[Critique] B.A.T (Bon à tirer) (2011)
Réalisateur: Bobby Farrelly, Peter Farrelly
Fût un temps où les frères Farrelly étaient les frangins les plus drôles du monde. C’était dans les années 90 jusqu’au tout début 2000 avec quelques merveilles : Kingpin, Dumb & Dumber, Mary à tout prix ou encore Osmosis Jones. Des modèles de comédies toujours très bêtes en apparence mais laissant la place à des [...]
Fût un temps où les frères Farrelly étaient les frangins les plus drôles du monde. C’était dans les années 90 jusqu’au tout début 2000 avec quelques merveilles : Kingpin, Dumb & Dumber, Mary à tout prix ou encore Osmosis Jones. Des modèles de comédies toujours très bêtes en apparence mais laissant la place à des constats souvent cruels sur l’homme. Mais depuis de trop nombreuses années les Farrelly ne sont plus les rois. Judd Apatow a pris leur place, ils n’ont rien fait pour la reprendre. Jusqu’à aujourd’hui car B.A.T (et son titre français lamentable de mauvais goût) sent la contre-attaque. Contre-attaque manquée, disons-le tout de suite, mais contre-attaque quand même. Crise de la quarantaine, propos porté sous la ceinture, analyse du couple et du cercle d’amis, il n’y a aucun doute sur les ambitions des frangins. Seulement voilà, il manque à B.A.T quelque chose d’essentiel : de l’humour. Et ce manque s’avère fatal tant le fait de ne pas rire de quasiment tout le film empêche d’y voir quoi que ce soit d’intéressant alors qu’il regorge de réflexions passionnantes, même si maladroites. B.A.T est une comédie ratée du début à la fin mais un film extrêmement cruel derrière la potacherie.
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Alors oui, les Farrelly reviennent à l’humour trash c’est vrai, le temps de quelques scènes. De l’humour scato toujours efficace (le pet foireux sans doute le plus dingue de l’histoire du cinéma), des gay jokes, un trip sous cannabis sur un terrain de golf, et c’est à peu près tout ce qu’on retiendra niveau zygomatiques. Car pour le reste c’est l’encéphalogramme plat d’une comédie pas très drôle. C’est que les Farrelly ont changé. Et s’il reviennent ici à un certain humour débile de leurs débuts, mais ne fonctionnant jamais au même régime, leur cinéma est surtout plus sérieux. Sauf que les comédies sérieuses, cruelles voire dépressives, c’est la chasse gardée des productions Apatow et il est difficile de s’y frotter. Tout partait plutôt bien pourtant! Les premières vingt minutes sont un régal avec en point culminant la visite chez les amis bourgeois coincés et prétentieux, un petit régal de quiproquo magique à base de caméras de surveillance, de chirurgie esthétique et de vagin surdilaté. C’est crade, incisif, lucide et surtout drôle même si on ne rit pas aux éclats.
Sauf qu’ensuite les choses se gâtent et on ne décrochera plus que quelques sourires. Mais l’humour étant une des choses les plus subjectives au cinéma, certains apprécieront c’est évident. C’est plus du côté dramatique et social qu’il convient de chercher. Et sur ce point, les Farrelly parviennent à taper juste. B.A.T ne serait donc pas vraiment une comédie? C’est bien possible car ce qui reste du film quelques temps après l’avoir vu (ou subi car la déception de rire peu est agaçante) c’est cette impression d’un constat sans appel : l’homme est faible et il a surtout une grande gueule. Car derrière le premier degré un peu macho de la chose, on nous montre deux types chez qui le désir s’est éteint mais qui pour ne pas le montrer jouent les chiens de chasse en alerte permanente. Sauf que mis devant la possibilité de “chasser les minettes” avec la bénédiction de leur compagne, et bien ils sont bien incapables. B.A.T est finalement un film plus fin qu’il n’y parait, derrière sa façade grotesque et lourdingue. Plus fin mais pas nécessairement très fin non plus car il se fait écraser au final par une morale dégoulinante prônant les valeurs ancestrales du mariage alors qu’il cherche à les démonter pendant deux heures. Mais il y a quelque chose en souterrain, une réflexion sur l’extinction du désir vers la quarantaine et la nécessité de le réveiller. C’est simplement maladroit, et c’est dommage.
![bon a tirer 2 bon a tirer 2 [Critique] B.A.T (Bon à tirer) (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/04/bon-a-tirer-2.jpg)
Les Farrelly confirment par contre à quel point ils sont toujours doués pour choisir et diriger les acteurs. Toute la bande fonctionne par la pseudo-normalité qui en transpire. Dommage qu’ils ne parviennent pas à transcender la régression par l’humour, qu’ils se vautrent autant dans toutes leurs tentatives, qu’ils aient perdu la recette du trash vraiment drôle. Car si en l’analysant il y a toutes ces choses intéressantes dans B.A.T, elles ne couvriront jamais le fait d’aller voir une comédie qui peine à provoquer le rire immédiat. C’est ça le meilleur film des frères Farrelly depuis Mary à tout prix? Non, dix fois non.














