[Critique] Apollo 18 (2011)
Réalisateur: Gonzalo López-Gallego
Avec Les Proies, l’espagnol Gonzalo López-Gallego était parvenu à livrer un premier essai plutôt intéressant à défaut de marquer vraiment les esprit, la faute à un propos limite réactionnaire sur l’influence des jeux vidéo et sur un traitement finalement peu inspiré malgré de belles images. Apollo 18 c’est l’exemple type du réalisateur européen plein d’avenir [...]
Avec Les Proies, l’espagnol Gonzalo López-Gallego était parvenu à livrer un premier essai plutôt intéressant à défaut de marquer vraiment les esprit, la faute à un propos limite réactionnaire sur l’influence des jeux vidéo et sur un traitement finalement peu inspiré malgré de belles images. Apollo 18 c’est l’exemple type du réalisateur européen plein d’avenir qui tombe sous le joug d’un producteur américain lui laissant croire à monts et merveilles tout en l’empêchant de garder le contrôle de son film. Apollo 18 a beau être signé Gonzalo López-Gallego, les noms derrière le films sont Timur Bekmambetov (réalisateur délirant mais producteur peu inspiré) mais surtout Bob et Harvey Weinstein à travers leur filial e Dimension Films. Et Weinstein + jeune réalisateur = prise de pouvoir totale des producteurs sur la vision du metteur en scène qui n’a pas d’autre choix que de se plier, ou de plier bagages. À la vision d’Apollo 18, une seule chose est évidente : l’énergie dépensée à monter un buzz type canular pour faire croire que des images toutes fraiches de la NASA avaient été utilisées dans le film, donnant lieu pour l’occasion à une grosse colère de l’agence, n’a pas été dépensée dans la conception de ce que tout spectateur de cinéma est en droit d’attendre. Apollo 18 n’a de film que le nom, il pousse très loin la médiocrité, jusqu’à venir chatouiller de très près le néant de Paranormal Activity.
![apollo 18 1 apollo 18 1 [Critique] Apollo 18 (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2012/02/apollo-18-1.jpg)
Le postulat de départ d’Apollo 18 est pourtant formidable, surfant quelque part sur la théorie du complot et de la manipulation qui entoure les missions Apollo, et notamment la véracité remise en cause des pas sur la Lune des cosmonautes américains. Une mission supplémentaire et secrète, c’est le propos idéal pour un found footage dans l’espace. D’autant plus que Gonzalo López-Gallego soigne à l’extrême la forme de son film. Que ce soit dans la composition des cadres ou la photographie qui donne un véritable aspect “images d’archives”, on serait vraiment prêt à se laisser prendre au jeu. Sauf que soigner la forme d’un film c’est bien, ça prouve que n’importe quel guignol ne peut pas s’improviser cinéaste en utilisant des mauvais acteurs et en fixant des caméras de sécurité (coucou Oren Peli), mais il faut tout de même avoir quelque chose à raconter. Et au delà de son simple concept, Apollo 18 n’a rien à dire. Sur les 86 minutes on trouve 80 minutes de blabla et de plans, plutôt jolis, sur des décors merveilleusement reconstitués, pour une minuscule poignée de séquences censées mettre un coup de pression au spectateur. Dans les faits, ces quelques minutes sont là pour rappeler au spectateur assoupi que le film va bientôt se terminer et qu’il est temps d’ouvrir les yeux et s’étirer. Comme avec Paranormal Activity, on s’ennuie car il ne se passe tout simplement rien à l’écran, et ce même si le monteur Patrick Lussier redouble d’efforts en proposant un gloubiboulga d’images montées ultra-cut pour bien signifier que même si c’est nul il y avait une vraie volonté de découper le film. Et c’est dommage car la reconstitution a de la gueule, mais il est juste impossible de s’intéresser à un truc aussi mal écrit et mal raconté, et devant lequel on passe son temps à se demander à quel moment il va se passer quelque chose.
![apollo 18 2 apollo 18 2 [Critique] Apollo 18 (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2012/02/apollo-18-2.jpg)
Le plus fort dans tout ça, c’est quand Apollo 18 tente d’impressionner. Gonzalo López-Gallego livre des séquences qui pompent sans vergogne sur Alien mais en oubliant que la mécanique du film de Ridley Scott était un travail méticuleux et pas de simples moments de flippe gratuits. Les séquences voulues “choc” ne le sont donc jamais vraiment, avec d’abord des attaques de cailloux sauteurs (si si) qui deviennent ensuite des sortes de bernards l’ermite de l’espace avant de la jouer face-huggers au rabais. Le ridicule des bestioles tente sans cesse d’égaler celui d’un scénario à dormir debout qui multiplie les erreurs et incohérences comme le fit jadis Jésus avec les brioches, sans même parler des acteurs qui font comme ils peuvent – en cabotinant à mort – pour donner un semblant de consistance à des personnages inexistants. Pas besoin de revenir non plus sur la palette d’effets bien connus du genre, dont le célèbre flash d’appareil photo qui agace ici plus qu’il n’effraie. Apollo 18, ou comment passer d’un concept plutôt sympathique à un film d’un ennui et d’une bêtise mortels.
Découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans la catégorie Film d horreur et la catégorie Film extraterrestre.
DVD sorti le 8 février 2012
Distribué par SND – M6
Si le film est con comme la lune, le DVD a au moins le mérite d’être beaucoup plus intéressant. Tout d’abord vu la qualité de l’image, il permet d’économiser sur l’achat du blu-ray, mais mieux encore, il contient un commentaire audio du réalisateur et du monteur fascinant pour quiconque s’intéresse au processus de fabrication d’un film, avec moult anecdotes à la clé. À celui-ci s’ajoutent 30 bonnes minutes de scènes coupées et alternatives qui viennent appuyer le propos du commentaire quant aux choix difficiles d’un projet raté mais derrière lequel on trouve une véritable démarche.













