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[Critique] In Another Country de Hong Sang-soo

 
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Bottom Line

Hong Sang-soo est un cinéaste qui fait du surplace et c’est très précisément ce qui fait le charme de son cinéma. Le réalisateur n’a pas son pareil pour capter les petits moments de vie, l’ivresse, la jouissance quotidienne et les histoires d’amours contrariées. Entre deux bouteilles de soju et quelques grandes discussions sur la condition [...]

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Posté le 21 mai 2012 par

 
Critique
 
 

Hong Sang-soo est un cinéaste qui fait du surplace et c’est très précisément ce qui fait le charme de son cinéma. Le réalisateur n’a pas son pareil pour capter les petits moments de vie, l’ivresse, la jouissance quotidienne et les histoires d’amours contrariées. Entre deux bouteilles de soju et quelques grandes discussions sur la condition de cinéaste ou sur les métiers du cinéma, Hong Sang-soo tisse à nouveau un récit multiple et euphorisant. Cette fois il apporte une nouvelle pierre à son édifice en faisant appel à une actrice occidentale, et pas n’importe laquelle. En s’offrant les services d’Isabelle Huppert comme représentante du fantasme de la femme européenne, il révolutionne son habitude tout en faisant exactement la même chose. Le changement dans l’immobilisme, c’est ça la méthode Hong Sang-soo, et comme d’habitude ça fonctionne, contre toute attente. On pourrait trouver cela agaçant, mais In Another Country fait un bien fou.

in another country 1 [Critique] In Another Country de Hong Sang soo

Un peu comme Wong Kar Wai qui tire toujours sur la même corde de l’ultra-romantisme, Hong Sang-soo maîtrise son procédé sur le bout des doigts et ne modifie que l’accompagnement. Il prend cette fois une scénariste coréenne comme narrateur, qui va écrire trois courts métrages avec un élément commun : une actrice française. Génial pour faire naître l’humour le plus ravageur des situations les ordinaires, Hong Sang-soo compose ses petites séquences comme il le fait toujours, avec un beau sens du cadre et en s’appuyant sur son outil favori, le zoom. Comme un regard qui se braquerait tout d’un coup sur un personnage, ou un couple ici, il l’utilise toujours à bon escient pour imprimer un nouveau mouvement dans ses scènes. Le mouvement chez Hong Sang-soo est une notion toute relative tant il en use avec parcimonie et toujours dans un but bien précis. Sinon il mise tout sur ses personnages qu’il laisse s’exprimer avec une liberté totale. Avec ses trois récits In Another Country est une mosaïque radieuse qui assimile complètement la notion d’intégration culturelle tout en cultivant la différence comme ressort comique implacable. Hong Sang-soo fait ainsi valser Isabelle Huppert d’un rôle à l’autre, la faisant passer de la propriétaire à la locataire, de l’amoureuse éconduite à la maîtresse secrète, et l’image publique de l’actrice suffit à faire le reste du travail. Elle est l’étrangère qui finit par s’intégrer en pur personnage du cinéma de Hong Sang-soo avec un naturel effarant. De ces trois récits, se copiant, se construisant entre eux, se répondant, il émerge un nouveau portrait du mâle coréen qui en prend sérieusement pour son grade, avec sa fascination pour la femme blanche qui le pousse jusqu’à littéralement oublier sa femme enceinte. Hong Sang-soo ne fait rien d’autre que scruter les ressorts manipulateur et l’illusion du septième art, qui permet de partir d’un personnage archétypal pour en bâtir une multitude de dérivés. Le procédé trouve ses limites dans la répétition, évidemment. Répétition des gags, répétition des situations, répétition des intrigues jusqu’à la répétition des films au sein de l’œuvre entière. En jouant à nouveau sur les contes moraux, s’attaquant à l’adultère, à l’alcoolisme, au racisme ordinaire, Hong Sang-soo nous fait encore beaucoup rire avec son humour appuyé par des quiproquos délicats qui trouvent encore un nouveau mode d’expression à travers la barrière de la langue. Assez génial quand il rend ses personnages complètement idiot à cause de la présence de cette femme occidentale, In Another Country représente une gentille bouffée d’air dans la compétition cannoise un brin étouffante.

in another country 2 [Critique] In Another Country de Hong Sang soo

Alors il est vrai qu’il n’apporte rien de bien nouveau et jongle avec les mêmes personnages, ou presque, que dans ses films précédents. Mais il le fait tellement bien, il maîtrise tellement l’exercice, qu’In Another Country est un petit bonheur simple qui hérite tout de même d’un scénario assez brillant derrière la légèreté toute apparente. La construction est habile, les points de convergence entre les récits répondent à une mise en place rigoureuse, ce qui fait d’In Another Country un peu plus qu’une simple petite chose sans aucun sens. Hong Sang-soo parle des coréens à travers ce personnage d’Isabelle Huppert, qu’il va jusqu’à faire hurler à une chèvre dans un pré !) pour mieux mettre en avant leurs faiblesses, et particulièrement leur tendance à s’ébahir devant l’occident sans prendre le recul nécessaire. On rigole beaucoup avec Hong Sang-soo, on a envie d’aller boire du soju avec lui à la terrasse d’un restaurant avec vue sur un phare, on a envie de chanter une chanson débile sur la pluie, le beau temps, et Anne, de perdre son parapluie et de passer un moment dans une tente avec un maître-nageur. Hong Sang-soo possède un regard sur ses contemporain qui est tout simplement euphorisant, car il transpire l’humain et la jouissance de vivre. Dès lors, on lui pardonne s’il radote un peu.

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Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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