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[Critique] City on Fire (1987)

 
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Bottom Line

“Le film qui a inspiré Reservoir Dogs“ nous scande l’affiche histoire de bien rappeler que Quentin Tarantino n’a jamais rien inventé mais surtout pour surfer sur la vague de son succès. Et en effet, Reservoir Dogs est très largement inspiré de ce polar magistral de Ringo Lam, avec un lot de différences toutefois notable et [...]

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Posté le 28 août 2010 par

 
Critique
 
 

“Le film qui a inspiré Reservoir Dogs nous scande l’affiche histoire de bien rappeler que Quentin Tarantino n’a jamais rien inventé mais surtout pour surfer sur la vague de son succès. Et en effet, Reservoir Dogs est très largement inspiré de ce polar magistral de Ringo Lam, avec un lot de différences toutefois notable et qui entraîne les deux films sur deux voies totalement opposées. City on Fire c’est le point d’orgue de la carrière de Lam, le film le plus cité sans que ce soit pourtant son meilleur. En effet dans la filmographie de cet artiste si souvent oublié au moment de citer les maîtres du polar, on trouve des bijoux nommés School on Fire et Full Alert, ses deux plus grands films. Mais dans la série des “on fire”, City on Fire le second après Prison on Fire sorti quelques mois plus tôt n’a pas à rougir, loin de là. Non seulement il s’agit d’un fleuron du polar made in Hong Kong des années 80, avec tout le folklore qui va autour (et en particulier la bande originale qui s’est pris une belle claque les années passant, comme beaucoup de films de cette période), mais il s’agit surtout d’un polar fondateur au niveau mondial. Un an après le Syndicat du Crime de John Woo qui mêlait habilement l’héritage de Melville à certains éléments de l’art chinois dont l’opéra pour son côté romantique et tragique, City on Fire marquait la naissance du fils spirituel asiatique de William Friedkin période French Connection. Avec une approche ultra réaliste, noire et violente, Ringo Lam se posait comme le complément essentiel au cinéma plus théâtral de John Woo et s’imposait comme un des acteurs majeurs d’un genre qu’il a contribué à redorer et dont l’influence s’est ressentie chez les plus grands, de Quentin Tarantino à Brian De Palma. Si ce n’est pas la plus belle des consécrations!

city on fire 1 [Critique] City on Fire (1987)

City on Fire prend comme sujet principal un classique du genre, à savoir le dernier coup d’un flic infiltré. La figure est connue mais toujours aussi efficace pour construire un portrait tragique. Jamais véritable gangster, de moins en moins flic, ne pouvant partager son fardeau avec personne d’autre que son supérieur, l’agent infiltré est l’archétype du personnage névrosé par la solitude et par la sensation de n’appartenir à aucune famille. Ici il s’appelle Ko Chow. Dans une ville de Hong Kong rongée par le crime et devant l’inefficacité de la police locale, il doit apporter son aide pour une dernière affaire qui fait suite à la mort d’un autre infiltré. Son assassinat sert de scène d’ouverture et donne le ton: sec comme un coup de trique et noir comme la mort. Elle hante tout le film, on sait que Ringo Lam plus que tout autre est coutumier des fins nihilistes et tragiques, et on sent qu’un drame se trame, de plus en plus pesant au fur et à mesure qu’avance le film. Dans City on Fire on assiste à une course, une fuite vers une mort certaine, un sacrifice inutile. Ringo Lam ne s’intéresse pas à la morale mais au coeur des hommes qui peut vaciller à tout moment.

Typiquement masculin – les rares personnages féminins sont évacués du récit quand celui-ci atteint un point de non-retour – City on Fire est parcouru de séquences chocs. Le premier braquage et les premières flammes symboles d’une guerre à venir, le second dramatique, un isolement avec un mexican standoff mythique, le final bouleversant, on ne compte même plus. L’apport de Ringo Lam à un scénario relativement classique de braquage qui tourne mal avec en sous-texte le cheminement émotionnel d’un flic infiltré se trouve clairement dans le traitement sans fioritures. Le personnage de Ko Chow l’intéresse au plus haut point et bénéficie d’une écriture très juste, en particulier dans cette amitié soudaine qui le lie à Lee Fu et qui va devenir le fil dramatique du récit. Cette fraternité qui lui sert de rustine à une relation amoureuse définitivement envolée (littéralement) illustre toute la complexité du personnage, honnête et fidèle à ses idées et ne pouvant pas dormir en pensant à sa trahison future envers cet ami qui est son seul lien émotionnel.

city on fire 2 [Critique] City on Fire (1987)

Avec son sens du cadre précis comme un horloger suisse et sa mise en scène nerveuse à souhait, Ringo Lam emballe son polar avec brio et talent. Aux séquences en plein jour d’un Hong Kong bouillonnant succèdent des images nocturnes dans les lieux les moins accueillants de la ville. Cimetière, ruelles coupe-gorge, bas fonds mal famés, Lam film le Hong Kong sale et dangereux pour souligner le destin sans issue de ses personnages. Il n’aime rien autant que la noirceur abyssale de l’homme qui trouve un écho effrayant dans l’environnement qu’il arpente. Caméra à l’épaule il nous immerge dans toute cette violence et en profite pour régler quelques scènes d’action assez impressionnantes par leur rythmique et son utilisation de l’espace urbain. On retiendra longtemps la longue course poursuite de Ko Chow à pied dans les rues, poursuivi par des flics qui ne savent qu’il est une taupe alors qu’il doit se rendre à son mariage et récupérer des flingues dans une planque. La scène est tellement intense et brillante que De Palma s’en inspirera énormément pour un de ses chefs d’oeuvres des années 90, l’Impasse.

Mais City on Fire c’est aussi la rencontre entre deux monstres sacrés, Chow Yun-Fat d’un côté et Danny Lee de l’autre. Le premier est déjà une star et a imposé chez John Woo un style qui lui colle à la peau encore aujourd’hui, charismatique à souhait entre la gravité d’un personnage follement tragique et un humour qu’il maitrise si bien comme dans ses scènes délicieuses avec Carrie Ng, le second peine à relancer sa carrière, lui qui était un des piliers de la Shaw Brothers à la grande époque. Leur duo fonctionne tellement bien qu’on les retrouvera dans des rôles inversé dans le chef d’oeuvre lyrique de John Woo quelques années plus tard, the Killer. Ils sont l’illustration brillante de la fraternité naturelle entre deux paumés. City on Fire c’est également le premier film du directeur de la photo Andrew Lau, futur réalisateur d’Infernal Affairs, qui signe une image splendide.

Violent, noir, tendu, City on Fire est un polar modèle. C’est grâce à ce film que Ringo Lam a enfin été reconnu au niveau international, inspirant Tarantino et De Palma sur leurs grands films. Derrière l’efficacité du polar et son côté ultra pessimiste se cache un véritable drame poignant, une histoire d’hommes en lutte avec leur choix de vie et obligés d’affronter leur destin tragique. Carrément culte, il s’agit d’un des sommets du polar de la fin des années 80 qui continue d’exercer son influence sur des réalisateurs contemporains. Et pourtant ce n’est même pas le meilleur film de Ringo Lam, artiste qui n’a pas eu la reconnaissance qu’il mérite.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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