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Drive (Nicolas Winding Refn, 2011)

 
Drive de Nicolas Winding Refn (2011)
Drive de Nicolas Winding Refn (2011)
Drive de Nicolas Winding Refn (2011)

 
Informations
 

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Titre original: Drive
 
Synopsis: Un cascadeur tranquille et anonyme se métamorphose dès que la nuit tombe : il devient pilote de voitures pour le compte de la mafia. La combine est bien rodée jusqu’au jour où l'un des casses tourne mal et l’entraîne dans une course-poursuite infernale. Il veut se venger de ceux qui l’ont trahi…
 
Note
 
 
 
 
 
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Posté le 5 octobre 2011 par

 
Critique
 
 

Ce n’est qu’une confirmation, car il est soutenu ici depuis le début, mais Nicolas Winding Refn est un immense artiste. Avec Drive, il impose sa patte à une série B de commande pour en faire une sorte de monument ultime du genre. C’est là une nouvelle preuve, bien que pas nécessaire, que cinéma bis, et donc populaire, peut très bien rimer avec cinéma d’auteur. Il n’y a rien de régressif ou de débile dans Drive, aucune raison de ‘débrancher son cerveau’, mais des tonnes et des tonnes de très grand cinéma, ou quand un auteur amène son talent fou pour transcender un projet impossible. C’est un monument.

15 ans déjà que Nicolas Winding Refn est apparu, avec Pusher, variation fiévreuse et nordique du film de gangster scorsésien. Pourtant, après 7 films il semble bien que le réalisateur danois, sans doute un des auteurs et metteurs en scène les plus fascinants du moment, n’accède pas à la reconnaissance qu’il mérite. Une sorte de James Gray, clairement virtuose, potentiellement génial, mais qui ne dépasse pas le stade de la sélection en festival, comme si son cinéma n’était qu’une vulgaire curiosité. Avec Drive, qui n’est pas son premier film américain (son troisième film, Inside Job avec John Turturro vient de chez l’oncle Sam), c’est sa rencontre avec le Festival de Cannes. Une rencontre à priori improbable tant le film semble loin d’une palme potentielle, observé de loin. Il y a tout de même marqué bien gros sur l’affiche “par le producteur de Wanted” , soit l’idée d’une série B poseuse et jouissive, mais pas un film de festival. Mais bien qu’il s’agisse d’une commande, Drive est pourtant un pur film de Nicolas Winding Refn qui impose avec une aisance incroyable sa vision (et celle du scénariste Hossein Amini), celle d’un pur auteur qui se penche sur le concept même de la série B pour le tordre et en sortir un monument. NWR est un grand, il n’y a plus aucun doute là-dessus, et Drive est une œuvre folle qui, dans le concept, écrase le Boulevard de la mort de Tarantino, rien que ça.

drive 11 Drive (Nicolas Winding Refn, 2011)

NWR est de ces cinéastes qui possèdent une véritable identité visuelle tout en révolutionnant complètement leur univers à chaque film. Entre la trilogie Pusher, Bronson et Le Guerrier silencieux, l’exemple est flagrant mais pourtant il ne fait aucun doute sur l’identité du réalisateur. Avec Drive c’est la même chose. Un style visuel extrêmement marqué que certains n’hésiteront pas à qualifier, facilement, de pause, mais un style qui s’impose naturellement. Il faut voir la mise en place de Drive pour bien comprendre. L’ouverture, dont on peut voir une partie dans le premier extrait diffusé, est un modèle propulsant le film dans une stratosphère immédiate. Un héros mutique, une nuit, des braqueurs, une bagnole, et c’est tout. On comprend vite qu’on ne sera pas devant une débauche d’énergie mais dans un film d’ambiance ponctué de fulgurances. En gros, Nicolas Winding Refn prend le parti de tisser la toile d’un actionner motorisé type années 70 aux USA pour le retourner en un cinéma semi-atmosphérique aux influences très années 80.

Le mélange est absolument sidérant et fonctionne à plein régime, avec de nombreuses variations de rythme qui relancent sans cesse la narration. Ainsi le thriller atmosphérique global vire parfois vers la romance, simple et naturelle, vers le film d’action, avec deux courses-poursuites fabuleuses et jamais vues, et même vers le gore frontal lors d’exécutions surprenantes. Drive brasse les genres et impose à la fois son efficacité imparable, par la puissance évocatrice de sa mise en scène, mais également une poésie mélancolique qu’on n’attendait pas vraiment là. Drive est une perversion totale du projet originel, Nicolas Winding Refn utilisant le véhicule de la série B “grand public” en apparence bourrine mais pour livrer complètement autre chose. Et c’est en cela qu’il devient un film majeur accédant à ce quelque chose que des films cherchent pendant de longues années, le culte immédiat. La plaisir de spectateur devant Drive est tel, est provient de tellement de réjouissances, qu’il nous entraînerait presque à le revoir encore et encore, à la suite. NWR est un artiste excessivement généreux et Drive en est la preuve irréfutable, mais les réflexions qu’il lance sans rien montrer, sur la solitude, l’honneur, la peur ou la folie, sont autant de démonstrations qu’il n’est pas qu’un simple et habile formaliste, mais surtout un grand réalisateur.

drive 21 Drive (Nicolas Winding Refn, 2011)

Appuyé par son casting en or massif, surmonté par le décidément très surprenant Ryan Gosling, NWR déploie dans Drive des trésors de mise en scène pour aboutir sur son film le plus léché formellement. La photographie de Newton Thomas Sigel, chef opérateur attitré de Bryan Singer, y est pour beaucoup dans cette réussite tant un décor urbain et nocturne semble n’avoir que rarement été aussi bien filmé et mis en valeur. Quitte à citer des exemples pour se faire une idée, on oscille quelque part entre les extérieurs nuits de Michael Mann sur Miami Vice et Collateral avec la sophistication et l’élévation de ceux d’Enter the Void, sans l’artificialité. C’est d’une beauté stupéfiante, mais presque limitée face à tout le reste. C’est quand il se rapproche de ses personnages que NWR nous scotche littéralement. Jamais approximatif, il parvient à chaque fois à trouver le cadre parfait, qu’il cite ouvertement les couloirs de Kubrick ou qu’il aborde frontalement la brutalité la plus graphique. Il impose par ses influences parfaitement digérées sa propre vision de ce que doit être une série B aujourd’hui, conjugue une multitude de talents (aboutissant par exemple à la plus belle bande originale entendue depuis longtemps) et accède à de véritables moments de grâce cinématographique, à l’image de la scène de baiser dans l’ascenseur, stupéfiante de poésie purement visuelle ou encore cette escapade en bagnole qui apaise les décors ayant servi à la course-poursuite en camion de Terminator 2.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.