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Agora (Alejandro Amenábar, 2009)

 
Agora d'Alejandro Amenábar (2009)
Agora d'Alejandro Amenábar (2009)
Agora d'Alejandro Amenábar (2009)

 
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Synopsis: IVème siècle après Jésus-Christ. L'Egypte est sous domination romaine. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde. Réfugiée dans la grande Bibliothèque, désormais menacée par la colère des insurgés, la brillante astronome Hypatie tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles, avec l'aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent l'amour d'Hypatie : Oreste et le jeune esclave Davus, déchiré entre ses sentiments et la perspective d'être affranchi s'il accepte de rejoindre les Chrétiens, de plus en plus puissants...
 
Note
 
 
 
 
 
4.5/5


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Texte de

 
Critique
 
 

Il semble bien loin le temps où le prodige espagnol nous assommait coup sur coup avec Tesis puis Ouvre les Yeux, deux films majeurs du nouveau cinéma espagnol. Une expérience à Hollywood (Les Autres) et un vrai drame (Mar Adentro) plus tard, et c’est un autre réalisateur bien plus ambitieux et bien plus enclin à plaire au grand public qui s’avance. Avec Agora, Alejandro Amenábar s’attaque à un sacré morceau pour tout cinéaste en quête de LA reconnaissance, à savoir un gros film historique avec un énorme budget (+/- 70M€), un projet qui s’étale sur 4 ans, 3 mois de tournage à Malte… le réalisateur a réussi à lever ce qui doit être le plus gros budget pour un film espagnol à ce jour. Et le résultat est à la hauteur des ambitions il n’y a aucun doute!! Fini l’horreur, fini le cinéma de genre, Agora est une fresque qui se veut du calibre des grands classiques hollywoodiens sur la forme, tout en proposant un fond aussi riche que surprenant pour un projet de cette ampleur…

Car au centre d’Agora il y a avant tout un regard sur la religion, qu’elle soit païenne, chrétienne ou juive. Et en critiquant ouvertement ce genre de doctrine forcément tôt ou tard pervertie par l’ambition naturelle des hommes, le réalisateur risque tout de même de se mettre à dos une bonne partie du public crétino-chrétien aux USA, et un film aussi énorme qui se permet ce genre de chose ça prouve qu’Amenábar est loin d’être un « vendu » à l’entertainment à tout prix. Donc le réalisateur évacue assez vite tous les doutes qu’on pouvait légitimement avoir à la vision du trailer, non son film n’est pas si « tout public » dans la mesure où il ne brosse pas le spectateur lambda dans le sens du poil et se permet même quelques propos hautement subversifs, tout en restant dans quelque chose de finalement très lucide et logique.

agora 1 Agora (Alejandro Amenábar, 2009)

Ce qui frappe en premier lieu c’est la reconstitution d’Alexandrie au IVème siècle, tout simplement bluffante, aussi impressionnante que le fût Rome à la sortie de Gladiator! Entre décors numériques et réels c’est un festival de belles images mais pas que, tout n’est pas propre, tout n’est pas brillant… c’est le réalisme avant tout et franchement, on s’y croirait! Le scénario se base sur une histoire vraie (d’après ce qui reste des écrits cela va sans dire), celle d’Hypatia, fille Theon, femme indépendante philosophe et scientifique qui a fini lapidée par des chrétiens fanatiques en 415… mais si plusieurs éléments sont authentiques, Alejandro Amenábar et son éternel scénariste Mateo Gil s’accaparent l’histoire pour la romancer un maximum, gardant la trame historique en se centrant sur un triangle amoureux fictionnel.

Si Orestes (Oscar Isaac) est un personnage ayant bien vécu, l’esclave Davus (Max Minghella, fils du regretté réalisateur Anthony Minghella) est une pure invention.  Ils forment avec Hypatia un triangle amoureux aussi impossible que destructeur dans une Egypte à une époque charnière de son histoire, quand les dieux égyptiens se sont vus taxés de dieux païens, quand le poison du christianisme s’est immiscé dans une des plus grandes civilisations que la Terre ait connu… Tous ces éléments permettent au réalisateur espagnol de brasser nombre de thèmes importants et universels, allant bien au-delà de la simple thématique de la religion (ce qui n’est déjà pas mal!)

agora 2 Agora (Alejandro Amenábar, 2009)

Certes la religion tient une place immense dans le récit, bien plus que tout le reste car elle vient pervertir les relations entre tous les personnages, les transforme en extrémistes, engendre la violence et la guerre, devient une excuse pour perpétuer des massacres, condamne la science et les avancées technologiques… bref c’est une véritable catastrophe que l’émergence du christianisme à Alexandrie, et la pire conséquence sera la destruction de la bibliothèque. Car qui dit nouvelles croyances dit refus total d’accepter l’héritage culturel… ce qui donne la scène sans doute la plus marquante de tout le film, avec le final. Et même si on peut regretter une utilisation de la musique un peu too much pour souligner les drames, il faut avouer qu’à plusieurs reprises l’émotion est bien présente, authentique, en grande partie grâce à l’interprétation incroyable de l’actrice principale, Rachel Weisz.

Elle est en tous points parfaite dans ce rôle de femme passionnée, extrêmement forte, capable de tout faire sans jamais renier ses convictions profondes, remettant sans cesse en cause l’univers dans lequel elle évolue à la recherche d’une sorte de vérité absolue. Et si le coup de l’ellipse parait un peu facile, on se doute bien que la découverte des mouvements des planètes a dû ressembler à ce genre de chose… Ce qui est très fort, c’est que contrairement à la plupart des héroïnes hollywoodiennes, le seul homme qui semble vraiment compter dans sa vie est son père, les autres n’étant que des soupirants, élèves ou esclaves. En cela également le film s’éloigne des canons habituels.

Enfin, sur la mise en scène, Alejandro Amenábar fait des merveilles. Qu’il nous balade dans les rues d’Alexandrie ou qu’il nous mette en position d’observateur venu de l’espace, le réalisateur multiplie les tours de forces avec des mouvements amples, magnifiques, saupoudrés de plans tout simplement splendides qui bénéficie de travail du toujours excellent Xavi Giménez, directeur de la photo habitué des des films de Balagueró ou Cerdà. Bref, sur la technique, rien à dire, c’est du grand art et Amenábar nous prouve une nouvelle fois qu’il est capable de très grandes choses derrière la caméra (on se souvient encore des envolées de Mar Adentro)

Grosse surprise, Agora est un film sur lequel plane le souffle épique des grands films, une fresque historique qui ne pêche que par certaines facilités dramatiques mais qui réussit à nous émouvoir et nous offre une démonstration implacable des dérives du pouvoir, de la politique et de la religion quand ce sont les hommes les plus cupides et extrémistes qui en héritent… et puis quel spectacle!!