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[Critique] Animal Kingdom (2010)

 
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Bottom Line

Australie, terre de cinéma. Ils sont peu dans ce pays à la densité de population faible à se faire un nom dans le 7ème art. Mais pourtant il y en a des petits génies. George Miller, Peter Weir, Rolf de Heer, Alex Proyas, ou plus récemment les révélations John Hillcoat et Andrew Dominik. Du cinéma [...]

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Posté le 25 avril 2011 par

 
Critique
 
 

Australie, terre de cinéma. Ils sont peu dans ce pays à la densité de population faible à se faire un nom dans le 7ème art. Mais pourtant il y en a des petits génies. George Miller, Peter Weir, Rolf de Heer, Alex Proyas, ou plus récemment les révélations John Hillcoat et Andrew Dominik. Du cinéma exotique certes mais surtout du beau cinéma, qu’il soit âpre ou lyrique, violent ou charmeur, la qualité prime sur le reste et ces artistes possèdent une vision puissante, en plus d’un talent immense. Le dernier arrivé à surveiller de très près se nomme donc David Michôd (rien à voir avec le propriétaire d’une certaine jument) qui a fait une belle impression avec son Animal Kingdom au dernier festival de Sundance. Il en est reparti avec le grand prix du jury, venu s’ajouter à la tripotée de récompenses obtenues un peu partout où il est passé. Il faut généralement se méfier de ces films multi-récompensés mais celui-là n’a rien volé c’est certain. C’est même ce qu’on appelle une petite claque dans la gueule qui secoue assez durablement pour qu’on y repense longtemps après que les lumières reviennent dans la salle. Un film sauvage, brut, sobre et très violent. Aussi bien physiquement que psychologiquement, il dépeint une humanité perdue dans un combat permanent.

animal kingdom 1 [Critique] Animal Kingdom (2010)

Animal Kingdom c’est le récit d’un échec, et même d’une série d’échecs. L’échec d’une société familiale, l’échec d’un mode de vie, l’échec d’un jeune homme qui en voulant se sauver dans son environnement “naturel” fait le pire choix de sa vie. Tout part de ce choix, logique pourtant. Un jeune homme, Joshua, assiste détaché à la mort de sa mère par overdose. Seul, il va naturellement se tourner vers sa seule famille connue qu’il n’a jamais fréquenté, par choix de sa mère. En cherchant à se reconstruire dans un noyau familial qui lui a toujours manqué, il se jette dans la gueule du loup et plonge dans ce monde dont sa mère a toujours cherché à le protéger. Cette famille fascine d’abord. Des oncles au charisme énorme, des sales gueules de voyous tatoués qu’on apprend adeptes du braquage, de vrais bad guys de cinéma montrés sous leur meilleur jour, fascinants. Deux s’en détachent pourtant : la grand-mère pleine d’amour aux relents incestueux et au regard carnassier, et l’oncle Andrew, dit Pope, d’abord invisible et donc à la présence d’abord décuplée par son absence. À travers ces deux personnages troubles, le malaise s’impose rapidement, malgré les apparences. Puis tout bascule définitivement.

Joshua, en cherchant une issue, entre en enfer. Il s’agit là du portrait d’une famille destructrice parmi les plus terrifiantes vus sur un écran depuis bien longtemps. Et à y regarder de plus près le déterminisme social démontré ici sans fard s’avère assez proche de celui présent chez James Gray dans ses polars : une fois revenu dans le cercle familial, aussi destructeur soit-il, impossible d’en sortir. Et ce discours d’un pessimisme absolu trouve un écho parfait dans la noirceur totale d’Animal Kingdom, film d’une brutalité aussi forte que sa mise en images s’avère d’une sobriété surprenante. En effet, ici point d’esthétisation de la violence afin de conserver un aspect très brut dans l’action, pas de surlignage déplacé des éléments dramatiques, juste une illustration sans fioritures d’un cercle infernal dont on ne sort pas, à des années lumières des représentations habituelles de la famille de gangsters dans le cinéma américain par exemple. Chez David Michôd, et pour son tout premier long métrage, la famille est une meute de prédateurs sur le déclin, d’autant plus dangereux. Et avec tous ces monstres en puissance, il peut se permettre d’effacer son personnage principal face à la tragédie presque antique qui l’entoure. Les scènes chocs nous cueillent par le détachement et le ton glacial employé, les mises à mort sont cliniques, brutales, implacables.

animal kingdom 2 [Critique] Animal Kingdom (2010)

Aucune surenchère de la part de David Michôd qui joue à fond la carte de la sobriété formelle. Sa seule petite manie sera d’avoir un recours systématique aux longues focales pour isoler au maximum ses personnages, tic plutôt bien senti d’ailleurs tant l’effet est efficace. Quant aux artifices, ils se situent plus du côté sonore avec une composition à la fois désagréable à l’oreille mais qui sonne parfaitement juste pour illustrer la lente chute de ces bandits d’une époque révolue, des animaux acculés dont on jurerait entendre les grognements (de la même manière que ce qu’avait fait Soi Cheang sur Dog Bite Dog, en plus subtil). Le réalisateur a bien retenu les leçons d’Haneke et parvient à créer un climat anxiogène par la seule puissance invisible de sa mise en scène, simplement en se positionnant là où il faut et en laissant exploser ses comédiens. À ce titre, un film tel qu’Animal Kingdom n’aurait pas le même impact sans des interprétations ad hoc, et c’est heureusement le cas. Tous, exception faite du héros qui se met intelligemment en retrait, imposent des personnages excessivement forts et quelque part incontrôlables. Tous sont dans le vice et la survie, menés tant bien que mal par la matrone Jacki Weaver qui livre une prestation plus que remarquable, en permanence sur la corde sensible et au final étourdissante d’amour et de puissance manipulatrice. Une sorte de mother Firefly moins immédiatement reconnaissable mais tout aussi perverse.

L’Australie vient de nous envoyer sa nouvelle bombe, elle se nomme Animal Kingdom. Le film multi-récompensé est un cri de détresse phénoménal doublé d’un portrait d’une noirceur absolue. Tel un western crépusculaire signant la fin d’une génération de criminels, mais mis en scène avec la froideur du cinéma d’Haneke, il s’en dégage une tension palpable à chaque seconde. Un climat anxiogène, des acteurs flamboyants, une mise en scène aussi sobre que percutante, c’est la recette d’un film coup de poing sous forme de requiem implacable et sanglant. Une claque, une vraie.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


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