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Django Unchained (Quentin Tarantino, 2012)

 
Django Unchained affiche
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Synopsis: Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs.
Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, dont il fut séparé à cause du commerce des esclaves…
Lorsque Django et Schultz arrivent dans l’immense plantation du puissant Calvin Candie, ils éveillent les soupçons de Stephen, un esclave qui sert Candie et a toute sa confiance. Le moindre de leurs mouvements est désormais épié par une dangereuse organisation de plus en plus proche… Si Django et Schultz veulent espérer s’enfuir avec Broomhilda, ils vont devoir choisir entre l’indépendance et la solidarité, entre le sacrifice et la survie…
 
Note
 
 
 
 
 
4.5/5


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Texte de

 
Critique
 
 

Quentin Tarantino avait entamé une mutation avec son dernier film, sorte de transition fourmillante entre désir pop et volonté d’affronter l’histoire à travers la foi en le cinéma. Une mutation confirmée par Django Unchained, fresque inattendue et sauvage qui renvoie l’Amérique face à ses démons tout en affirmant un style plus fluide, plus assurée et quasiment vidé de toute forme de frime. Porté autant par la rage du western spaghetti que par l’ampleur de son cousin américain, bénéficiant d’une précision d’écriture qui force le respect et d’une mise en scène maîtrisée de A à Z, très grave sans perdre son ludisme, ponctué d’éclairs de génie, Django Unchained rentre dans ce que le réalisateur de Knoxville a fait de mieux jusqu’ici.

La beauté du cinéma de Tarantino réside souvent dans la surprise et le contrepied. C’est en cela qu’il sait créer l’attente, car il arrive toujours précisément là où on ne l’attendait pas. Et ce qui ressemblait de loin à une relecture de western spaghetti à la sauce pulp est finalement tout l’inverse. Du Django de Sergio Corbucci ne restent que le générique avec le thème légendaire de Luis Enríquez Bacalov et une séquence géniale mettant en scène Franco Nero. Pour le reste, c’est vers d’autres terres que lorgne Quentin Tarantino, avec toute l’ambition démesurée qui le caractérise. Django Unchained est une fresque, non seulement de par sa durée (2h44 au compteur, soit son film le plus long à ce jour) mais également de par son sujet de fond. Car si l’ensemble prend la forme d’une longue quête vengeresse, renouant ainsi avec le motif central du diptyque Kill Bill, le film n’en reste pas moins bien plus vaste qu’il n’y parait, proposant un regard sur l’histoire américaine d’une ampleur qui n’est pas sans rappeler ce qu’avait pu faire Sergio Leone. Il apparait très clairement que le réalisateur italien est la figure tutélaire à laquelle Quentin Tarantino cherche à ressembler, une volonté qui éclate au grand jour après avoir hanté plusieurs séquences de Kill Bill vol. 2 et Inglorious Basterds dans lesquels les emprunts aux compositions d’Ennio Morricone n’étaient vraiment pas le fruit du hasard ou d’une lubie geek-cinéphile. Sergio Leone avait investi des sous-genres, le western et le film de gangsters, pour mieux ausculter l’Amérique et c’est exactement ce que tente de reproduire Quentin Tarantino.

Django Unchained 1 Django Unchained (Quentin Tarantino, 2012)

