[Critique] Happy Happy (2010)
Réalisateur: Anne Sewitsky
Découvert à la Berlinale et aussi passé par Sundance ce joli film vient à point nommé rafraîchir nos écrans. La bonne surprise de départ est que le film ne respecte pas vraiment le ton de son titre, ou plutôt sa traduction française (originellement nommé Sykt lykkelig en norvégien). Il ne sera pas non plus fait [...]
Découvert à la Berlinale et aussi passé par Sundance ce joli film vient à point nommé rafraîchir nos écrans. La bonne surprise de départ est que le film ne respecte pas vraiment le ton de son titre, ou plutôt sa traduction française (originellement nommé Sykt lykkelig en norvégien). Il ne sera pas non plus fait directement allusion au terme d’ « Happy Christians », présent dans le synopsis pour évoquer les habitants du Sud de la Norvège, supposément connus pour leur positivisme exacerbé.
En dépit d’un scénario basé sur les rapports entre couples, le film évite habilement l’écueil des drames français sur le sujet. Ici, un couple venu de la ville vient s’installer à côté d’un autre couple bien installé et prospère. Le parallélisme est poussé jusqu’à leur attribuer à tous deux un petit garçon du même âge. Tous les ingrédients de la comédie de mœurs sont en place, mais loin de se cantonner à une bluette nordique l’intrigue s’envole après une rocambolesque scène d’adultère lors du premier repas.
![Happy Happy 1 Happy Happy 1 [Critique] Happy Happy (2010)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/07/Happy-Happy-1.jpg)
La neige et le froid omniprésents qui obligent les personnages à s’emmitoufler et à se lover au creux des lits créent une atmosphère propice à l’apparition d’une sensualité dissimulée et bouillonnante. Le climat est joliment amené et c’est donc sur le thème de l’éveil des sens que le film démarre réellement. Ainsi, une scène joyeuse aux allures de Lady Chatterley version scandinave illustre bien l’épanouissement psychique et sensoriel que connaît Kaia après l’amour. De même que dans le film de Pascale Ferran, la femme sexuellement frustrée par le mari se libère grâce à l’amant.
L’habileté particulière du film est de mêler à cette trame comico – romantique un soupçon de cruauté. Sournoisement, il trouve son origine dans les jeux des deux petits garçons, dont l’un est noir et malmené pour cette raison par l’autre. Cette note étrange et presque dérangeante dans une histoire où rien ne semblait vraiment la présager fait mouche. Une piste risquée mais explorée franchement par la réalisatrice, osant ici des scènes politiquement incorrectes comme pour rappeler aux personnages adultes les responsabilités qu’ils semblent vouloir fuir. Le malaise vient aussi du traitement du personnage de Kaia, qui, à l’image de la Mary d’Another Year de Mike Leigh, représente la malchanceuse typique mais trop attachante pour être juste moquée. L’ambiguïté des sentiments que se portent les personnages (soutien affectif, désir coupable, amitié intéressée) apporte ainsi suffisamment de relief pour nous éveiller, nous captiver.
![Happy Happy 2 Happy Happy 2 [Critique] Happy Happy (2010)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/07/Happy-Happy-2.jpg)
Enfin, le film est rythmé par une bande originale endiablée. La musique est surtout présente grâce aux chœurs, qu’ils soient ceux de la chorale du village à laquelle trois des personnages participent et qui sert d’intégration communautaire, ou qu’ils soient en forme d’intermèdes musicaux avec quatre ténors, nous narrant peut être cette histoire tragi-comique, à la manière des chœurs antiques.
Happy, Happy comme ne l’indique pas son nom, est donc une comédie rafraîchissante, norvégienne et grinçante. Jouant avec le cliché de la comédie de couples, le film ne s’y arrête pas et nous assène un humour noir bien accroché.











