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[Critique] Bleak Night (2010)

 
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Bottom Line

Festival Franco-Coréen du Film 2011 : Section Portrait Parfois l’aventure du cinéphile l’emmène vers des oeuvres dont il n’attendait pas un tel impact, et la beauté de voir des films est là, dans la surprise. La sensation est d’autant plus forte quand elle émane d’un cinéaste en herbe, et la Corée est un vivier assez [...]

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Posté le 2011/10/17 par

 
Critique
 
 

Festival Franco-Coréen du Film 2011 : Section Portrait

Parfois l’aventure du cinéphile l’emmène vers des oeuvres dont il n’attendait pas un tel impact, et la beauté de voir des films est là, dans la surprise. La sensation est d’autant plus forte quand elle émane d’un cinéaste en herbe, et la Corée est un vivier assez exceptionnel pour ce genre de sensations. Bleak Night c’est un peu le même impact que The Chaser il y a quelques temps, la sensation d’assister à la naissance d’un futur grand doté d’une maturité peu commune dans son utilisation de la grammaire cinématographique. Bien sur, comme beaucoup de premiers films il n’est pas parfait mais la magie opère et ses faiblesses deviennent rapidement des atouts. Au premier abord, Bleak Night prend la forme d’une enquête – celle d’un père qui veut comprendre comment est mort son fils – mais sous ses airs de polar adolescent se dessine un drame d’une puissance assez inattendue, et notamment dans sa peinture d’une certaine jeunesse (coréenne à l’écran mais le constat n’est pas nécessairement lié à une culture particulière). À la fois un modèle d’efficacité dans l’écriture et d’audace dans la mise en scène, le premier long métrage de Yoon Sung hyun, produit par la KAFA1, est une énorme surprise.

bleak night 1 [Critique] Bleak Night (2010)

Bleak Night c’est un récit d’une simplicité effarante mais c’est pourtant un scénario brillantissime. Ou aura vite fait de taxer Yoon Sung hyu de petit malin mais la déconstruction qu’il opère dans cette histoire est assez géniale, rejoignant presque les plus grands films puzzle. En effet, s’il n’y a rien de bien original à couper un récit dans tous les sens pour le remonter sans ordre chronologique précis, cela s’accompagne dans le cas de Bleak Night de la mise en place d’un personnage, celui de Gi-tae qui occupe l’espace en permanence, y compris dans les séquences se déroulant dans le présent, après son décès. Cette construction à priori chaotique relève du travail d’orfèvre afin de dresser le portrait d’un adolescent complexe, mais pas seulement. C’est en utilisant un ressort là encore classique, celui des personnages secondaires gravitant autour de lui, que se dessine ce portrait impossible à définir autrement. Ce qu’il y a d’absolument génial là-dedans est l’omniprésence du mystère et des faux-semblants. De la relation entre le père et le fils aux rapports d’amitié entre Gi-tae et sa bande de potes, tout n’est que masques d’une réalité bien plus sombre. En cela Bleak Night s’avère tout à fait bouleversant quand la totalité de l’intrigue s’ajuste. On s’attendait plus ou moins à un récit noir, mais pas désespéré à ce point. Le deuil, la tristesse, et une certaine nostalgie se transforment au fil des minutes, et ce deux heures durant, en un concentré d’amertume et de haine. L’impossibilité pour ces personnages à créer autre chose que des relations (amoureuses ou amicales) profondément destructrices, au pire des niveaux, s’immisce comme un poison dans l’oeil et l’esprit du spectateur qui ne voit jamais la moindre issue positive à ce film. Cette sombre nuit porte donc plutôt bien son nom tant il est rare de voir un portrait aussi désenchanté de la jeunesse que ne renierait pas Gus Van Sant par exemple, une vraie démonstration de “No future” qui laisse un goût amer en fin de projection.

bleak night 2 [Critique] Bleak Night (2010)

Et si Yoon Sung hyun se plait à détruire les repères temporels dans la construction de son récit, il en fait de même avec les repères visuels. De la première scène qui utilise intelligemment le flou jusqu’au plan final, il assume complètement des choix de mise en scène radicaux qui élimine toute notion de fluidité. Caméra à l’épaule et dans des plans généralement longs, son but est clair : secouer le spectateur. Un peu trop parfois car certaines scènes auraient mérité un peu plus de lisibilité mais dans l’ensemble c’est d’une efficacité redoutable avec un découpage non pas pensé sur des cuts mais sur des mouvements de caméra très rapides. Le résultat donne une impression de pris sur le vif assez claire et qui s’ajoute sans problème à la violence globale du propos. Et cela n’empêche pas le jeune réalisateur de soigner sa photo ou de construire des plans très habiles, jouant toujours sur la perception à travers le second plan ou des décadrages brutaux. Alors bien sur il y a parfois l’impression de se trouver face à une oeuvre brouillonne ou un peu trop maligne pour être complètement honnête. Mais la magie du cinéma naît souvent de la manipulation du spectateur par la narration et la mise en scène, et on assiste là à une démonstration assez virtuose de cet état de fait. Encore un jeune réalisateur dont il va falloir se souvenir du nom, car il y a là une vraie promesse d’avenir.

  1. Korean Academy of Film Arts []

Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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