[Critique] GANTZ au commencement (2010)
Réalisateur: Shinsuke Sato
GANTZ c’est au départ ce qu’on peut appeler un phénomène du manga. Le seinen1 dont le 30ème tome vient de sortir en France a beau tourner parfois en rond, il continue de passionner les lecteurs et avait même bénéficié d’une adaptation en animé (26 épisodes édités en DVD par Asian Star il y a quelques [...]
GANTZ c’est au départ ce qu’on peut appeler un phénomène du manga. Le seinen1 dont le 30ème tome vient de sortir en France a beau tourner parfois en rond, il continue de passionner les lecteurs et avait même bénéficié d’une adaptation en animé (26 épisodes édités en DVD par Asian Star il y a quelques années). C’est sans surprise qu’on a appris la mise en chantier d’une adaptation du manga au cinéma, ou plutôt deux, dont la première vient de sortir en vidéo sans passer par la case salles. Rapidement, ce qui caractérise GANTZ version papier, c’est un univers franchement mystérieux et bourré de questions, un cynisme impitoyable vis-à-vis de la société nippone, une violence outrancière et beaucoup de cul, vraiment beaucoup. Avec un film produit par un des plus gros groupes TV du Japon, la Nippon Television Network Corporation, distribué par la Toho et écrit par le scénariste de l’adaptation très polie du manga culte 20th Century Boys, il ne fallait pas s’attendre à un miracle. Et en effet, il n’y en a pas, GANTZ au commencement rejoint la longue liste des adaptations de mangas qui passent à côté de l’essentiel en privilégiant le grand public, aboutissant sur une oeuvre tout à fait regardable mais bien trop aseptisée.
![gantz au commencement 1 gantz au commencement 1 [Critique] GANTZ au commencement (2010)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/09/gantz-au-commencement-1.jpg)
Si on s’amuse à énumérer les différences entre le manga et l’adaptation live, non seulement cela n’aura que peu d’intérêt mais surtout cela prendrait toute la place tant le film s’éloigne de l’oeuvre originale. Mais au rayon des doléances, il y a de quoi s’offusquer en voyant que toute allusion au sexe, le personnage central ayant dans l’oeuvre originale de sérieuses obsessions, ait été effacée. De la même façon la violence graphique a pris un sérieux coup, se limitant à un mini débordement gore (enfin, tout est relatif, on voit surtout beaucoup de sang sur les murs) et quelques séquences softcores. Globalement il vaut mieux oublier ce qu’est GANTZ à la base pour apprécier le film, au demeurant loin d’être honteux. Il faut dire qu’en faisant appel au réalisateur du sympathique Princess Blade et en lui mettant à disposition des moyens financiers conséquents, la major a au moins assuré un blockbuster potentiellement efficace. Et il est vrai qu’on se situe dans le niveau supérieur de ce genre de production calibrée, par ces petits sauts de violence salvateurs mais également par l’aspect global du film plutôt sérieux. De la direction artistique à la photographie (l’excellent Neighbour No. 13), en passant par des effets numériques réussis, GANTZ au commencement est un film qui a plutôt de la gueule, et ce même si la plupart des séquence en dehors des scènes d’action sont mises en scène aussi platement qu’un drama lambda. C’est dans ces quelques scènes d’actions que GANTZ au commencement laisse voir son potentiel spectaculaire immense, sauf qu’à la différence du reste elles sont légèrement expédiées, à l’image de ce Bouddha géant qui aurait mérité ses 30 minutes d’action non-stop en guise de final. Et c’est dommage car toutes les cibles des trois missions, y compris le robot playmobil et son T-shirt de Charlie, restent fascinantes, même d’un oeil extérieur à l’amateur du manga. Mais Shinsuke Sato est bien trop occupé à prendre son temps pour raconter tout ce qui se passe en dehors des missions et qui n’a ici que peu d’intérêt.
![gantz au commencement 2 gantz au commencement 2 [Critique] GANTZ au commencement (2010)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/09/gantz-au-commencement-2.jpg)
Les questionnements existentiels et intérieurs qui faisaient l’essence narrative du manga ont disparu au profit d’une narration classique et molle au possible. Ainsi on s’ennuie ferme quand il nous propose une resucée de l’apprentissage de Spider-Man ou qu’il se traîne dans une séquence sans enjeu aucun entre les deux Kei. Il faut dire que le réalisateur n’est pas vraiment aidé par des acteurs aux abonnés absents, et en particulier le “héros” interprété par Kazunari Ninomiya, chanteur et membre du groupe de JPop/R&B Arashi avant d’être acteur, et qui semble assez peu impliqué dans son rôle. L’impact immédiat est une empathie totalement absente, ce qui élimine malheureusement toute possibilité de ressentir une quelconque émotion. Et pourtant, tout est fait pour qu’elle soit bien présente dans le final. reste que malgré tous ses défauts GANTZ au commencement permet de passer un moment plutôt agréable à défaut d’être mémorable, avec ses gros guns, ses monstres improbables et ce plan final post-générique avec l’apparition de Takayuki Yamada ouvrant généreusement sur la suite qui donne franchement envie d’en savoir plus. Confirmation ou pas avec GANTZ : Perfect Answer début 2012 dans les bacs.
- Type de manga dont la cible éditoriale est avant tout constituée par les jeunes adultes (15 à 30 ans) de sexe masculin. [↩]











