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[Critique] Bang Rajan (2000)

 
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Bottom Line

Pour son deuxième film seulement, le réalisateur thaï à qui on doit également Art of the Devil et Sema the Warrior frappe très très fort! Bang Rajan c’est tout ce qu’on pouvait attendre d’un film barbare, et bien plus encore… D’après une histoire vraie d’un village refuge, quand la Thaïlande était encore le Royaume de [...]

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Posté le 21 juillet 2009 par

 
Critique
 
 

Pour son deuxième film seulement, le réalisateur thaï à qui on doit également Art of the Devil et Sema the Warrior frappe très très fort! Bang Rajan c’est tout ce qu’on pouvait attendre d’un film barbare, et bien plus encore… D’après une histoire vraie d’un village refuge, quand la Thaïlande était encore le Royaume de Siam, lors de l’occupation birmane, les villageois se sont alliés afin de proposer ce qui fut la plus grosse poche de résistance! Il y a d’ailleurs toujours aujourd’hui en Thaïlande, dans la ville de Sing Buri une statue imposante des héros de Bang Rajan, fierté d’un peuple qui a su se débarrasser de l’envahisseur birman en s’unifiant… sur le modèle de ce qui s’est passé dans ce village… Tout ça pour dire que contrairement à ce qu’on peut entendre, le film bénéficie bien d’un scénario, très riche, et qu’il ne constitue pas une simple suite de scènes de batailles. Et dans tous les sens du terme, ce film est une pure tuerie!

Avec un thème qui rappelle bien entendu les 7 Samouraïs de Kurosawa (le personnage du hacheur ivrogne ressemble d’ailleurs étrangement à Kikuchiyo, interprété par Toshiro Mifune), une mise en scène des scènes de combat quelque part entre The Blade et le 13ème Guerrier… le tout dans un réalisme de tous les instants, Bang Rajan fait partie des plus grands films épiques de l’histoire du cinéma! Mais si les affrontements sont nombreux, il serait ridicule et réducteur de n’y voir qu’un film d’action. Tout le film est porté par un désir de liberté qui permet aux hommes d’accomplir les plus grandes choses. À 1 contre 10, pour sauver leur village, leur nation, ces guerriers ont fière allure. Et quand même les femmes et les moines prennent les armes, on comprend bien qu’il n’y a pas plus important que ces enjeux.

bang rajan 1 [Critique] Bang Rajan (2000)

La spiritualité prend d’ailleurs une place immense dans le récit, avec ce moine grâce auquel chacun se sent pousser des ailes. Il faut voir le chef du village, vieux lion plein de fierté, faire profil bas et demander lui-même la venue d’un remplaçant n’étant même pas du village, mais combattant exceptionnel! D’ailleurs tous les personnages, sans qu’il y ait de caractérisation qui traîne en longueur, sont vraiment bien construits et très charismatiques (au-dessus du lot, le moustachu et l’ivrogne et Inn qui imposent vraiment devant la caméra!), des guerriers exceptionnels icônisés à mort comme on en trouve chez John Woo. On regrettera juste les stéréotypes “méchant birman”, “gentil thaï”. Le souffle épique des grands films est présent et se transforme en véritable barbarie lors des combats!

Et des combats il y en a bon nombre… d’un réalisme incroyable, ça saigne dans tous les sens, les membres tombent, ça se bat à coup d’arme blanche, de fusil, de canon, d’arc et même de marteau! Si les batailles ne sont pas aussi bien shootées que dans les 3 Royaumes par exemple (m’enfin faut pas oublier que ce n’est que son deuxième film à Jitnukul) ça enterre à peu près tout ce qui se fait en Thaïlande, c’est filmé avec une rage et une énergie qui font beaucoup penser aux fights de The Blade de Tsui Hark, y’a pire comme référence! Chaque affrontement, chaque attaque est guidée par une énergie du désespoir d’un peuple qui se sait inférieur en nombre, qui sait qu’il va à l’encontre d’une mort certaine, mais qui ne baisse jamais les bras…

bang rajan 2 [Critique] Bang Rajan (2000)

Et entre ces scènes d’action extraordinaires, il y a toutes ces scènes intimistes, les scènes de doute dans le village. Certains moments sont vraiment très émouvants car on s’attache vite aux personnages et à leurs histoires personnelles qui viennent se greffer à la trame principale pour lui donner une dimension dramatique. La réalisation de Jitnukul impressionne par sa justesse et sa maîtrise, la photo est magnifique… en particulier ces scènes de nuit quasi bichromatiques… c’est beau à en pleurer! On n’en dira pas forcément autant du montage qui constitue le point faible du film. Dans l’ensemble il est sans faille, en particulier pour gérer l’action, mais certains flash backs sont difficilement identifiables et viennent mettre un peu de confusion dans la narration, ce qui a tendance à faire perdre un peu le fil du récit la première fois…

Mais Bang Rajan doit également sa réputation à une dernière partie de folie. La dernière bataille dure une bonne demi-heure et c’est du non-stop! Le film devient un sommet de barbarie et de violence qui ne viendra s’interrompre que dans un final que seul les asiatiques peuvent oser (comprenne qui pourra), extrêmement noir, nihiliste, désespéré… le genre de final qui fait entrer un film dans l’histoire!

Bang Rajan est clairement un immense film épique, un sommet de violence barbare qui bénéficie d’une mise en scène d’une beauté incroyable. Une histoire d’hommes et de femmes qui se battent pour sauver leur liberté, une grande fresque tragique d’une puissance rare… c’est un monument! Et en le revoyant, il apparaît évident que c’est bien là le modèle qu’a voulu suivre Tony Jaa pour son Ong-Bak 2


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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