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[Critique] Dans la brume électrique (2009)

 
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Bottom Line

65 ans, un peu plus d’une vingtaine de films… Bertrand Tavernier n’a rien du jeune cinéaste français prometteur recruté par Hollywood comme on en voit de plus en plus. Il voue depuis longtemps une passion sans limite à la Mecque du cinéma qu’il a traduit à travers des interviews et livres toujours passionnants, mais contrairement [...]

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Posté le 15 décembre 2009 par

 
Critique
 
 

65 ans, un peu plus d’une vingtaine de films… Bertrand Tavernier n’a rien du jeune cinéaste français prometteur recruté par Hollywood comme on en voit de plus en plus. Il voue depuis longtemps une passion sans limite à la Mecque du cinéma qu’il a traduit à travers des interviews et livres toujours passionnants, mais contrairement à tout ce qu’on a pu lire à la sortie de Dans la Brume Électrique il ne s’agit pas là de son premier film produit et tourné aux USA… il s’y est déjà frotté en 1986 avec Autour de Minuit que beaucoup semblent avoir oublié. Toujours est-il qu’avec ce film il livre un polar exotique loin d’être parfait mais passionnant de bout en bout.

En fait, ce qui est d’entrée excellent c’est qu’il ne correspond pas du tout à l’approche américaine du polar! Donc fait rare, on aborde un film de genre sans jamais penser à un quelconque modèle ou influence, et très franchement ça fait du bien. De plus il y a la Louisiane post-Katrina, vue par un étranger… donc on n’a pas droit au passage obligé par la Nouvelle Orléans, vu et revu. Mais s’il ne correspond pas aux canons du genre, il porte pourtant la marque du cinéma américain classique dans sa caractérisation du héros, de son entourage et de l’intrigue. Héros au sens hollywoodien du terme, presque dans la lignée d’Eastwood et qui évolue peu à peu vers d’autres sphères beaucoup plus surprenantes au détour d’évènements tragiques qui remettent en cause sa condition.

dans la brume electrique1 [Critique] Dans la brume électrique (2009)

Et c’est bien un évènement bien précis qui va faire basculer le récit, lors d’une ballade en bateau qui tourne mal. Dès lors le film qui jusque là parvenait à nous hypnotiser par ses images d’une Louisiane dans la brume mais sans forcément nous passionner par une intrigue finalement assez banale. L’atmosphère se fait plus pesante, les démons intérieurs et ceux du passé refont concrètement surface et le film lorgne de plus en plus vers le fantastique sans pour autant dépasser la frontière entre réalisme mystique et fantaisie. Il faut dire que ces bayous baignés dans le brouillard qui cache à peu près tout et cette atmosphère de fin du monde sont un décor parfait pour l’enquête d’un flic en pleine rédemption (ex alcoolique, ex violent, ex soldat au Vietnam) et qui voit s’affronter un passé que tous veulent oublier et un modernisme dont ils sont victimes.

Il ne faut pas pour autant y voir un quelconque message politique car mis à part un superbe travelling très émouvant, la gestion de la catastrophe Katrina n’est là qu’en background. D’ailleurs à y regarder de plus près, l’enquête policière n’est pas non plus au premier plan… certes on la suit mais il est clair que Tavernier s’intéresse d’avantage à ses personnages qu’à autre chose. Ne l’ayant pas lu il m’est difficile de juger la qualité de l’adaptation du roman de James Lee Burke mais on peut noter une filiation thématique évidente avec une autre oeuvre des scénaristes chargés de le transposer à l’écran, The Pledge de Sean Penn, autant dans l’ambiance mystérieuse générale que dans le personnage principal torturé. Tous les personnages sans exception sont superbement écrits, des principaux aux plus petits seconds rôles.

dans la brume electrique2 [Critique] Dans la brume électrique (2009)

Tommy Lee Jones, qui comme le grand vin se bonifie avec l’âge, est exceptionnel en vieux flic taciturne, un poil bougon et sujet à des excès de colère hallucinants (et surprenants). On le sent très impliqué, d’ailleurs je crois qu’il a officieusement participé à l’écriture du script. A ses côtés, Peter Sarsgaard et Kelly Macdonald sont toujours très justes, quant à John Goodman, avec à peine quelques minutes à l’écran, il impose une présence redoutable, l’incarnation parfaite du “guy you don’t wanna fuck with”. A noter aussi tout de même le très beau rôle du bluesman Buddy Guy, un rôle sans doute difficile car certaines atrocités racistes envers la communauté noire en Louisiane, il les a vécues étant enfant. Ses paroles sonnent donc assez fort.

La mise en scène posée de Tavernier correspond parfaitement à ce qu’il souhaite nous faire passer. Un homme dévasté affronte ses démons et cherche à se racheter vis-à-vis de lui-même. A la clef plusieurs scènes oniriques, de purs moments de rage, des plans séquences magnifiques… reste qu’on sent parfois l’ennui pointer le bout de son nez, heureusement à de rares occasions. Le plan final en dit long sur le lien du présent avec notre passé, tout en symbolique. Symbolisme qu’on retrouve tout le long du film à travers les métaphores parfois pesantes débitées par la voix off omniprésente de Tommy Lee Jones, et qui vient ajouter un brin de confusion aux images. Polar, film mystique, drame… Dans la Brume Électrique c’est un peu tout ça, mais c’est avant tout un très beau film qui laisse à penser que Bertrand Tavernier a retrouvé une seconde jeunesse de cinéaste, un film dur et mélancolique bercé par un blues enivrant…


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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