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Game of Werewolves (Juan Martínez Moreno, 2011)

 
Game of werewolves poster
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Overview
 

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Titre original: Lobos de Arga
 
Synopsis: Au début du XXe siècle à Arga, un village de Galicie, une terrible malédiction a transformé le fils de la marquise de Mariño en loupgarou. Cent ans plus tard jour pour jour, Tomás, dernier descendant de la famille, revient dans son village d’origine pour une cérémonie en son honneur...
 
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Critique
 
 

Étrange Festival 2012 : Compétition internationale.

Armé d’un petit budget de 3,5 millions d’euros et beaucoup de belles idées, en plus d’un talent évident, Juan Martínez Moreno signe avec Game of Werwolves, son troisième film, une comédie fantastique dans la plus pure tradition du genre. Pétri d’amour pour les films de loups-garous, les traditions espagnoles et l’humour noir, le film propose une variation assez géniale autour du thème de la lycanthropie, et ne pêche par rapport à ses modèles que d’un manque dommageable d’effroi, compensé par un humour ravageur.

Les films de loups-garous ne sont plus vraiment en odeur de sainteté ces temps-ci. Le très beau Wolfman de Joe Johnston, dernier noble représentant du genre, en a d’ailleurs fait les frais en se plantant royalement lors de son exploitation, ne rentrant même pas dans ses frais. C’est donc du côté des petites productions B ou Z qu’il faut se tourner pour retrouver quelques monstres poilus, dans des productions généralement fauchées de plus ou moins bonne qualité. Et c’est à nouveau de l’autre côté des Pyrénées que provient le salut avec ce Game of Werewolves dont l’ambition est toute bête : proposer un divertissement de qualité avec des loups-garous dedans, en exploitant quelques éléments intimement liés à la culture espagnole, et passer 1h45 à rire beaucoup, sursauter un peu, avec un respect absolu du spectateur. Game of Werewolves c’est exactement ce qu’une série B sans trop de pognon doit être, avec des bons acteurs, avec les techniciens compétents pour que le film ait la gueule d’un film et pas d’une vidéo entre potes, avec un amour et une connaissance du genre, mais sans être dans la position castratrice de l’hommage. Et quand la magie opère, cela donne de très bonnes surprises comme ce Game of Werewolves qu’on avait pas vu venir.

Game of werewolves 1 Game of Werewolves (Juan Martínez Moreno, 2011)

La trame de Game of Werewolves n’a rien de révolutionnaire, elle s’inscrit même dans un archétype total : un écrivain quitte la ville pour venir se ressourcer et trouver de l’inspiration dans le village de son enfance. Et là il découvre que la population locale n’est pas si accueillante, avec un terrible secret qui remonte à plusieurs générations, et une sorte de prophétie qui doit s’accomplir pile-poil quand le héros malchanceux montre le bout de son nez. Un tel script, c’est du vu et revu, mais toutes les histoires ayant à priori déjà été racontées, cela ne pose pas vraiment de problème. Et d’autant plus quand le récit se voit traité avec un tel sérieux et une telle déférence. Et si l’ombre du magnifique Loup-garou de Londres de John Landis fait un peu plus que planer sur le film, il ne faudrait pas oublier que l’Espagne possède un certain passif avec les films de loups-garous, notamment à travers les films de et avec le regretté Paul Naschy (La Furie des vampires, L’empreinte de Dracula…). Un genre qui coule dans les veines de Juan Martínez Moreno qui, intelligemment car conscient des limites de son budget, décide d’aborder l’exercice à travers la comédie fantastique plutôt que le film d’horreur. C’est par ailleurs un des légers reproches qu’on pourra lui adresser, tout concentrer sur la comédie et oublier qu’il est parfois bon de faire peur au spectateur, car à l’exception d’une paire de gentils sursauts, on a tout de même bien plus de chance de se faire dessus de rire que d’effroi. Quoi qu’il en soit, son parti-pris tout à fait respectable le mène sur la voie de la comédie en environnement fantastico-horrifique, touchant du doigt une certaine peinture effrayante des communautés rurales dans un esprit très gothique britannique (on pense bien évidemment à The Wicker Man de Robin Hardy) tout en restant très premier degré dans le traitement. Le retour aux sources du héros n’est qu’un prétexte à lui associer un personnage secondaire formidable et l’envoyer sur les lieux de l’action, Juan Martínez Moreno ne semble pas vraiment motivé par la mise en place d’un quelconque sous-texte mais privilégie l’efficacité, le rythme et l’humour qui tranche net.

Game of werewolves 2 Game of Werewolves (Juan Martínez Moreno, 2011)

Un humour à plusieurs vitesses qui flirte bien souvent avec l’humour noir ou les blagues zoophiles, et qui est encore accentué par l’absence de gros budget sur les maquillages. Les costumes de loups-garous sont loin d’être effrayants, bien au contraire, et participent ainsi à l’effort comique. Toutefois, ils restent cent fois plus agréables à l’œil que des effets numériques cheaps qui auraient constitué la solution de facilité. Il règne sur Game of Werewolves un esprit old school délicieux, aussi bien dans sa construction narrative que dans son traitement visuel. Point de filmage à la mode, hystérique, surdécoupé et mal cadré, mais en lieu et place une mise en scène élégante trouvant son écho dans le découpage classique du film. En un mot le résultat est propre, avec une jolie photographie signée Carlos Ferro et un vrai sens du tempo. Avec ses irruptions du grotesque, son récit ancré dans des croyances païennes, ses loups-garous implacables (malgré la présence d’acteurs sous les costumes), son humour acéré et ses acteurs en très grande forme, Game of Werewolves tape souvent juste. Comme souvent chez les espagnols on y trouve des réminiscences d’un passé difficile à accepter, celui de la guerre civile, mais ici simplement vecteurs pour l’action du film. A un rythme d’enfer, on y attaque des flics à moustache, on y coupe des doigts avant de les faire frire, on y croise une grand-mère badass et un obsédé des brebis, mais on y voit surtout plein de loups-garous impliqués dans des attaques bien gores, et un couple de héros comiques formidable. Carlos Aceres reste dans la lignée de ses précédents rôles, dans une forme d’humour assez froide et psychotique, tandis que le basque Gorka Otxoa incarne à la perfection ce pauvre type qui voit tout son monde s’écrouler alors qu’il voulait simplement s’isoler un peu et retrouver ses racines. Avec un comique de situation assez épatant, souvent méchant, son rythme qui ne faiblit pas, son intro animée et son final sous forme de film de siège, ses monstres assoiffés de sang et son village de dégénérés, Game of Werewolves a tout de la série B parfaitement exécutée à laquelle il manque juste cette dose d’effroi qui en aurait fait un héritier fauché de Shaun of the Dead.