[Critique] Another Silence (2011)
Réalisateur: Santiago Amigorena
Longtemps scénariste, entre autres pour Cédric Klapisch (Le Péril jeune et Peut-être), l’argentin Santiago Amigorena est passé à la réalisation en 2006 avec Quelques jours en septembre. Un film peu mémorable et bourré d’erreurs qui ne parvenait jamais à transcender son idée originale de départ. Cinq ans plus tard il revient avec un genre encore [...]
Longtemps scénariste, entre autres pour Cédric Klapisch (Le Péril jeune et Peut-être), l’argentin Santiago Amigorena est passé à la réalisation en 2006 avec Quelques jours en septembre. Un film peu mémorable et bourré d’erreurs qui ne parvenait jamais à transcender son idée originale de départ. Cinq ans plus tard il revient avec un genre encore délicat car prêtant le flanc à la critique morale, le revenge movie. Le soucis est qu’entre les films de vengeance sud-coréens qui repoussent chaque fois un peu plus le concept (même si J’ai rencontré le diable semble avoir mis la barre assez haut) et un magnifique mètre-étalon européen qui se nomme Harry Brown, il est bien difficile d’apporter aujourd’hui une touche d’originalité. L’idée d’Another Silence est de traiter tout cela dans une sorte de veine auteuriste, et en prenant un personnage central féminin. Sur ce dernier point, rien de bien original car entre A Vif, Kill Bill et toute une tripotée de films d’exploitation japonais, on peut dire qu’on a déjà été servis sur le sujet, et plutôt bien en plus. Another Silence tente autre chose, sans vraiment y réussir, une approche posée de la vengeance, avec une vraie réflexion qui dépasse la bestialité. Sur le papier c’est intéressant, à l’écran c’est ennuyeux à mourir.
![another silence 1 another silence 1 [Critique] Another Silence (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/10/another-silence-1.jpg)
Another Silence commence assez brillamment pourtant. Une mise en place classique type “Sundance” mais efficace, on nous présente une famille à peu près classique, rien ne dépasse. Et puis c’est le drame. Le père et le fils sont tués brutalement dans une séquence impressionnante. Pas de voyeurisme, pas de surenchère dans la violence, un simple plan large avec leur véhicule au centre. On sait qu’un enfant vient de mourir. Toute la phase de deuil qui suit est également bien traitée, avec justesse et sans flots de larmes ou trop plein d’émotion. Pudeur est le terme le plus juste pour définir ce qui se passe à l’écran, qui maintient le film dans cette partie mais le fait ensuite plonger. Car Another Silence c’est donc surtout l’histoire de cette femme-flic qui part traquer l’assassin de son fils et de son mari, n’ayant à priori plus aucune raison de vivre. Ce postulat est tout à fait acceptable, la vengeance aveugle étant une donnée de cinéma assez passionnante pour étudier des caractères. Sauf qu’avec Another Silence un problème majeur se pose à la rencontre des genres, et des traitements. On a d’un côté une sorte de série B hard boiled avec une femme tranquille qui se transforme tout d’un coup, simplement par le choc du deuil, en une machine à tuer d’une efficacité redoutable, mais de l’autre la fameuse veine auteuriste qui plombe sérieusement le rythme de l’ensemble et ne lui apporte jamais le charme attendu. D’un côté on nous sert un scénario qui cumule les invraisemblances et les raccourcis – qu’on pardonnerait bien volontiers à un revenge movie bourrin – et de l’autre on nous pousse à une introspection sur le bien-fondé d’une justice personnelle, sur le remord et la conscience. On voit bien où Santiago Amigorena veut en venir, à une remise en question des fondements du genre vigilante qui est revenu à ses fondamentaux ces dernières années, à savoir son absence de regard moral, mais ça ne prend pas. Surtout quand il en utilise la plupart des codes pour leur cracher dessus dans un final donneur de leçon qui pue le cynisme. À moins qu’il n’ait pas eu le courage d’aller au bout de son propos. Dans les deux cas, c’est raté.
![another silence 2 another silence 2 [Critique] Another Silence (2011)](http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/10/another-silence-2.jpg)
Et c’est bien dommage car Another Silence possède de sérieux atouts. À commencer par son traitement visuel qui a vraiment de la gueule, notamment dès que le personnage principal part pour l’Argentine. Le film prend alors la forme d’un road-movie introspectif qui sent bon le Gus Van Sant période Gerry avec les plus beaux décors naturels vus cette année au cinéma depuis Blackthorn. Sauf que filmer son personnage dans un désert magnifique c’est bien, lui faire rencontrer la population locale aussi, lui faire prendre conscience de sa quête également, à la rigueur, mais raconter quelque chose qui a du sens c’est mieux. Et sur ce point, avec son récit frileux et une absence totale de prise de position qui le dessert complètement, Another Silence ne fonctionne pas malgré ses (très) belles images et son rythme lancinant. Dommage également pour Marie-Josée Croze, magnifique comme à son habitude, dans un rôle à priori fort et qu’elle tient avec consistance. Mais quand un rôle est mal écrit et qu’il s’inscrit dans un scénario qui ne tient pas la route, le meilleur acteur du monde n’y peut rien. Another Silence c’est donc un petit film assez joli, avec une belle et grande actrice, mais un petit film raté, anecdotique, trop sérieux pour être jouissif et trop tiré par les cheveux pour être pris au sérieux. Dommage.











