[Critique] Clones (2009)
Réalisateur: Jonathan Mostow
En adaptant une BD parait-il très bien de Robert Venditti et Brett Weldele, Mostow renoue le contact avec la SF qu’il avait abordé de loin dans Terminator 3 (on était plus dans de l’action tendance futuriste). Déjà on peut relever non seulement une faute de goût mais surtout une terrible erreur de traduction pour le [...]
En adaptant une BD parait-il très bien de Robert Venditti et Brett Weldele, Mostow renoue le contact avec la SF qu’il avait abordé de loin dans Terminator 3 (on était plus dans de l’action tendance futuriste). Déjà on peut relever non seulement une faute de goût mais surtout une terrible erreur de traduction pour le titre français, un surrogate étant littéralement un substitut, et qui n’a absolument rien à voir avec le clonage… Ici on parle de robots qui viennent en remplacement de personnes physiques, un sujet absolument passionnant et ambitieux à la base (une sorte de second life du réel), qui ouvre la voie à de vastes réflexions sur la déshumanisation entraînée par le virtuel et les machines. Sauf que le sujet ne semble pas vraiment passionner le réalisateur et ses scénaristes qui préfèrent s’intéresser à une vague intrigue policière, laissant cet univers au départ extraordinaire et plein de possibilités de côté. Quand on n’en attendait rien on ne peut pas vraiment parler de déception mais un si beau sujet gâché de la sorte ça fait mal au cœur.
On pouvait s’en douter, faire un film de SF nécessite un minimum d’ambition et Jonathan Mostow est loin d’être un mec ambitieux dans son cinéma. Il n’y a qu’à voir Breakdown, U-571 ou T3, aucun n’est vraiment mauvais mais aucun n’est inoubliable non plus. Il cherche à chaque fois l’efficacité du moment, celle qui fait son petit effet mais qui s’oublie à la fin du générique final. De plus c’est quelqu’un qui a tendance à recopier des schémas établis sans la moindre touche personnelle. Rien d’étonnant à retrouver les même traits dans Clones… Une fois fini on se dit que ce n’était pas mauvais mais finalement rien ne reste en mémoire, et ce pour une raison très simple, une immense impression de déjà vu et d’un propos abandonné en cours de route…
![clones-1 clones 1 [Critique] Clones (2009)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2010/01/clones-1.jpg)
Déjà vu car en y regardant de plus près on se trouve devant un mélange pas toujours heureux de I, Robot, Strange Days et Les Fils de l’homme pour toutes les thématiques. Ce mélange aurait pu donner de très belles choses s’il avait été exploité comme il faut et pas relayé au second plan… Car une fois tout ce beau concept futuriste bien mis en place, avec tous ces acteurs maquillés comme des mannequins (au passage c’est réussi mais quand même très moche), le film tombe assez rapidement dans le film policier à tendance whodunit de bas étage. D’un côté on est plutôt heureux car voir Bruce Willis avec une perruque plus ridicule que Nicolas Cage dans tous ses derniers films faisait mal au coeur, de l’autre on était un peu venu voir un film de SF…
Mostow doit être un peu jaloux de Len Wiseman donc il nous sort une sorte de version vieillie de John McLane, en beaucoup moins drôle. Enfin on ne va pas cracher sur la performance de Bruce Willis car c’est bien le seul qui s’en sort à merveille (comme souvent c’est vrai). Car pour le reste il faut avouer qu’on se sent peu impliqué dans ce qui se passe à l’écran… entre tous ses thèmes de science fiction qui auraient été révolutionnaires il y a 50 ans (on nage quand même dans du vu et revu), l’aspect politique et révolutionnaire à peine évoqué et l’ensemble du casting qui nous sort le strict minimum… à vrai dire on s’ennuie un peu. D’autant plus que là où Mostow nous avait impressionné par le passé sur ses séquences d’action, il se la joue un peu radin avec 2-3 séquences un peu énervées mais pas plus…
![clones-2 clones 2 [Critique] Clones (2009)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2010/01/clones-2.jpg)
Après l’idée de mettre un être humain au milieu de tous ces robots est excellente mais là aussi mal exploitée. Ces robots malgré leur manque d’expression et leur grand nombre ne sont jamais effrayants et ne nous mettent même pas mal à l’aise… de plus placer ce personnage vulnérable au milieu d’une population invulnérable aurait pu créer une forme de tension mais même pas… comme si Mostow se foutait royalement de tout ça, intéressé uniquement par sa petite enquête policière. Là aussi cette enquête ouvrait de belles possibilités thématiques dans sa conclusion, une fois qu’on sait qui est derrière tout ça et pourquoi. Mais encore une fois tout n’est que survolé et le personnage de James Cromwell largement sous-exploité alors qu’il représente à lui tout seul le pire regret possible, celui d’avoir fait avancer la civilisation dans le mauvais sens.
Les autres acteurs vont du moyen (Ving Rhames en gourou rasta ça vaut le coup d’oeil) au mauvais (Radha Mitchell, même si c’est son rôle qui veut ça, est l’incarnation même d’une coquille vide) et à la mise en scène Mostow ne brille pas vraiment par son originalité. C’est en règle générale efficace mais parfois il compose des cadres assez bizarres et choisis des inclinaisons de caméra aussi étranges qu’injustifiés… Par contre il trouve une certaine inspiration pour le final visuellement puissant mais qui manque d’émotion réelle.
Au final on ne peut pas vraiment dire qu’on a vu un mauvais film, ce serait mentir, mais il est clair qu’on tient là un film totalement bancal, ne sachant jamais choisir entre un univers foisonnant et une enquête policière. Le réalisateur ne sait jamais sur quel pied danser et le résultat est à son image. Jamais passionnant, évitant soigneusement toute forme de réflexion sur notre avenir (alors que tout était là pour), Clones entre dans la longue liste des films du samedi soir, vite vus vite oubliés…















