[Critique] Chico & Rita (2010)
Réalisateur: Fernando Trueba, Javier Mariscal
Parler de musique au cinéma n’est jamais un exercice évident, d’autant plus quand il s’agit d’un hommage à un style musical en particulier. Le faire en prenant le pari de l’animation traditionnelle parait presque suicidaire. Et pour en remettre une couche dans la difficulté extrême du projet de Fernando Trueba et Javier Mariscal, il se [...]
Parler de musique au cinéma n’est jamais un exercice évident, d’autant plus quand il s’agit d’un hommage à un style musical en particulier. Le faire en prenant le pari de l’animation traditionnelle parait presque suicidaire. Et pour en remettre une couche dans la difficulté extrême du projet de Fernando Trueba et Javier Mariscal, il se sont attaqués à la musique cubaine, l’une des plus belles au monde mais qui avait déjà bénéficié il y a quelques années d’un traitement en tous points sublime avec le documentaire majeur Buena Vista Social Club de Walter Sales. L’idée est folle, de celle qui peuvent faire de très grands films. Et si ce n’est pas tout à fait le cas avec ce séduisant mais imparfait Chico & Rita, il reste un film d’animation pas comme les autres, porté par une composition magique et une histoire d’amour tragique, trouvant dans le trait du dessinateur Javier Mariscal une âme dessinée fort séduisante mais qui pêche par un manque cruel d’émotions.
![chico & rita 1 chico rita 1 [Critique] Chico & Rita (2010)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/07/chico-rita-1.jpg)
La Havane fait partie de ces décors indissociables d’une imagerie de cinéma. Du Parrain, 2ème partie à Miami Vice, en passant par Scarface et Soy Cuba, son image complètement hors du temps, figée dans les années 50 à travers ces habitations colorées et ces vieilles américaines au charme nostalgique, hante des kilomètres de pellicule de grand cinéma. Aujourd’hui on la découvre d’un oeil nouveau à travers le regard de ce grand artiste visuel qu’est Javier Mariscal, compagnon de fortune de l’oscarisé et touche à tout (film lile, documentaires, clips) Fernando Trueba. Leur amour pour Cuba et la musique cubaine transpire de Chico & Rita, fascinant essai parfois vain mais au charme si singulier. Le trait plein d’énergie du dessinateur allié à un véritable travail de mise en scène et une ambition presque démesurée dans le récit parviennent à quelques reprises à créer de véritables moments de grâce dans un film qui en manque. Car l’histoire a beau être belle, cherchant une portée universelle qu’elle touche parfois du doigt, elle a été vue des milliers de fois. Ils s’aiment d’un amour impossible, se lient et se repoussent, se croisent puis se perdent de vue, et ainsi de suite tout le long d’une grande vie.
Rien de bien original là-dedans mais il s’avère que l’attrait principal de Chico & Rita ne vient pas tout à fait de cette histoire d’amour passionnée et contrariée, à défaut d’être passionnante (on est assez loin d’un traitement à la Wong Kar Wai qui aurait fait des miracles avec un tel sujet grandement musical). Largement inspiré de la vie du célèbre pianiste Bebo Valdès (qui a également composé la bande originale), le récit mêle cette “petite” histoire avec la grande, celle de Cuba. Une autre grande histoire d’amour donc, puisqu’on y retrouve évidemment les Etats-Unis, amants irréguliers de la petite île communiste. C’est là-dessus que Chico & Rita prend une belle ampleur, mettant en avant la ségrégation raciale en vigueur aux USA dans les 50′s, la présence de la mafia américaine à Cuba et jusqu’à la révolution de Fidel Castro. On y trouve cette dimension à la fois universelle et intime, mêlant romance, histoire et politique, qui en font un film d’animation pour adultes loin d’être inoubliable mais fascinant par bien des points.
![chico & rita 2 chico rita 2 [Critique] Chico & Rita (2010)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/07/chico-rita-2.jpg)
Un des gros soucis de tout ça est que le trait a beau avoir un charme fou, l’animation a beau développer des trésors et les personnages posséder une véritable personnalité de feu (en tête la sublime et pétillante Rita, un des personnages les plus follement sensuels croisés dans le monde de l’animation depuis des lustres), il manque une véritable émotion à l’ensemble. On s’en sent éloigné comme d’une histoire d’amour à laquelle on ne croit pas ou un beau documentaire, et c’est bien dommage. À croire qu’il aurait peut-être mieux valu que Chico & Rita ne devienne pas un film mais une bande dessinée. Sauf que cela nous aurait privés de cette exceptionnelle bande originale. Cruel dilemme.
À la fois bouillant et glacé par son trait et son animation, Chico & Rita est un étrange film d’animation au pouvoir de séduction immédiat par son originalité mais qui au final ne remplit pas totalement son contrat. Un récit simple et presque factice, mais avec la grande histoire derrière la petite et un rythme de jazz cubain fascinant, il y en a un peu pour tous les goûts sans passionner pour autant. Un bel essai authentique toutefois.











