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Guilty of Romance (Sion Sono, 2011)

 
Guilty of Romance de Sion Sono (2011)
Guilty of Romance de Sion Sono (2011)
Guilty of Romance de Sion Sono (2011)

 
Overview
 

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Date De Sortie:
 
Titre original: 恋の罪
 
Synopsis: Izumi est mariée à un célèbre romancier romantique mais leur vie semble n'être qu'une simple répétition sans romance. Un jour, elle décide de suivre ses désirs et accepte de poser nue et de mimer une relation sexuelle devant la caméra. Bientôt, elle rencontre un mentor et commence à vendre son corps à des étrangers, mais chez elle, elle reste la femme qu'elle est censée être. Un jour, le corps d'une personne assassinée est retrouvé dans le quartier des "love hôtels". La police essaie de comprendre ce qui s'est passé.
 
Note
 
 
 
 
 


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Texte de

 
Critique
 
 

Poétique, fiévreux, baroque, Guilty of Romance confirme le goût de Sion Sono pour la perversion des genres. Derrière une enquête policière, il tord les codes du thriller pour en faire un portrait de femmes outrancier, violent, et hyper sexuée. Des images d’une beauté plastique fulgurante, des couleurs qui envahissent l’écran jusqu’à l’hypnose, des actrices aussi justes dans le jeu que divinement belles, Guilty of Romance c’est la nouvelle preuve que l’auteur underground est un des plus doués au monde aujourd’hui et qu’il n’est pas prêt de se calmer. Un nouveau bijou complètement fou.

Alors que tout le monde (ou au moins tous ceux qui ont la chance de connaître ses films) attendait Sion Sono sur Lords of Chaos, un film qui devait être tourné en anglais et qui s’intéressait à l’envers de la scène du black métal norvégien, voilà que le génie controversé et mal aimé dans nos contrées soit-disant « de cinéma » se présente en séance spéciale à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes avec Guilty of Romance. Une consécration tardive qui vient récompenser un iconoclaste qui n’a pas fini de faire parler de lui. Et alors que le monumental Love Exposure n’est toujours pas prévu, ne serait-ce qu’en vidéo, en France, que Cold Fish se fait attendre après sa tournée des festivals, Guilty of Romance vient prendre leur succession dans ce qu’il nomme la « trilogie de la haine », une appellation pas forcément évidente à saisir à la vision du film qui s’avère rempli d’amour. Jamais à un paradoxe près, le poète va nous livrer une nouvelle oeuvre dérangeante par les extrêmes qu’elle côtoie et qui nécessitera à nouveau, comme c’est le cas depuis Suicide Club, de prendre un véritable recul pour cerner le message au delà de l’image. D’autant plus que la version présentée ici est un director’s cut de 2h23 (contre 1h53 pour la version qui devrait être exploitée en salles), soit une durée qui dépasse le raisonnable et transforme Guilty of Romance en un parcours douloureux, mais sublime pour qui se laisse entraîner dans le délire pictural et outrancier de Sion Sono.

Dans Guilty of Romance, Sion Sono va jouer avec la narration afin d’appuyer l’aspect ludique de son expérience. Il construit son film sous la forme d’un roman bizarre, avec chapitres et narration appuyée, pour mieux le déconstruire ensuite. Chez Sion Sono, les apparences sont toujours trompeuses, il faut s’y faire. Guilty of Romance s’ouvre sur une scène classique de polar : un flic en pleine étreinte sous la douche, un téléphone qui sonne, il faut partir sur une scène de crime ignoble. Une différence de taille toutefois, le flic en question est une femme, et Guilty of Romance d’amorcer son discours féministe, au sens le plus noble. Mais pas immédiatement, non. Le réalisateur va prendre son temps pour embrumer le regard et le cerveau du spectateur en jouant à nouveau des faux semblants pour mieux le traumatiser sur la longueur, comme à son habitude et sans négliger pour autant les effets chocs immédiats. Guilty of Romance mélange avec bonheur enquête policière de façade, critique assassine du couple japonais encastré dans l’immobilisme de la tradition et chemin de crois mêlé de récit initiatique. Le tout dans un joyeux bordel bien évidemment.

Oeuvre ultra intègre et généreuse, Guilty of Romance dévoile peu à peu le coeur de son propos tout en le troublant encore plus. Est-ce sérieux? Est-ce totalement grotesque? Chacun se fera son opinion car il n’insère plus cette fois de séquence déclamant ouvertement le ton peu sérieux de l’entreprise. Toujours est-il qu’en ne refusant jamais le gore, en montrant du sexe (c’est produit par la Nikkatsu et les pubis féminins ne sont pas pixélisés), en faisant de son trio d’héroïnes (une flic, une femme au foyer et un professeur de poésie) autant de symboles d’une société damnée, Sion Sono hypnotise son audience avec l’audace qui est la sienne, et toujours ce manque de tact si percutant. Avec plus de finesse, le cinéma de Sion Sono n’aurait pas le même impact, donc on ne lui reprochera jamais cela tant il fait preuve de maestria dans tout ce qu’il abord et qu’il détourne. Ici, outre une charge violente contre le conformisme et les traditions, c’est de l’éveil de la femme en tant que femme qu’il parle, brillamment et par le choc de l’image.

Difficilement classable dans un courant artistique, Sion Sono continue avec Guilty of Romance à explorer divers univers. D’abord ancré dans un réel atrocement glauque, son film dévie ensuite pour débouler dans un final défiant toute logique. De par ses excès, sa composition de plans incroyablement chargés, une direction artistique phénoménale et une tendance de plus en plus marquée pour l’abstraction et la philosophie filmée, l’artiste livre une oeuvre titanesque et ultra exigeante. Par sa durée qui en laissera plus d’un au bord de la route et ses parti-pris bourrés d’audace, il signe ni plus ni moins qu’un des plus beaux portraits de femmes de ces dernières années tout en convoquant et en reprenant à son compte les délices thématiques et picturaux d’autres génies de l’images et de la symbolique tels qu’Alejandro Jodorowsky (le cinéma de Sion Sono se rapproche de plus en plus du surréalisme) ou Dario Argento (l’utilisation des couleurs digne de Suspiria).

En bonus, interview réalisée pendant le Festival de Cannes pour Excessif.com.