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[Critique] Colombiana (2011)

 
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Bottom Line

Après deux essais audacieux à défaut d’être vraiment réussis, Exit et La Sirène rouge, déjà au sein de l’écurie EuropaCorp, le plutôt prometteur Olivier Megaton, grapheur devenu réalisateur, s’est déjà fourvoyé une fois en prenant la suite de Louis Leterrier sur Le Transporteur 3 de triste mémoire. Avec Colombiana, il met en scène (enfin, il [...]

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Posté le 27 juillet 2011 par

 
Critique
 
 

Après deux essais audacieux à défaut d’être vraiment réussis, Exit et La Sirène rouge, déjà au sein de l’écurie EuropaCorp, le plutôt prometteur Olivier Megaton, grapheur devenu réalisateur, s’est déjà fourvoyé une fois en prenant la suite de Louis Leterrier sur Le Transporteur 3 de triste mémoire. Avec Colombiana, il met en scène (enfin, il essaye) un projet des plus alléchants sur le papier. Tête d’affiche pour la belle Zoe Saldana mais surtout l’espoir de voir à l’écran le Léon 2 tant espéré, que Natalie Portman se disait prête à faire alors que Luc Besson n’avait jamais vraiment montré son intérêt. Oui mais voilà, cela fait bientôt 15 ans que Luc Besson persiste à écrire des scénarios imbuvables (Danny the Dog mis à part, il faut remonter au Cinquième élément pour tomber sur un vrai travail d’écriture réussi) et avec Colombiana il signe peut-être son chef d’oeuvre dans ce qu’il est capable de pire, comme si sa machine à scénarios si chère à Mozinor existait vraiment et s’était emballée. On peut en rire mais c’est assez tragique car avec son compère Robert Mark Kamen il accouche d’un truc qu’on qualifiera gentiment de honteux pour rester sobre. Complètement farfelu et irrationnel, le scénario de Colombiana compile toutes les tares possibles des péloches d’action de chez EuropaCorp, une sorte de best-of du pire qui laisse un goût amer quand on connaît les talents réels derrière l’échec absolu.

colombiana 1 [Critique] Colombiana (2011)

Jouer la carte du film d’action avec une héroïne, même si l’idée n’est pas neuve (les japonais font ça depuis à peu près 40 ans), pourquoi pas. Le soucis est que le récit de Colombiana ne bénéficie d’aucun enjeu dramatique. Aucun moteur de l’action donc et il est possible, à quelques détails futiles près, de prédire la totalité des évènements à venir au bout de cinq minutes. Possible mais difficile car ces cinq premières minutes s’avèrent éprouvantes. En effet elles constituent une sorte de note d’intention qui peut se résumer ainsi : acteurs non dirigés, dialogues d’analphabètes, photo outrageusement colorée et découpage improbable. On est vite fixé sur ce qui nous attend sans vraiment se douter de l’ampleur du désastre et on peut donc établir des pronostics sur le déroulement de l’histoire, qui se verront justifiés à chaque fois tant Colombiana est un film qui ne repose sur aucun effet de surprise. Luc Besson mélange un récit de vengeance traditionnel avec des réminiscences de Léon et Nikita, deux films dont des scènes sont reprises à l’identique par ailleurs dont le fameux “apprends moi à être une tueuse”. Mais on y trouve tout autant du Transporteur ou du Hitman, comme si Colombiana se cherchait une valeur historique. Le plus gros problème dans tout ça est que Luc Besson prend son public pour une foule de demeurés (qui vont se ruer dans les salles et qui le sont donc sans doute un petit peu, ou masochistes, ou très optimistes). Dès que la gamine de même pas 10 ans plante un couteau dans la main du bad guy et se transforme en yamakasi, on flaire le ton de la chose. On ne va pas revenir sur la somme d’incohérences présentes dans ce film, sur le plan narratif elles sont franchement conséquentes et souvent assez brutales. Mais c’est une série B d’action nous dit-on, alors quoi? On s’en fout? Allez, soyons joueurs et mettons de côté le scénario catastrophique pour nous concentrer sur le reste.

colombiana 2 [Critique] Colombiana (2011)

En terme d’action, Colombiana est tout d’abord un film radin qui, de plus, se rabaisse en permanence en se frottant à des modèles bien plus aboutis. Une course poursuite dans les favelas? Autant revoir Bad Boys II, Fast & Furious 5 ou L’Incroyable Hulk. Une séquence d’infiltration dans des conduits d’aération? L’occasion de se remémorer Mission: Impossible ou la trilogie Die Hard. Bref, dans tous ses essais Colombiana se plante et ne brille jamais, la faute à de sérieux soucis formels. Si Olivier Megaton est sans doute capable de composer des plans, il est bien difficile de juger ici tant le film est sur-découpé. Le monteur Camille Delamarre a eu la main lourde et le découpage s’avère tout à fait indigeste. Des séquences d’action aux scènes plus intimes, au passage toujours soulignées par une bande son minable, on en viendrait presque à reconsidérer Michael Bay comme un metteur en scène contemplatif. Le summum du n’importe quoi étant atteint dans le tant attendu combat final (avec des armes inédites, des brosses à dents!) tellement illisible qu’on se demande si l’équipe ne cherche pas à établir un record du nombre de plans par seconde. Et pour bien enfoncer le clou, et montrer que quand on se plante on peut le faire sur toute la ligne, à part Zoe Saldana impliquée et appliquée à donner un peu de corps à un personnage transparent, c’est une catastrophe au niveau des acteurs, tous très mauvais. La palme revient à Cliff Curtis, habituellement très bon, qui nous joue une sorte d’imitation bas de gamme d’une caricature d’Al Pacino, et c’est assez pathétique autant que révélateur de ce qu’est ce film, à savoir un énorme ratage mais surtout un immense gâchis incompréhensible.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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