[Critique] Berlin Undead (2010)
Réalisateur: Marvin Kren
Films de zombies ou films d’infectés, le cinéma d’horreur ne jure plus que par les morts vivants ou presque. Pour un excellent [REC], combien de the Crazies, la Horde, Survival of the Dead ou autres pelloches foirées dans les grandes lignes? Beaucoup trop. Dès lors on commence déjà à fatiguer de voir ce genre exploité [...]
Films de zombies ou films d’infectés, le cinéma d’horreur ne jure plus que par les morts vivants ou presque. Pour un excellent [REC], combien de the Crazies, la Horde, Survival of the Dead ou autres pelloches foirées dans les grandes lignes? Beaucoup trop. Dès lors on commence déjà à fatiguer de voir ce genre exploité jusqu’à l’écoeurement et on en viendrait même à ne plus prêter l’attention nécessaire pour en découvrir quelques pépites, car heureusement il en reste. Et Rammbock en fait partie. Non pas que le sujet global soit hyper original, ce n’est qu’une nouvelle histoire d’infection, mais le traitement a le mérite d’apporter quelque chose de nouveau à l’édifice du film de zombie, trop délaissée par ceux qui ont des choses à faire passer par l’intermédiaire du genre. Rammbock c’est du cinéma qui va à l’essentiel, qui ne s’embarrasse pas de développements secondaires et qui du coup ne dure que 64 minutes pendant que d’autres s’évertuent à remplir leur récit de vide pour atteindre le standard de 90 minutes. On ne peut que féliciter le duo allemand aux rênes de ce film de zombies pas comme les autres, des habitués du court métrage qui trouvent ici un moyen d’expression qui leur va comme un gant et qui livrent une oeuvre qui ne révolutionne rien mais qui s’impose comme une des rares réussites du genre, à classer en bonne place donc, mais qui aura un mal fou à se frayer un passage jusque dans nos salles de cinéma.
Pour faire simple, Rammbock c’est l’antithèse du cinéma spectaculaire qu’on a pris l’habitude de voir. Car s’il s’agit bien d’un film de zombies, la mise en place de l’action ne laissant pas de place au doute à ce sujet, il prend une voie inédite. Concrètement on suit les mésaventures de Michael, un pauvre type lambda qui vient de se faire lourder par sa fiancée et qui vient chez elle en ville, par surprise. Sauf que les choses commencent à se corser sérieusement en ville, des zombies se mettent à attaquer les vivants sans raison et sans que quiconque sache pourquoi, il doit donc se réfugier dans l’immeuble où est sensée vivre Gabi et s’y barricader pour sauver sa vie. Un immeuble assiégé par des créatures infectées, en effet ce n’est pas vraiment original. Sauf que plutôt que l’action ou l’effroi, Rammbock choisit la voie du drame et de la comédie acide. Avec sa galerie de personnages tous plus communs les uns que les autres et un personnage principal sous forme de looser typique, il y a de quoi rire jaune.
Car de voir ce type tout faire pour retrouver sa Gabi, risquant sa vie et celle de ceux qu’il croise, est aussi drôle que pathétique. À ce titre le réalisateur est extrêmement cruel avec son personnage, lui faisant vivre les pires misères. Mais Rammbock c’est également le portrait ultra réaliste d’une mini société qui se met en place pour sauver ce qui peut encore l’être. Le film de zombie a toujours été, pour ses films les plus glorieux, une métaphore sociale, ici ce sont ces immeubles urbains où les voisins vivent ensemble, se croisent tous les jours mais ne se connaissent pas, qui sont visés. Plutôt intelligemment d’ailleurs! On y voit la mise en place d’une forme de troc, vivres contre médocs, une sorte de retour aux racines de l’homme traitée de la façon la plus crédible possible. Rien de génial là dedans, ou même de véritablement mémorable, mais on y croit et c’est bien là l’essentiel. On rigole pas mal, on souffre avec Michael, et on se surprend presque à ressentir de l’émotion quand le film vire au romantisme apocalyptique absolu dans son final. Bluffant!
Là où on applaudit également c’est au niveau de la mise en scène. L’allemand Marvin Kren ne tombe pas dans les figures habituelles et c’est tant mieux! Ainsi dans Rammbock il n’y a pas de jump scare, pas de montage cut, pas de shaky cam. L’image respire enfin et le réalisateur peut déclamer son discours par l’image justement, car il ne tombe pas non plus dans les élans verbeux de certains films du genre. À vrai dire tout constitue une véritable surprise avec ce petit film inattendu qui se permet de ridiculiser sans difficulté quelques grands noms du film zombiesque qui n’ont finalement plus rien à dire. Kren développe un portrait de looser adorable, une histoire d’amour tragi-comique, un huis clos maîtrisé et une comédie acide. Mais il n’en oublie pas pour autant qu’il réalise un film de genre, et tous les maquillages et effets gores savamment distillés ne manquent pas d’efficacité. Bien aidé par sa galerie d’acteurs tous plus surprenants les uns que les autres, avec en tête Michael Fuith, frère jumeau allemand de Patrick Timsit et anti-héros fabuleux et attachant malgré ses traits d’un commun peu habituel.
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