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[Critique] Des hommes sans loi (John Hillcoat, 2012)

 
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Bottom Line

L’Amérique c’est une grande histoire de famille, de sang, de larmes et d’amour. Le cinéma de John Hillcoat c’est également un peu ça. Depuis Ghosts… of the Civil Dead l’australien n’a de cesse de flirter avec ces valeurs à travers chacun de ses films. Avec Des Hommes sans loi il retrouve un genre qu’il affectionne [...]

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Posté le 19 mai 2012 par

 
Critique
 
 

L’Amérique c’est une grande histoire de famille, de sang, de larmes et d’amour. Le cinéma de John Hillcoat c’est également un peu ça. Depuis Ghosts… of the Civil Dead l’australien n’a de cesse de flirter avec ces valeurs à travers chacun de ses films. Avec Des Hommes sans loi il retrouve un genre qu’il affectionne tout particulièrement, le western, pour l’agrémenter d’éléments multi-genres. En tête, le film de gangsters qui constitue une base narrative parfaitement associée à la grande fresque familiale et criminelle qu’il souhaite bâtir. Avec sa narration solide et sa mise en scène affirmée, John Hillcoat signe un film pas vraiment surprenant mais qui impressionne par sa maîtrise totale des codes classiques. Après le ton désespéré de La Route, place à la lumière d’une Amérique en pleine révolution. Une révolution dans le sang, la fin d’une époque et d’un mode de vie, quand les descendant badass des cowboys laissent peu à peu leur place aux gangsters en costume 3 pièces. A travers cette charnière temporelle Des Hommes de loi dresse le portraits d’hommes et de femmes qui ne pourront que prendre le train en marche ou s’évaporer.

des hommes sans loi 1 [Critique] Des hommes sans loi (John Hillcoat, 2012)

Une histoire de famille, le roman de Matt Bondurant en était déjà une quand il racontait l’histoire de sa famille. Après un père et son fils, ce sont trois frères, trois personnages complexes qu’il caractérise brillamment à travers leurs faiblesses, qui ont droit au traitement de John Hillcoat. Sur un scénario de son acolyte Nick Cave, qui persiste et signe avec une bande originale sublime co-écrite avec Warren Ellis, il développe un récit qui aurait très bien pu avoir sa place dans l’œuvre de Cormac McCarthy. La violence comme moteur du changement, des caractères marqués, des hommes au carrefour d’une époque, tant de thèmes qui se retrouvent sublimés par un réalisateur parfaitement conscient des outils à sa disposition et de comment les utiliser. Mis en scène avec un classicisme surprenant, tant les précédents films du réalisateur étaient stylisés, Des Hommes sans loi fait étal d’une maîtrise dans l’écriture, de la caractérisation de chaque personnage jusqu’à la progression dramatique, qui aboutit au final sur un film extrêmement solide. Il lui manque ce qui fait le sel des grands films, une véritable originalité et un souffle épique, mais c’est dans sa sobriété qu’il puise quelque chose d’essentiel à son dispositif. La photographie est soignée, avec ce léger voile jaunâtre qui recouvre l’univers, symbole d’un monde déjà momifié, ces contrastes appuyés et cette lumière si belle, le montage est d’une intelligence remarquable pour imprimer un rythme à la fois soutenu et très vaporeux, permettant à John Hillcoat de faire voler en éclats ses plages de calme lors de séquences d’une violence graphique parfois inouïe. Cette violence qui n’appartient d’abord qu’au personnage de Tom Hardy (incroyable en chef de meute capable de n’importe quoi pour protéger les siens) se répand peu à peu à l’ensemble des personnages, développant une sorte d’opéra sanglant qui imprime au pays la nouvelle voie à suivre. Corruption, trahisons, les lois sont mises à rude épreuve y compris dans celles de la nature, et c’est à travers des êtres en marge qu’il traduit cet état de fait : les lois naissent du chaos et de la violence. Et au delà de la grande histoire, celle des USA qui changent de main, passant des flingues aux manipulateurs, John Hillcoat et Nick Cave construisent des portraits d’hommes fascinants dans leur évolution.

des hommes sans loi 2 [Critique] Des hommes sans loi (John Hillcoat, 2012)

Si Howard, le frère brutal et alcoolique, est traité en retrait, Jack (impressionnant Shia Labeouf) et Forrest (Tom Hardy, impressionnant… comme d’habitude) constituent des terrains de jeu fascinants. En leur faisant vivre des romances compliquées, bâties soit sur la violence soit sur la naïveté, le film traite de l’accomplissement de bien belle manière. Ces personnages ont évolué, ils ne sont pas des silhouettes désincarnées, et à travers l’élément finalement accessoire de la prohibition, ils se construisent une existence. Là encore, rien de bien nouveau mais ce sont des figures essentielles qui participent à la tenue du film, d’une solidité à toute épreuve. Face à un bad guy aussi outrancier que Guy Pearce en très grande forme (et cabotinant à mort comme il le fait si bien), renouant avec la tradition de ces hommes de loi franchissant la ligne jaune pour devenir de pires ordures que leurs proies, les héros de Des Hommes sans loi construisent leur force sur une véritable humanité, se révélant au fil des bobines, et intelligemment amenée à travers leurs faiblesses. Crépusculaire dans son message et lumineux dans son traitement, Des Hommes sans loi est également une illustration intelligente du concept de légende, avec sa famille réputée immortelle et dont le secret d’immortalité trouve à l’écran comme des relents mystiques. Réaliste ? Certainement pas, mais dans les figures symboliques qu’il développe, John Hillcoat touche à quelque chose de fort : le cinéma américain classique dans tout ce qu’il a de plus beau et de plus spectaculaire, de plus séduisant aussi. Car entre la fusillade dantesque, les exécutions sanglantes, les histoires d’amour romanesques et les apparitions presque irréelles de Jessica Chastain (avec une scène en particulier qui risque de marquer les spectateurs à vie), John Hillcoat a réussi son coup et signe un classique en puissance. Reste que sa présence en compétition à Cannes est un mystère…

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Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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