[Critique] Do Not Disturb (Yvan Attal, 2012)
Réalisateur: Yvan Attal
Si les débuts d’Yvan Attal derrière une caméra étaient plutôt de bon augure, il est bien difficile de comprendre son choix d’accepter ce film de commande qu’est Do Not Disturb. Remake annoncé de Humpday, petit film US indépendant qui avait eu son heure de gloire en 2009, son troisième film est une déception de taille. [...]
Si les débuts d’Yvan Attal derrière une caméra étaient plutôt de bon augure, il est bien difficile de comprendre son choix d’accepter ce film de commande qu’est Do Not Disturb. Remake annoncé de Humpday, petit film US indépendant qui avait eu son heure de gloire en 2009, son troisième film est une déception de taille. Un film fait sans passion, en quatrième vitesse, et qui ne survit que par la présence magnétique de François Cluzet et un dernier acte plutôt réjouissant.
Si Humpday était une comédie articulée autour de sa rythmique, de ses dialogues, et d’une certaine légèreté dans le traitement d’un sujet non dénué d’intérêt, Do Not Disturb est un film qui hésite entre la voie du remake trait pour trait et une variation un brin plus dérangeante. Deux types hétérosexuels qui se lancent le défi de coucher ensemble, pour la beauté de l’art, il y a suffisamment de matière pour construire quelque chose d’intelligent autour des rapports au sexe et à l’amitié masculine. Une matière dont un Yvan Attal clairement démissionnaire – sa nonchalance dans la promotion du film confirme cette idée – s’accommode sans véritablement chercher à creuser le sujet. Do Not Disturb voudrait déranger mais n’y parvient jamais vraiment, sonne prodigieusement faux pendant les 3/4 du film et relève à peine la tête lors d’un dernier acte attendu mais cette fois à la hauteur. Ces deux amis vont-ils coucher ensemble ? On s’en fout un peu, mais ce qui se passe dans cette chambre d’hôtel est fascinant.
Le problème principal de Do Not Disturb est qu’il s’agit d’un film qui se trompe de sujet. Yvan Attal voudrait traiter d’une certaine forme d’homosexualité, essentiellement refoulée, il est certain de s’attaquer à ce motif. Il dépense d’ailleurs beaucoup de temps dans le moment d’illumination du personnage qu’il interprète, Ben, sur cette notion d’identité sexuelle. La peur qu’a pu engendrer l’attirance pour un homme, la sécurité de son couple… de quoi développer un vrai discours. Sauf qu’il a beau rêver de ce grand film subversif et dérangeant (ne pas oublier le titre qui n’est pas là par hasard), le sujet qu’il filme en réalité est celui d’une amitié plus forte que tout. Et le film est écrit d’une telle façon qu’il repousse en permanence ce sujet évident pour le cantonner dans sa dernière partie qui devient, enfin, un peu touchante et commence à sonner juste. Avant cela, il faut se farcir des scènes surjouées qui ne trouvent jamais leur ton, il faut composer avec des personnages soit antipathiques soit inintéressants et il faut accepter un humour beauf autour de jeux de mots sur la sodomie qui s’avère plus pathétique qu’autre chose. La faute à ce sujet qui lui échappe encore et toujours. Pourtant Yvan Attal fait des efforts pour tenter de créer un certain malaise, de sa scène d’introduction assez crue à la séquence de sexe à trois franchement ratée tant elle se transforme en leçon de morale facile, mais la sauce ne prend pas. Les personnages secondaires à priori intéressants, d’Asia Argento et Charlotte Gainsbourg, sont sacrifiés sans raison valable, et on passera rapidement sur la séquence chantée avec Joey Starr tout aussi ratée et n’apportant rien au récit. Symptomatique de l’échec de l’entreprise, le personnage de Laeticia Casta qui semble être le point d’ancrage du spectateur et qui le temps d’une révélation grotesque perd toute sa crédibilité, devenant finalement le personnage le plus bête et cruel du film.
Il faut alors se raccrocher à ce qui fonctionne, et notamment la performance de François Cluzet toujours impérial malgré l’inconsistance de son rôle, qui en fait des caisses en artiste baba cool avec sa barbe et son chapeau de cowboy. Il est clairement l’attraction principale de cet exercice un peu raté et qui ne sait pas trop quelle direction prendre, même si lui et ses camarades forment une représentation de l’art moderne pas très finaude. Il est donc essentiel au bon fonctionnement de ce dernier acte de Do Not Disturb, la longue séquence de la chambre d’hôtel qui embrasse enfin son sujet et trouve un équilibre précaire entre la comédie burlesque, la chronique d’une amitié virile mise à mal et un certain malaise. A ce moment précis, l’humour semble éclore naturellement du lieu confiné et de la situation, mettant en exergue autant la responsabilité que l’honneur, la définition profonde d’une amitié et le poids du challenge. Sauf que c’est sans doute trop tard, et une séquence aussi réussie soit-elle ne transforme pas un essai mineur en bon film. Décidément à côté de la plaque sur plusieurs niveaux, Yvan Attal va même jusqu’à reprendre l’Auto Rock de Mogwai pour conclure son film, le même morceau qui venait mettre un point final au grandiose Miami Vice. Do Not Disturb est donc un film qui cherche son propos, un film flou jusque dans sa mise en scène qui se voudrait raffinée mais qui est tout aussi floue du début à la fin, semblant chercher sa mise au point dans chaque situation, chaque gros plan. Si on n’avait pas encore compris que ce film avait été shooté à la va-comme-je-te-pousse, le rendu visuel est assez clair sur ce point…
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