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[Critique] Holy Motors (2012)

 
Holy Motors de Leos Carax (2012)
Holy Motors de Leos Carax (2012)
Holy Motors de Leos Carax (2012)

 
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Bottom Line

Leos Carax est un peu le roi du bal des maudits. Réalisateur mythique qui n’aura réalisé que 5 films en un peu plus de 30 ans, célébré dans les années 80 pour la liberté de ses films, traité en paria suite à l’échec financier des Amants du Pont-Neuf qui lui aura mis à dos toute [...]

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Posté le 27 mai 2012 par

 
Critique
 
 

Leos Carax est un peu le roi du bal des maudits. Réalisateur mythique qui n’aura réalisé que 5 films en un peu plus de 30 ans, célébré dans les années 80 pour la liberté de ses films, traité en paria suite à l’échec financier des Amants du Pont-Neuf qui lui aura mis à dos toute l’industrie, enterré lors de la présentation cannoise catastrophique de Pola X en 1999, il n’avait plus d’autre option que de travailler dans le clip musical, l’antichambre du cinéma. Il aura fallu attendre son segment “Merde” dans le film collectif Tokyo ! pour revoir quelques bouts de Carax au cinéma, un Carax devenu provocateur, bien loin de sa fougue lyrique passée. Cette année 2012 marque sa renaissance, avec Holy Motors sélectionné en compétition à Cannes. Le film de tous les espoirs, de toutes les interrogations, de tous les fantasmes, de toutes les folies. Tel un phénix flamboyant, Leos Carax renait de ses cendres et signe un film fondamental, d’une richesse inépuisable, qui brise les conventions narratives et parcourt le cinéma à travers l’ensemble de son système sanguin et nerveux. Holy Motors est une merveille inespérée, le genre de film somme non pas d’une œuvre personnelle, ce qui le rendrait terriblement nombriliste, mais de tout le septième art. Holy Motors ne ressemble à rien et ressemble à tout, s’adresse à tous les spectateurs sans élitisme et/ou prétention, car tout le monde peut trouver dans Holy Motors ce qu’il veut voir au cinéma, et ce qu’il ne voudra jamais voir. Un film purement universel et passionné qui échappe à toute logique simpliste mais s’avère complètement abordable, à condition de savoir l’accepter.

holy motors 11 [Critique] Holy Motors (2012)

Holy Motors fait se télescoper des visions surréalistes mettant en scène autant la mort que le cinéma. Véritable film post-moderne dans tout ce que cela implique de richesse dans le regard sur l’art et de plongée au sein de ses rouages, il illustre un univers de fantasmes qui se construit sur les fondations d’œuvres essentielles du cinéma pour mieux s’en affranchir et proposer une expérience complètement inédite. Leos Carax oublie intelligemment tout discours cynique ou aigri vis à vis d’une industrie qui l’a pourtant crucifié pour mieux composer son long rêve éveillé en autant de tableaux d’une puissance iconographique assez rare, tant elle est dense. Holy Motors est un de ces films qui provoquent, qui hypnotisent, qui proposent une vraie expérience de cinéma qui ne peut qu’aboutir sur une longue réflexion aux pistes infinies, tout en étant parfaitement compréhensible en simple premier niveau de lecture. Euphorisant par la folie déployée à l’écran, le film se construit au fil de séquences à priori absconses mais qui trouvent tout leur sens dans le grand canevas dessiné au final. Holy Motors et ses limousines, réponse toute trouvée à certaines interrogations développées dans Cosmopolis, renforçant encore un peu son statut très actuel, nous plonge dans une nuit qui pourrait ne jamais finir et dans laquelle flotte des centaines de fantômes du cinéma dans son sens le plus large possible. De son ouverture lynchéenne dans laquelle Carax lui-même traverse le miroir, à son final complètement fantaisiste dans le hangar aux limousines, c’est à la fois un rêve et un cauchemar qui se joue, avec en centre névralgique une captation en profondeur de la condition du comédien. Leos Carax fait tomber les masques, en filmant la création de l’illusion cinématographique à travers les maquillages d’Oscar, pour ensuite les imposer comme fondamentaux, à travers celui que va porter Edith Scob, comme une scorie des Yeux sans visage de Franju.

holy motors 2 [Critique] Holy Motors (2012)

Sans aucune limite, dans une construction filmique dont le seul mot d’ordre est la liberté extrême, Leos Carax (dont un des véritables prénoms est Oscar) va plonger en pleine illusion, produisant un cycle de mort incessant, multipliant les petites séquences qui vont du fantastique érotique façon hentaï au drame pesant sur la fin d’une vie, en passant par la chronique familiale basique et la confrontation au chaos à travers le terroriste Monsieur Merde (revenu de Tokyo !) et une Eva Mendes en mannequin/icône mythologique. Tellement de pistes se dessinent dans Holy Motors qu’il serait fou de vouloir lui appliquer une grille de lecture. Leos Carax fait tomber le rideau de l’illusion, nourrit le chaos numérique de la légende ancienne, aborde son propre cinéma autant que celui des autres et signe une aventure surréalistes aux frontières de l’inconscient collectif. Truffé de références et de clins d’œils, à tel point qu’il pourrait nécessiter glossaire, parcouru d’images de sa propre existence et de sa naissance cinématographique, transformant Kylie Minogue en Jean Seberg dans une scène débordant d’émotion, ou filmant avec une grâce stupéfiante un kata suivi d’ébats fiévreux entre deux personnages en combinaison de motion capture dans un studio utilisant cette technologie, Holy Motors fait se rencontrer tous les cinémas, brise les repères temporels et ose le grotesque et le surréalisme avec une maestria qu’on ne pouvait presque plus attendre de l’auteur. Le film est d’une beauté insolente, tortueux et sombre, labyrinthique et limpide, lumineux et noir, il concentre tout le cinéma en deux heures, son alpha et son omega, pour établir sa propre mythologie. Aucun réalisateur n’avait été aussi proche de la démarche de David Lynch jusqu’à Holy Motors, tout en s’en détachant amplement. Et c’est encore une fois à travers la prestation éblouissante de l’alter-ego du réalisateur, Denis Lavant, bouillonnant et électrique dans sa multitude de rôles, habité par les spectres des grands acteurs du passé, que la synthèse devient imparable. Carax is not dead, définitivement. Et messieurs les producteurs, faites lui confiance s’il vous plait.

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Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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