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[Critique] Far Away : les soldats de l’espoir (Kang Je-gyu, 2011)

 
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Bottom Line

Kang Je-gyu est typiquement un des produits du cinéma sud-coréen dans tout ce qu’il a de plus hollywoodien. Après un premier film surprenant, qui mélangeait allègrement romance, action en costumes et science-fiction, Gingko Bed, il s’est retrouvé à la tête de ce qui resta longtemps comme le plus gros succès en Corée : Shiri avec [...]

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Posté le 30 juillet 2012 par

 
Critique
 
 

Kang Je-gyu est typiquement un des produits du cinéma sud-coréen dans tout ce qu’il a de plus hollywoodien. Après un premier film surprenant, qui mélangeait allègrement romance, action en costumes et science-fiction, Gingko Bed, il s’est retrouvé à la tête de ce qui resta longtemps comme le plus gros succès en Corée : Shiri avec Han Seok-Kyu et Choi Min-sik, que la critique française a gentiment massacré en n’y voyant qu’un blockbuster réactionnaire. Quelques années plus tard il a remis le couvert avec Frères de sang (Taegukgi), autre rouleau compresseur du box-office doté du budget qui va avec. 6 ans plus tard on le retrouve avec Far Away, autre grosse machine de guerre qui ne battra pas de record au box-office local (il s’est retrouvé loin, très loin, de Sunny et War of The Arrows) mais qui peut se targuer du plus gros budget jamais débloqué pour une production coréenne, soit quelques 18 millions de dollars. Far Away n’aura pas droit à une sortie en salles en France, contrairement aux deux précédents films de Kang Je-gyu quand le dernier dépassait difficilement les 23000 entrées. C’est dommage, car si Far Away est loin d’être une réussite totale le film méritait un passage sur grand écran, ne serait-ce que pour ses images de guerre les plus imposantes.

Far Away 1 [Critique] Far Away : les soldats de lespoir (Kang Je gyu, 2011)

Ce qui frappe d’emblée à la vision de Far Away, c’est son côté faste et calibré pour donner au spectateur précisément ce qu’il voulait voir : un mélodrame basique sur fond de seconde guerre mondiale. Et ceci avec tout ce qui va avec de bon et de mauvais. Tiré d’un fait réel assez incroyable (au moins autant que celui des Chemins de la liberté) largement romancé pour intégrer le carcan d’une superproduction, le récit de Far Away ne fait pas dans la dentelle. Kang Je-gyu n’est pas vraiment un type de réalisateur à faire dans la dentelle et il applique à peu de choses près la même recette que celle de Frères de sang, en mode toutefois plus mineur malgré l’ambition démesurée. La petite histoire guidée par la grande en background, un schéma tout ce qu’il y a de plus classique sauf qu’il s’agit tout de même là d’un sujet peu traité, celui des coréens pendant la seconde guerre mondiale. Et par extension il s’agit de traiter la Corée sous l’occupation japonaise et donc ce grand classique de cinéma asiatique : la vision des japonais. Le sujet est délicat et ce n’est clairement pas un réalisateur bourrin tel que Kang Je-gyu qui se trouve le mieux placé pour l’illustrer. Ainsi, s’il maîtrise parfaitement le mélo entre le coréen et le japonais, ennemis intimes dès l’enfance et adversaires qui passeront leur vie à s’affronter sur le terrain du sport puis sur les champs de bataille, traitant son sujet avec tout le manque de subtilité qu’on pouvait attendre et l’enrobant d’une surdose de lyrisme et de violons, cela reste efficace dans l’optique d’un gros drame. Il est beaucoup moins à l’aise au moment de traiter de front les oppositions nationales au sein d’un conflit armé. Là, il cède au manichéisme primaire et au nationalisme exacerbé, opposant les gentils coréens aux méchants japonais sans aucune nuance dans le trait. Avec ses gros sabots, il aligne une vision de la guerre qui tient avant tout de la série B, forçant le trait dès qu’il en a la possibilité pour livrer une fable humaniste fustigeant allègrement l’idéal militaire, le patriotisme outrancier et le fanatisme, tout en iconisant le sacrifice à la moindre occasion. C’est un peu bête, ou extrêmement simpliste et naïf, mais le fait est que derrière l’arsenal déployé du mélodrame humain tire-larmes, le bougre sait se montrer efficace dans un mode de narration très hollywoodien. Il reste en surface de l’essentiel, à savoir les méandres complexes des différents conflits, mais assure dans le spectaculaire et la grande aventure de ses deux personnages principaux qui se croisent, s’affrontent et finissent par se lier d’une amitié à priori impossible. C’est beau, c’est épique, c’est même parfois touchant, mais les ficelles sont tellement grosses…

Far Away 2 [Critique] Far Away : les soldats de lespoir (Kang Je gyu, 2011)

L’accumulation de clichés n’est pas loin de faire s’effondrer l’édifice qui tient miraculeusement par la puissance qui s’en dégage. Far Away reste malgré toutes ses tares un film impressionnant, imposant. Par la trajectoire assez incroyable de ses personnages tout d’abord, de la Corée aux plages du débarquement en passant par le front russe, la Mandchourie et les camps de travail, traversant l’intégralité du conflit en accomplissant un voyage de 12000 kilomètres. Un pur récit d’héroïsme comme en raffolent les grandes fresques de cinéma. Et s’il faut reconnaître une immense qualité au film, c’est autant dans sa reconstitution de la seconde guerre mondiale en multiples tableaux et décors que dans l’évolution morale de ses personnages qui ne cessent de changer de camp et de position dominante. celui qui commanda un jour se retrouve ensuite parmi les prisonniers les plus méprisés, et ainsi de suite. Far Away impressionne également sur le plan visuel, avec une débauche de moyens qui se voit à l’écran. Ça pète dans tous les sens, les effets numériques sont pour la plupart parfaitement intégrés à une charte graphique assez brutale et quand le montage cesse de tomber dans l’hystérie du surdécoupage illisible, l’ensemble a franchement de la gueule. De la même manière, le duo d’acteurs constitué par le coréen Jang Dong-gun et le japonais Joe Odagiri, auquel se greffe sporadiquement la belle chinoise Fan Bing-Bing, assure une interprétation de haut vol même si la finesse n’est pas non plus au rendez-vous. C’est bien le gros soucis de Far Away. Un sujet en or massif et un film spectaculaire à souhait dont le traitement est amoindri par une vision caricaturale et une vilaine tendance à pousser les curseurs du mélodrame trop loin. Kang Je-gyu est capable de choses magnifiques, il n’en reste pas moins l’expert de l’illustration pachydermique digne d’un Panzer dans un champ de coquelicots.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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