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[Critique] Grace (2009)

 
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Bottom Line

De Sundance à Gérardmer, Grace a accompli un joli petit chemin de festival en festival, éveillant fortement la curiosité ne serait-ce que grâce à son affiche aussi sublime de simplicité que déjà terriblement dérangeante. On s’attendait à une sorte de cousin américain du généreux À l’Intérieur, que nenni! Certes Grace fait partie de cette frange [...]

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Posté le 16 août 2010 par

 
Critique
 
 

De Sundance à Gérardmer, Grace a accompli un joli petit chemin de festival en festival, éveillant fortement la curiosité ne serait-ce que grâce à son affiche aussi sublime de simplicité que déjà terriblement dérangeante. On s’attendait à une sorte de cousin américain du généreux À l’Intérieur, que nenni! Certes Grace fait partie de cette frange de films à déconseiller fortement aux femmes enceintes sous peine de crise de panique aigüe mais c’est bien le seul point commun avec le film du duo Bustillo/Maury. Pour son premier long métrage le jeune Paul Solet prend le pari de développer un récit qu’il avait abordé sur son court métrage au titre éponyme réalisé en 2006 et qui traitait donc déjà d’un bébé à priori mort, revenant par miracle à la vie et se nourrissant de sa mère de façon assez étrange. Le sujet en or pour construire quelque chose sur la déchéance mentale d’une mère désemparée et inconsolable, et en même temps qui ne pourrait pas être plus heureuse. Un terrain de jeu assez ambigu et se prêtant à merveille à quelques réflexions fondamentales et complexes sur la maternité, le deuil et les responsabilités familiales. Bercé au cinéma de Cronenberg et Polanski, Paul Solet s’en inspire grandement pour nous livrer un film étrange qui nous rappelle au bon souvenir de Rosemary’s Baby. Grace c’est beaucoup d’hémoglobine, mais surtout c’est une ambiance extrêmement malsaine distillée avec un savant dosage, ce qui en fait inéluctablement un film qui dérange profondément et dont on ressortirait presque mal à l’aise s’il allait au bout de son propos et ne tombait pas dans des figures imposées du cinéma de genre qui par moment lui enlèvent toute originalité. Reste que bon nombre d’images sont assez perturbantes pour vraiment intriguer.

grace 1 [Critique] Grace (2009)

Construit comme un véritable huis clos de plus en plus oppressant pour virer ensuite dans un déchainement de violence sanglante qu’on en sentait pas venir, Grace possède pas mal d’atouts pour séduire. Et en particulier tout un panel de thématiques inattendues dans un film catégorisé trop vite comme de l’horreur. Si l’idée de maternité miracle est bien sur au centre, on y trouve une illustration assez impressionnante d’une cellule familiale qui vole littéralement en éclats, une autopsie de la dégradation mentale d’un personnage fragile mis face à deux électrochocs successifs (mort puis naissance) et qui s’en retrouve forcément ébranlé et une approche assez étonnante de la notion d’acceptation de la différence dans la société moderne. Ni véritable portrait social ni véritable film de genre, Grace marche sur un fil en brouillant les pistes pour échapper à toute catégorie. Ainsi on y trouve dans le personnage du bébé Grace des éléments qui tirent autant des films de zombies (symboles d’aliénation par la putréfaction) que de vampires au sens véritable parasite destructeur et insatiable. Le tout enrobé d’une esthétique qui sent bon le cinéma indépendant et les petites expérimentations visuelles.

Grace nous dépeint un monde exclusivement féminin, où l’homme n’a que le statut de mâle reproducteur ou d’enfant n’ayant jamais grandi. Il en résulte nombre de séquences troublantes, le trouble étant encore augmenté par une galerie de personnages tous plus dérangés les uns que les autres et soumis, au même titre que Grace, à des pulsions souvent inavouables. Paul Solet ose beaucoup de choses et ne refuse que rarement le sordide, à l’image de cette scène dérangeante d’allaitement entre les beaux-parents ou tous les allaitements du bébé qui se terminent douloureusement, jusqu’à ce plan final incroyablement dégueulasse. C’est en évoluant à la frontière des genres que Grace trouve sa force afin de proposer un spectacle souvent très étonnant, sauf dans cette dernière partie qui tombe dans du déjà vu des milliers de fois, bourrin et qui tranche beaucoup trop avec le ton général du film. Toutefois cela trouve une justification évidente dans la relation extrême entre la mère et la belle-mère, deux caractères forts et dépendants qui ne peuvent que se détruire.

grace 2 [Critique] Grace (2009)

Etant donné qu’il s’agit également du portrait d’une mère à la santé mentale au plus bas, Paul Solet affute sa mise en scène et l’adapte à ce trouble. En résultent des choix graphiques qui perturbent une image pourtant très belle. La présence maléfique de la couleur rouge et de nombreux flous au sein des cadres viennent souligner le désordre mental et sèment le doute chez le spectateur qui ne sait plus si ce qui se passe à l’écran est réel ou s’il s’agit d’une vision de l’esprit. C’est vraiment réussi sur ce point et le soin apporté à l’image permet de parfois passer outre quelques grosses baisses de rythme qui handicapent le récit, chose assez commune quand un court métrage est adapté en long. Autre choix judicieux, le réalisateur compose ses plans en utilisant énormément l’arrière-plan pour y semer des indices sur ses personnages et en particulier Madeline souvent accompagnée d’images TV bizarres. Elle est incarnée à la perfection par Jordan Ladd qui assure dans les rôles de détraquées. Complètement paumée, perdue dans son univers en décrépitude, elle parvient à donner de la consistance à cette mère qui est totalement dépassée par ce qui se passe physiquement et affectivement chez elle et son entourage. Les seconds rôles sont en général plutôt bons et apportent une certaine dose d’humour très noir assez plaisante.

Mélange des genres assez étrange, Grace parvient presque à nous convaincre mais se retrouve finalement trop maladroit pour l’emporter. À trop vouloir justifier son côté horrifique il tombe dans certains clichés du film d’horreur lambda alors que les ambitions de Paul Solet sont clairement autres. Toutefois il réussit à distiller une ambiance pesante et stressante par une mise en scène intelligente et l’utilisation judicieuse du bébé. En résultent plusieurs scènes vraiment dérangeantes voire carrément glauques et dégueulasses qui laissent apercevoir que ce jeune réalisateur possède un véritable talent qu’il faudra suivre de très près à l’avenir. En l’état Grace est un petit film assez malsain mais qui ne marquera pas les mémoires.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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