Random Article


 
News
 

[Critique] Adieu Berthe – L’enterrement de mémé (2012)

 
Note
 
 
 
 
 
/ 5


User Rating
no ratings yet

 


Bottom Line

Depuis maintenant 20 ans, les frères Podalydès construisent une œuvre décalée et en évolution permanente. Après avoir conclu sa trilogie versaillaise, Bruno Podalydès s’attaque au sujet préféré du cinéma d’auteur français, la famille en deuil. Sauf que chez lui, ce n’est pas comme chez les autres. Avec une vraie tendresse et un sens de l’humour [...]

0
Posté le 2012/06/10 par

 
Critique
 
 

Depuis maintenant 20 ans, les frères Podalydès construisent une œuvre décalée et en évolution permanente. Après avoir conclu sa trilogie versaillaise, Bruno Podalydès s’attaque au sujet préféré du cinéma d’auteur français, la famille en deuil. Sauf que chez lui, ce n’est pas comme chez les autres. Avec une vraie tendresse et un sens de l’humour sans pareil, il porte sur un sujet vu et revu des milliers de fois un regard différent, un regard décalé. Fantaisiste, féérique, Adieu Berthe – L’enterrement de mémé tient sur la longueur par sa liberté de ton et sa qualité d’écriture, qui maintiennent un film qui marque une sorte de régression visuelle chez Bruno Podalydès, notamment en comparaison des essais effectués sur Le mystère de la chambre jaune et Le parfum de la dame en noir. En effet, si Adieu Berthe – L’enterrement de mémé brille souvent, ce n’est pas vraiment grâce à sa mise en scène datée.

adieu berthe 1 [Critique] Adieu Berthe   Lenterrement de mémé (2012)

Entre les effets tocs de ces SMS apparaissant à l’écran, ne trouvant de véritable sens et impact émotionnel que lors de l’envoi et la lecture du dernier, dans le final, et sa mise en scène toujours extrêmement statique, Adieu Berthe – L’enterrement de mémé montre rapidement ses limites. Bruno Podalydès adopte une mise en scène qui laisse peu de place au mouvement, s’inscrivant dans ce qu’a pu faire Takeshi Kitano : plans fixes, construction narrative en tableaux, humour à froid et noir, irruption du burlesque dans le cadre… le problème et que cela ne fonctionne pas toujours, avec la sensation de voir un film pantouflard qui ne tient que par ce qu’il raconte et non comment il le raconte par l’image. C’est dommage car au delà de ce constat, Adieu Berthe – L’enterrement de mémé est une petite merveille d’écriture. Que ce soit dans le portrait qu’il parvient à dresser des difficultés des familles recomposées, dans ce qu’il touche de la complexité des histoires d’amour multiples, de la difficulté à être père, le film s’ouvre assez brillamment. Et il en va de même quand il aborde frontalement le deuil, d’abord de façon totalement détachée, avec un sens de l’humour aiguisé, puis très naturellement avec une vraie émotion. C’est là qu’Adieu Berthe – L’enterrement de mémé impressionne, dans la gamme d’émotions que le film développe et dans la logique apparente avec laquelle on passe d’une à l’autre. Dans la première partie qui oscille entre la fable un peu lunaire autour du personnage d’Armand et un humour noir/absurde autour des rapports conflictuels au sein des familles (belle-mère détestable, éternel prétendant, femme trop aimante pour détester son mari infidèle…) mais surtout autour de la mort et son business. Entre les pompes funèbres high tech “Définitif” et les vannes bien cruelles d’Haroun Taziouf et son collègue, la désacralisation du processus de deuil est franchement réjouissante, ponctuée de purs moments d’hystérie grâce au personnage explosif de Valérie Lemercier. Et au fur et à mesure, le scénario met en lumière des personnages et des relations entre eux qui s’avèrent aussi complexes que délicats, preuve d’un véritable effort d’écriture.

adieu berthe 2 [Critique] Adieu Berthe   Lenterrement de mémé (2012)

Dans son évolution, le récit d’Adieu Berthe – L’enterrement de mémé prend tout à coup une tournure presque déroutante. Quand Armand va à la rencontre de Berthe, enfin, c’est un homme qui prend conscience de l’importance de sa famille et qui découvre un personnage dont il ne connaissait rien. Comme un enfant qui ouvre une vieille malle à jouets, il pénètre dans un univers qui sera le catalyseur de son deuil, plongeant le film dans une émotion à fleur de peau. Dans son dernier tiers, Adieu Berthe – L’enterrement de mémé devient même bouleversant tant il touche chaque fois juste dans ce qu’il cherche à montrer quelque chose. Et cela jusqu’à un final digne d’un conte fantastique franchement bien senti. D’autant plus que ce discours se double d’une réflexion sur l’illusion (de l’amour, de la famille, ou l’illusion réelle, celle de la magie)toujours très pertinent. Adieu Berthe – L’enterrement de mémé doit beaucoup, voire l’essentiel, à ses acteurs, tous formidables autour d’un Denis Podalydès en grande forme, nageant dans une multitude de symboles et personnages. Dommage dès lors que visuellement le film ne tienne pas forcément la route, engoncé dans une esthétique statique qui peine à transcender la folie du propos. Reste une expérience drôle, touchante, portée par de beaux acteurs et qui jongle intelligemment avec des thématiques complexes. Manque la magie et la folie visuelle qui fait fait le sel des plus belles fables.


Nicolas Gilli

 
A créé Filmosphere fin 2009. Bouffe des quantités gastronomiques de films chaque semaine et s'est mis en tête de partager au mieux ses impressions et réflexions sur tout ce qui atterrit au cinéma, ou presque. Avec pour grandes passions la série B à tendance bourrin ou les merveilles en provenance d'Asie. Réalisateurs contemporains préférés : Wong Kar-wai, Terrence Malick, Michael Mann, James Gray, Bong Joon-ho, Guillermo Del Toro, les frères Coen et Tsui Hark.


0 Comments



Be the first to comment!


Poster un commentaire