de l’hommage, sans refaire ce qui a déjà été fait, mais pousser encore plus loin les idées d’hier pour en faire un cinéma d’aujourd’hui finalement très en avance sur son temps. Tout cela donne un cinéma profondément intéressant mais qui dépasse allègrement les limites de l’accessible, un cinéma qui nécessite tout d’abord d’accepter un langage visuel nouveau avant d’essayer d’y comprendre quelque chose.

independencia 1 [Critique] Independencia (2009)

Il en ressort un sentiment étrange mêlé de fascination et de répulsion. Cette sensation est souvent indissociable de tout ce qui se rapproche du cinéma expérimental, tout simplement car le spectateur se retrouve malmené par les images ou le récit, car les habitudes de spectateur sont bouleversées au profit d’un nouveau mode de cinéma. Dans le cas de Raya Martin, c’est un cinéma plus qu’audacieux, avant-gardiste en même temps qu’il tente de construire des images d’archives de l’histoire de son pays (dont toutes les archives filmées ont été détruites). Après A Short Film about the Indio Nacional, film muet en noir et blanc, premier volet de la trilogie qui se focalisait sur la période de colonisation espagnole (jusqu’à la fin du XIXème siècle), voilà Independencia qui aborde la colonisation américaine qui a fait directement suite au départ des espagnols et à la déclaration d’indépendance des Philippines, indépendance piétinée par les Etats-Unis.

Le choc pictural est immédiat. Un noir et blanc granuleux, une vitesse de défilement des images à laquelle notre oeil n’est plus habitué depuis bien longtemps, un temps d’adaptation est nécessaire. Puis on découvre les décors, là aussi c’est surprenant. Independencia reprend l’esthétique des premiers films de studio, en surlignant le trait. Peu de mouvements de caméra, beaucoup de plans fixes qui se rapprochent du théâtre filmé, et ces décors donc dans lesquels le réalisateur laisse déambuler ses acteurs. Des éléments naturels au premier plan laissent apparaitre des arrières plans qui ne sont autre que des peintures qu’on ne découvre pas immédiatement. Ce mélange entre naturel et artificiel est tout bonnement fascinant une fois tous ces enjeux visuels assimilés et surtout acceptés. Dès lors on se rend compte qu’un gros risque a été pris. En effet, toute cette beauté picturale si étrange ne va-t-elle pas contre le film? Reste-t-il quelque chose à raconter?

independencia 2 [Critique] Independencia (2009)

Et bien oui. Récit hautement symbolique où l’abstraction prend le pas sur toute forme de réalisme, Independencia s’attache à suivre un exil, une forme d’indépendance bien sur. Une génération complète, un cycle qui semble sans fin tant les situations et les décors reviennent en permanence, le film se retrouve articulé en deux parties. La première constitue une fuite devant l’invasion américaine et l’exil proprement dit, la seconde le retour de la vie, rapidement rattrapée par la violence et le drame. Au milieu, comme un interlude ou une entracte, un faux reportage retraçant un fait divers nauséabond qui vise directement l’armée US. C’est la seconde partie qui est la plus impressionnante, les spectres dans la forêt se font plus présents, et il y a cette longue séquence d’orage assez démentielle.

Film obscur s’il en est, Independencia détonne dans le paysage cinématographique mondial par ses parti-pris esthétiques qui le placent dans un vague originale. Très difficile d’accès, il s’avère être une vision cauchemardesque d’une période trouble de l’histoire philippine. Hanté de visions oniriques, porté par une poésie permanente, le film va au bout de son concept jusque dans son plan final qui cite Stan Brakhage autant qu’il annonce le troisième film qui se concentrera sur la colonisation japonaise et devrait se rapprocher de la forme du manga animé. S’il ne peut pas faire l’unanimité, Independencia prouve la vitalité du cinéma philippin et l’avènement d’un jeune réalisateur déjà en pleine possession de ses moyens et qui ne fait aucune concession dans sa démarche, impressionnant!


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


0 Comments



Be the first to comment!


Poster un commentaire