Random Article


 
News
 

[Critique] Hanna (2011)

 
Note
 
 
 
 
 
/ 5


User Rating
no ratings yet

 


Bottom Line

On pouvait sentir couver un talent tel que celui-ci. En trois films, Orgueil et préjugés, Reviens-moi puis Le Soliste, l’anglais Joe Wright s’est imposé comme un petit maître du drame et du mélo, capable de se sortir assez brillamment des multiples pièges tendus (de l’adaptation de Jane Austen aux crises de larmes toujours difficiles à [...]

0
Posté le 2 juin 2011 par

 
Critique
 
 

On pouvait sentir couver un talent tel que celui-ci. En trois films, Orgueil et préjugés, Reviens-moi puis Le Soliste, l’anglais Joe Wright s’est imposé comme un petit maître du drame et du mélo, capable de se sortir assez brillamment des multiples pièges tendus (de l’adaptation de Jane Austen aux crises de larmes toujours difficiles à gérer pour ne pas tomber dans l’excès). Un de ses atouts, le goût et le talent pour l’image, qui a pu s’exprimer par exemple dans un plan-séquence magistral sur la plage de Dunkerque dans Reviens-moi. Pourtant, rien ne pouvait annoncer la bombe Hanna, pas à ce point. Cette fois Joe Wright prend un virage à 180° mais ne signe pas une sorte de polar d’action féminin, façon Nikita, tel qu’on voudrait nous le vendre. Alors certes le personnage est dans la veine de tous ces super-soldats en fuite vus au cinéma et à la TV, à la manière de Wolverine ou Max dans la série Dark Angel, voire même à rapprocher du personnage de Geena Davis dans Au Revoir à jamais, mais c’est le traitement de Joe Wright qui change tout. Hanna n’est pas un film d’action, ni une sorte de rape & revenge soft, ni un survival enfantin, c’est avant toute chose un conte de fées moderne. Efficace, grandiose, magique, Hanna échappe aux conventions et s’impose comme la grosse surprise de l’année, portée par un score monumental des Chemical Brothers qui pousse la symbiose image/OST sur des terrains peu pratiqués.

hanna 1 [Critique] Hanna (2011)

Comme pour illustrer le calme avant la tempête, Hanna s’ouvre sur une séquence presque muette, dans le blanc immaculé de la neige, Hanna abat un renne d’une flèche puis d’une balle après lui avoir lancé un “I just missed your heart”, un léger mouvement de caméra et une silhouette apparaît lui énonçant qu’elle est morte. Un combat au corps à corps brutal plus tard et le film est lancé. Pendant pas loin de deux heures qui semblent passer à toute vitesse, Joe Wright va s’appliquer à ne jamais laisser son film lui échapper et entrer dans des cases prédéfinies. Hanna sera globalement une traque au cours de laquelle les rôles de prédateur et de proie ne cesseront de s’inverser, mais une traque qui prend des allures de quête initiatique poussée à l’extrême, c’est à dire vers la fable. Si on pourra trouver parfois un peu lourde la façon d’appuyer sur cet aspect conte, en mentionnant les contes de Grimm explicitement par exemple, à plusieurs reprises, le charme opère. À dire vrai, c’est sans doute le plus beau conte de fées vu au cinéma depuis Le Labyrinthe de Pan, dans un tout autre registre. Hanna ne cède jamais de terrain au fantastique, pour se contenter d’une poignée de séquences un brin fantaisistes, malgré la construction scénaristique typique du conte.

D’ailleurs sur le plan du récit, il faut avouer que la trame d’Hanna est des plus simples, les quelques effets de surprise ménagés n’en étant pas tout à fait. mais simple ne rimant pas avec débile, le scénario signé Seth Lochhead et David Farr n’en reste pas moins très intelligent. Doté d’un sens du rythme remarquable qui permet quelques respirations entre deux séquences qui filent à toute vitesse, Hanna surprend par ses quelques ellipses et par le naturel de certaines situations, quand d’autres montrent un humour grotesque totalement assumé. Là encore on est finalement dans une logique de conte avec des éléments surréalistes qui pimentent la quête principale. Toujours est-il que Joe Wright ne s’embarrasse pas d’intrigues secondaires pesantes et maintient le cap en livrant un film remarquable qui tient également beaucoup de la note d’intention. En effet, comment ne pas y voir l’œuvre d’un artiste clamant haut et fort qu’il est un vrai réalisateur et qu’il peut s’attaquer à tout?

hanna 2 [Critique] Hanna (2011)

Cela se ressent dès l’ouverture, Hanna est un film très sophistiqué dans la forme. Joe Wright connait parfaitement ses outils à disposition et il livre un petit bijou de mise en scène qui en fait même parfois trop. Mais s’il pêche par excès, il n’empêche qu’il se pose en virtuose du contraste quand il alterne allègrement les plans très serrés sur son actrice ou des objets (on est dans du macro) et plans larges en très grand angle qui ouvrent tout à coup l’espace. Il a sans doute un peu de mal à définir l’identité de son film et c’est pour cela que visuellement on passe d’un extrême à l’autre, tandis que la photographie apporte elle une grosse cohésion, extrêmement lumineuse. Et puis il y a au moins trois tours de force remarquables. Le premier est la séquence de l’évasion, première fois que la bande son prend de l’ampleur, délire des sens avec une caméra en mouvement surnaturel et lumières stroboscopiques. Un monument de montage serré qui se reflétera ensuite dans deux plans séquences magistraux. L’un met en scène le père de Hanna et le suit de sa descente de bus jusqu’à un combat de dingue en sous-sol, le second lui fait écho avec Hanna sur les docks. En trois points fondamentaux du récit, Joe Wright impose sa maîtrise et nous cloue dans le siège, c’est brillant. Et cela sans même parler du casting là aussi surprenant. Saoirse Ronan s’impose clairement dans un rôle sublime. Elle est entourée de Cate Blanchett et Eric Bana, tous deux dans des compositions difficiles dont ils se sortent haut la main. Une vraie révélation.

Avec Hanna, Joe Wright franchit une étape. Non seulement il balaye son image de réalisateur de drames, certes doué mais un brin classique, mais il s’impose comme un des formalistes les plus exigeants du moment. Hanna est un film surprenant sur toute la ligne, réinventant l’idée de conte de fées moderne pour l’appliquer à la traque d’une enfant aux talents de combat très spéciaux. C’est une histoire simple et efficace qui trouve une ampleur considérable dans sa bande originale, une merveille signée des Chemical Brothers. Quand un impossible mélange des genres est réussi, voilà ce que ça donne, une petite merveille.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


0 Comments



Be the first to comment!


Laisser un commentaire