[Critique] Beast (2011)
Réalisateur: Christoffer Boe
Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2012 : Compétition. Après Tout ira bien présenté à Cannes il y a deux ans en sélection parallèle et toujours inédit en France, le danois Christoffer Boe, jadis caméra d’or pour Reconstruction, s’attaque avec Beast à un exercice inédit pour lui. Beast, vrai drame faussement fantastique, joue la carte [...]
Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2012 : Compétition.
Après Tout ira bien présenté à Cannes il y a deux ans en sélection parallèle et toujours inédit en France, le danois Christoffer Boe, jadis caméra d’or pour Reconstruction, s’attaque avec Beast à un exercice inédit pour lui. Beast, vrai drame faussement fantastique, joue la carte du trouble amoureux avec un style fortement marqué – une constante chez Christoffer Boe – tout en embrassant des visuels directement issus du cinéma de genre et s’intégrant miraculeusement à un ensemble complexe, un brin poseur il est vrai, mais qui aborde la mécanique amoureuse avec un œil aussi original que terriblement cruel. La passion y est montrée comme un sentiment extrêmement destructeur à travers un couple de personnages la vivant avec une intensité qui ne mène qu’à l’apocalypse. Nourri d’une symbolique délicate, portant la signature marquée d’un véritable auteur qui retrouve son thème chéri du couple maudit, Beast est une expérience viscérale, troublante et sensuelle, une vision du mal romantique à travers la passion dévorante d’un esprit dérangé.
![beast 1 beast 1 [Critique] Beast (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2012/01/beast-1.jpg)
Charnel jusque dans sa capacité à filmer au plus près la chair meurtrie, usant en permanence de gros plans dérangeants, d’une longue focale qui laisse une grande partie du cadre dans le flou total, et de codes couleurs marqués allant du pastel délavé à des tons beaucoup plus criards au fur et à mesure que la folie des personnages s’affirme à l’écran, Beast prend pour principe de mise en scène une caméra en mode voyeur se cachant à l’occasion derrière un élément du décor ou un rebord de fenêtre. Dans Beast le bonheur véritable du couple ne dure que le temps d’une introduction magistrale mais éphémère, Christoffer Boe préférant de très loin illustrer un couple en pleine perdition. Pas forcément adepte de la finesse, lui choisissant des effets excessivement démonstratifs parfois, Christoffer Boe va conter 1h30 durant ce vers quoi peut tendre une passion amoureuse dans ce qu’elle a de plus extrême. En portant un regard d’une intelligence qui ne lui fait jamais défaut, en jouant avec une symbolique qui prend à bras le corps les codes du cinéma de genre horrifique et fantastique, ponctuant son récit d’inserts gores, de visions de la chair sanglante ou d’images en hyper ralenti d’une beauté picturale que ne renierait pas le Lars Von Trier de ces dernières années, le réalisateur pousse sa réflexion extrêmement loin, jusqu’à l’abstraction totale. À travers le personnage de Bruno, consumé de l’intérieur par sa passion dévorante pour Maxine et alors que leur amour n’est pour elle qu’un agréable et fort souvenir, il livre sa vision de ce vers quoi l’homme peut être poussé quand il perd totalement ses repères et se laisse submerger. Christoffer Boe joue avec les codes du film de vampire et de parasite pour étoffer son propos, allant jusqu’à livrer son interprétation toute particulière de cette idée catastrophique qui consiste à sauver un couple déjà mort par la venue d’un enfant. Pour se faire, il n’hésite pas à reprendre à son compte les apparitions monstrueuses qui semblent sorties tout droit du Possession d’Andrzej Zulawski, inspiration claire de Beast pour illustrer cette descente aux enfers.
![beast 2 beast 2 [Critique] Beast (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2012/01/beast-2.jpg)
Brutal et grotesque lorsqu’il capte la prise de conscience de Bruno, passée une scène magistrale devant les yeux de Dieu, témoin de cette passion qui n’est plus, lyrique dans ses envolées passionnées, sexuelles et masochistes, captivant dans la finesse de son analyse et la grandiloquence de son traitement, Beast est un drame esthétisant qui cherche à capter une mise en lumière tout en provoquant une sorte de malaise primaire chez le spectateur. On en ressort bouleversé par tant de beauté et de tristesse, écrasé par cette ultime tentative de s’accaparer l’être aimé dans un plan final d’une précision et d’une empreinte graphique sans équivalent. Christoffer Boe n’a rien perdu de sa maestria et il serait grand temps de distribuer cet artiste hors normes, grand adepte des compositions à base de lense flares et du filmage des corps, dans notre pays de cinéma…












