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Breathless (Yang Ik-joon, 2009)

 
Breathless de Yang Ik-june (2009)
Breathless de Yang Ik-june (2009)
Breathless de Yang Ik-june (2009)

 
Overview
 

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Titre original: 똥파리
 
Synopsis: Leader impitoyable d'une bande de voyous, Sang-hoon met toute sa rage dans son métier de recouvreur de dettes. Sa vie et son quotidien sont une histoire de violence, à tel point qu'il semble incapable d'exprimer son attachement. Mais le hasard met sur son chemin Yeon-hee, une jeune lycéenne, au passé étrangement similaire au sien et qui va lui tenir tête. Peu à peu, ces deux paumés vont s'apprivoiser et s'évader ensemble d'un monde fait d'inhumanité. Mais Sang-hoon peut-il pardonner ? Et surtout, peut-il être pardonné ?
 
Note
 
 
 
 
 
4.5/5


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Texte de

 
Critique
 
 

Après The Chaser l’an dernier, la Corée nous envoie sa nouvelle bombe atomique. Cela fait maintenant quelques temps que ce Breathless traine dans les festivals, ramassant des prix un peu partout (dont un Grand Prix à Deauville l’an dernier), et se voit précédé d’une réputation sulfureuse. Annoncé comme ultra-violent, nihiliste, amoral, la conclusion qui suit la vision de la chose est sans appel: cette réputation n’est pas usurpée! Breathless, qui malgré son titre n’a absolument rien à voir avec À Bout de Souffle de Godard, est une oeuvre entière, sans la moindre concession. Mais si à la fin des quelques deux heures et quinze minutes on se sent presque comme un punching-ball à la sortie d’une séance d’entrainement de Mike Tyson, c’est à dire assommé, en morceaux, ce n’est pas pour autant un simple étalage de violence gratuite. L’intérêt de la chose serait plus que limité. Non, c’est du vrai cinéma, et même du grand cinéma! Du genre à mettre le spectateur à genoux pour lui balancer un direct du droit dans la mâchoire mais qui en plus le fera cogiter quelques temps après la fin du générique. Breathless c’est un constat effrayant sur un pays meurtri et ses conséquences sur les familles coréennes. C’est également la plus belle et la plus intelligente des explications à cette violence qu’on perçoit sporadiquement dans les productions cinématographiques du pays. Le thème central du film est la violence au fil des générations, et c’est un sujet extrêmement douloureux, pour un film qui l’est tout autant.

breathless 1 Breathless (Yang Ik joon, 2009)

Éprouvant serait le mot juste. En effet, dès la scène d’ouverture on voit une femme qui se fait tabasser devant d’autres personnes sans que les gens autour ne lèvent le petit doigt. Un type pourtant vient prendre sa défense et étale le premier agresseur, sauf que lui aussi se met à gifler la femme sous prétexte qu’elle n’a pas réagi. Et c’est parti pour plus de deux heures sur le même ton, on comprend aisément que des spectateurs quittent la salle tant le premier degré est intense et les intentions du réalisateur relativement floues pendant la première heure. Pourtant, même s’il est clair qu’on est devant de l’ultra-violence physique et psychologique (et c’est sans doute celle-là qui impressionne le plus), ce serait dommage d’assimiler Breathless à ce simple constat, ce serait passer complètement à côté du sujet. Pour son premier film derrière la caméra, l’acteur Yang Ik-june (vu par exemple dans les Formidables) fait comme tous ces nouveaux réalisateurs coréens, il donne tout ce qu’il peut, ne sachant pas s’il pourra en réaliser un deuxième. C’est de là que vient toute cette rage.

Le réalisateur empile les casquettes sur ce film, car il est également scénariste et s’est donné le rôle principal, c’est dire son implication. Personnage presque autiste, incapable de communiquer autrement que par des insultes ou avec ses poings, Sang-Hoon est au centre du récit. Cet anti-héros suit un cheminement subtilement écrit, tout d’abord des plus détestable (il n’a pas le moindre remord à frapper une jeune fille ou un enfant) on va pourtant s’attacher de plus en plus à lui au fur et à mesure que le film qui s’écoule va nous donner des informations sur son passé. C’est sa relation étrange avec Yeon-Hue qui va servir de ciment à la reconstruction de cet écorché vif, relation d’autant plus malsaine quand on apprend leur passé en commun. Devant les déambulations violentes de Sang-Hoon, dont le « métier » est de collecter de l’argent, on ne peut s’empêcher de penser, par le traitement, à l’autre grand autiste du cinéma, Takeshi Kitano. En effet, on retrouve dans Breathless ce trait si caractéristique de films comme Hana-Bi ou Violent Cop, la poésie en moins et la violence bien plus présente. Mais il y a cette incapacité à communiquer (on ne parle pas de ses problèmes familiaux en Corée) et cette sauvagerie qui surgit sans qu’on s’y attende.

breathless 2 Breathless (Yang Ik joon, 2009)

Sang-Hoon incarne à lui tout seul toute la violence latente d’un pays déchiré (drame indélébile qui se retrouve dans les relations familiales), dans son rapport aux autres il n’a pas d’autre moyen d’expression, les contamine tous, il est l’antisocial par excellence, il est la violence. Car Sang-Hoon est un personnage enfermé dans un cycle qui mène à l’auto-destruction, enfermé dans son passé qui ressurgit à chaque fois qu’il se trouve en face d’un membre de sa famille. Très justement Breathless nous balance à la gueule les conséquences des violences conjugales, qui ne sont qu’un éternel recommencement. Pour donner vie à son propos, Yang Ik-june s’éloigne de la grammaire cinématographique du polar coréen mise en place depuis des années. Exit la pose, exit les scènes de pluie nocturnes et les plans posés, place à l’urgence dans la mise en scène. Tourné entièrement caméra à l’épaule, en majorité au plus près des personnages, le film nous tourmente jusque dans ses mouvements, violents également, mais c’était la forme à adopter pour coller au sujet il n’y a aucun doute là-dessus. Les moments de calme sont rares mais ce sont eux qui font naitre l’émotion et nous apaisent un peu. Dans ces moments-là, la caméra s’éloigne et la musique prend le dessus sur les injures.

Devant la caméra, il était nécessaire de trouver des acteurs extrêmement justes pour ne pas tomber dans une forme de caricature et trouver le naturel. Yang Ik-june est exceptionnel dans son rôle, tout en brutalité, mais sans forcer le trait plus que de raison, il est tout simplement impressionnant. À ses côtés, la jeune Kim Kot-bi assure l’équilibre, jeune fille forte mais pleine de douceur, on espère la voir plus souvent à l’écran tant son talent est immense. Sans oublier la profusion de seconds rôles, tous parfaits dans cet opéra dramatique et plein de haine. Avec Breathless, Yang Ik-june frappe très fort et met d’entrée de jeu la barre très haut. Son film nous fait vaciller, nous assomme, nous crache au visage, on en ressort pas indemne. Certains pourront sans doute lui reprocher cet étalage de violence, tant pis s’ils n’acceptent pas le traitement extrême qui cache un profond malaise d’une société fragile. En provenance du pays du matin calme, on n’avait pas vu aussi noir et puissant depuis Sympathy for Mr Vengeance, c’est dire la claque!