Amorcé avec les deux films précédents, le changement radical dans Django Unchained se situe au niveau de la narration. Terminés la structure éclatée, les séquences autonomes, le puzzle narratif éparpillé et le chapitrage, et place à une construction linéaire bien plus classique, à peine aménagée de quelques flashbacks bien sentis et d’une poignée de textes à l’écran pour souligner des ellipses. Quentin Tarantino s’est clairement assagi, et pas seulement dans le sens où il parait plus calme, mais plutôt dans la démonstration d’une sagesse liée à une confiance totale en son scénario qui n’a plus besoin d’être déconstruit pour fonctionner et créer quelque chose sur le spectateur. Il se « leonise », il prend son temps et se contente de quelques petits effets opportuns toujours justifiés à l’image de quelques zooms avant ou arrière très rapides et jamais gratuits. Quelques artefacts se retrouvent ça et là, par exemple dans les flashbacks aux couleurs et grain prononcés pour capter une esthétique de cinéma d’exploitation, ou encore dans les choix musicaux osant la soul et le hip-hop dans un univers de western, mais quand Quentin Tarantino décide d’élever le niveau cela donne des références qui dépassent la simple sous-culture qu’il chérit tant. Ainsi, pour appuyer son discours de fond, il n’hésite pas, à travers l’érudition de son personnage-totem campé par Christoph Waltz, à citer la couleur de peau d’Alexandre Dumas par exemple, le temps d’un échange passionnant avec un Leonardo DiCaprio transformé. Plus qu’un neo-western ou un vulgaire hommage au genre, Django Unchained s’en affranchit en n’en gardant que quelques symboles importants. Des silhouettes de cavaliers chevauchant devant un soleil couchant, d’autres parcourant des paysages enneigés, une rafale au revolver paume sur le chien ou un chapeau mis avec classe, autant d’éléments qui ancrent le film dans le genre pendant qu’une multitude d’autres l’en éloignent. Sans aucune ironie, Quentin Tarantino construit un récit qui mêle habilement la mise en place d’une vengeance hardcore, une bromance passionnante par ses multiples évolutions, une histoire d’amour bouleversante mais également, et le cœur du film est là, un vrai propos sur l’émancipation des esclaves. Et sur ce point, Tarantino fait très fort car il évite à peu près tous les pièges tendus devant lui, à commencer par celui du manichéisme dans son écriture. Tout en condamnant fermement la notion même d’esclavagisme, il ne tombe jamais dans « les gentils noirs » vs. « les vilains blancs » et impose un discours qui va beaucoup plus loin que le simple constat. Dans Django Unchained, comme dans Il était une fois dans l’ouest, c’est une Amérique multiethnique qui se construit. Ainsi, de la minorité opprimée qui se redresse et se venge, motif repris du Navajo Joe de Sergio Corbucci, le film évolue vers quelque chose d’encore plus dense.

Django Unchained 2 Django Unchained (Quentin Tarantino, 2012)

Une des plus belles idées pour appuyer tout cela tient dans le personnage interprété par Samuel L. Jackson, encore une fois remarquable, qui représente à lui tout seul la face sombre de la communauté. Le noir devenu blanc en quelque sorte, et sans doute encore plus cruel que l’esclavagiste. C’est en jouant sur ces nuances que Quentin Tarantino prouve qu’il a muri et qu’il ne se contente plus d’archétypes. Une évolution qui se répercute également sur sa mise en scène toujours plus maîtrisée avec un film au découpage minutieux, qu’il s’agisse de mettre en valeur des dialogues une nouvelle fois flamboyants et toujours filmés avec un sens du cadre étonnant (ses plans larges pour faire entrer deux interlocuteurs dans le cadre sont redoutables), ou de construire des séquences d’action. Son ironie, Tarantino la ressort ponctuellement et notamment le temps d’une scène qui revisite les balbutiements du Ku Klux Klan, à mourir de rire. Il semblerait qu’en fait le réalisateur ait tout simplement affiné son cinéma, le dégraissant de ce qui pouvait gêner pour arriver à une forme de pureté qui flirte avec le très grand cinéma. Django Unchained transpire la maîtrise par tous les pores, dans sa gestion du rythme et de la narration, dans sa multiplication de personnages qui servent toujours à faire avancer le récit, dans ses éclairs d’une violence salvatrice ou dans ses petites surprises. On assiste par exemple à des ruptures franchement brutales dans le script, à l’image de la préparation d’un assaut façon dernier souffle de La Horde sauvage, tout à coup annihilé pour laisser la place à une autre charge encore plus grisante. A ce titre le dernier acte est un morceau de bravoure à lui tout seul, revisitant en mode western pulp un motif récurrent du chambara, monument fait de poudre, de chair et de sang. Dans cette fresque violente, baroque et bavarde (on reste chez Tarantino et il met à profit l’élocution millimétrée de Christoph Waltz) la surprise vient également d’un Jamie Foxx qu’on attendait pas à ce niveau, préférant la sobriété à son clinquant habituel pour ensuite en jouer et faire rayonner la nature profondément héroïque de son personnage. Face à lui Leonardo DiCaprio n’est pas en reste, il est le bad guy idéal, aristocrate fou capable des pires accès de rage, et signe une de ses plus belles performances. Avec sa bande-son tonitruante, sa lumière divine signée Robert Richardson, tous ces grands acteurs, son récit biblique et sa puissance immédiate dégageant une aura encore supérieure une fois le spectacle terminé, Django Unchained a tout d’un futur classique et marque une étape essentielle dans l’œuvre de son auteur.